Clarté

par

Le héros à la guerre

Simon n’est pas un héros, il n’est ni belliqueux ni intrépide. Seulement, comme il est jeune, il est mobilisé, et ce dès le début de la première guerre mondiale. C’est alors qu’il vivra l’horreur de la  Grande Guerre dont les biographes de Barbusse diront qu’il en fut le pourfendeur. Simon voit les atrocités du front, et la mort de ses camarades partant les uns après les autres sous les belles ennemies le désespère et le fait réfléchir sur la condition humaine. Il se demandera d’où viennent les causes de cette guerre ; ce qui pousse tous ces hommes à s’entre tuer de la sorte. Se détestent ils tous, d’où vient cette haine et pourquoi devrait-il continuer à alimenter cette tragédie ? Il se pose d’innombrables questions  sur la vie, la mort, la société et les causes de la guerre elle-même, et pourquoi selon lui il ne peut y avoir de paix en ce monde, tel qu’il est : c’est comme s’il plongeait dans les abîmes de l’humanité et qu’il en revenait avec la triste vérité.

 

Simon évoluera donc à cause de cette expérience terrible, et ses convictions pacifistes grandiront, évoquant un monde de paix et de justice. Il veut agir désormais, rejoindre ceux qui combattent le système et l’état actuel des choses, le pouvoir de l’argent qui est à l’origine de cette terreur. Il considère que la guerre n’est rien d’autre que : « l'esclavage de ceux qui la font et les calculs des rois de l'argent ». Il prend conscience qu’il n’existe pas de sentiment patriote ancré dans les esprits, qu’il n’y a pas de haine viscérale, qu’il n’y a pas d’ennemis désignés, qu’il n’y a que des ordres auxquels ils obéissent tous tels des moutons. Cela se ressent lorsqu’on demande aux soldats pourquoi ils combattent : «  — Pourquoi te bats-tu ? — Pour sauver mon pays »,  réponse prononcée par un esprit étroit et formaté.

 

Au fur et à mesure que Simon passe du temps au front, sa femme lui manque et il se met à regretter de ne pas l’avoir plus considérée, de ne pas l’avoir aimée comme il aurait fallu. Son prénom revient alors sans cesse lorsqu’il est blessé, il ne pense qu’à elle, s’imagine avec elle, imagine la maison, le repos, la vraie vie à nouveau : « Marie est là, et d'autres femmes, en train d'apprêter le dîner ; la maison devient une odeur de cuisine. J'entends Marie qui parle, debout, puis assise à table. J'entends le bruit du couvert qu'elle remue sur la nappe en s'installant. Ensuite, comme quelqu'un a approché l'allumette de la lampe, en soulevant le verre, Marie se lève pour aller fermer les volets. Elle ouvre la fenêtre. Elle se penche, ses bras s'écartent ; mais elle reste un instant plongée dans la nuit nue. Elle a un frisson que j'ai. Au loin, naissante dans l'ombre, elle regarde comme moi. Nos yeux se sont rencontrés. C'est vrai, puisque cette nuit, c'est la sienne aussi bien que la mienne, la même nuit, et la distance n'est pas quelque chose de palpable ni de réel ; la distance n'est rien. »  

Lorsqu’il sera remis sur pied et que la guerre sera terminée, il retrouvera sa vie d’avant et vivra comme il l’entend, découvrant le monde, rejetant les notions de religions et de patrie. Il a trouvé de vraies raisons de vivre, refusant de baisser la tête ou de s’incliner devant un drapeau, un pouvoir ou un préjugé.  

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