Chaque homme dans sa nuit

par

Wilfred Ingram

Personnage principal charmant et timide, Wilfred Ingram est un jeune vendeur de vingt-quatre ans dans l’un des grands magasins de New York. Orphelin, on peut penser que ses revenus sont modestes comparés à la riche famille de son oncle Horace qui possède une large propriété à Wormsloe. Il est d’ailleurs souvent méprisé par Mrs Howard, la femme d’Horace.

Parallèlement à sa vie de vendeur plutôt routinière et monotone, Wilfred consacre aussi une bonne partie de son temps à l’église et à la messe. De foi catholique et pratiquant, il impressionne les gens qui l’entourent et qui l’envient pour son inspiration spirituelle d’où émanent candeur et pureté – en apparence seulement. Il est parfois surpris et gêné par ce profond respect qu’ont ces gens envers lui et sa relation au spirituel et au divin car il sait qu’au plus profond de lui-même, cette image de paix, de transparence et de continuité est souvent perturbée, pour ne pas dire bousculée, par sa constante vision obsessionnelle qu’il a pour les plaisirs charnels. En effet, on se trouve face à un homme déchiré entre la foi et les attirances pour la chair, tous deux incompatibles mais bien présents en ce personnage. Le catholique pratiquant aime les femmes. Il rêve d’elles : « La vie est pleine de jolies femmes. Il y en a des centaines qui t’attendent ». Même la statue de bronze à l’entrée de la belle demeure de son oncle ne le laisse pas indifférent et réveille sa sexualité. « Le premier objet qui frappa sa vuefut une grande femme de bronze poli, à peu près nue et dont le poing se changeait en flambeau. Elle se tenait au pied d’un escalier et souriait au visiteur qui, sa valise à la main, la considéra avec attention ». De plus, il ne résistera pas au charme de la jeune et séduisante Phoebé, la femme de son cousin. « J’ai dû rêver à elle ou à Phoebe », pensa-t-il.

Ce malaise s’approfondit lorsque telle ou telle situation lui fait prendre conscience de ces deux forces contradictoires qui se débattent à l’intérieur. Par exemple, avant de mourir, Horace confie secrètement à son neveu des lettres provenant de ses maîtresses et lui fait comprendre que la foi, aussi intense soit-elle, n’a pas pu le débarrasser de ses pêchés d’adultère. À ce moment précis, Wilfred s’est reconnu en son oncle catholique mais pécheur. Le pire, c’est que ce dernier pense que Wilfred est un homme bienveillant et bien plus respectueux envers sa religion que lui-même.

Ce fort contraste ressenti tout au long du roman fait de Wilfred Ingram un personnage complexe d’autant plus qu’il s’avèrera avoir de l’attirance pour les hommes également. En effet, il découvrira l’homosexualité avec son cousin Angus dont il reçoit un aveu qui le trouble : une déclaration d’amour à peine voilée.

Dès le début, la montée sur scène du personnage principal est perturbée par des rêves ou même des cauchemars que subit celui-ci. Le lecteur prend, déjà à ce stade, connaissance de l’instabilité psychologique de Wilfred Ingram à laquelle seule la mort, heureuse et illuminée, pourra mettre fin.

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