Claude Gueux

par

La critique de la justice

La nouvelle de Victor Hugo soulève deux paradoxes qui s’affrontent sans cesse dans la tentative de recherche d’une justice idéale. En effet, nous assistons ici au combat entre deux manières de la percevoir, et nous nous apercevons qu’une définition tangible de la justice est nécessaire afin de se libérer de l’aliénation de la prise de position pour l’un ou pour l’autre des protagonistes.

En effet, si l’on se positionne en faveur de Claude Gueux, nous reconnaissons que le larcin commis au début de l’œuvre était nécessaire, que grâce à un petit geste défendu par la justice, il a pu pourvoir aux besoins de sa famille en pain et en feu trois jours durant. De plus, on peut aisément comprendre la violence qui le pousse à assassiner le directeur des ateliers, sachant qu’il représente l’agonie de tout un peuple qui souffre de la misère, et qu’il ne fait pas ceci pour son profit personnel puisqu’il tente ensuite de se suicider. Cependant, nous nions ainsi le fait que son premier délit aura peut-être causé du tort à la personne qu’il aura volée, que le butin du vol était peut-être le fruit du travail acharné de quelqu’un d’autre. Il semble ardu de déterminer la culpabilité ou l’innocence du personnage, qui agit pour l’intérêt commun (sa famille et la société en général) et par nécessité, mais contre les principes de la loi.

Considérons maintenant son opposé, le directeur des ateliers : supposons que notre sympathie aille vers lui ; nous pourrions alors blâmer son comportement cruel envers le prisonnier Claude Gueux, mais remarquer que par ailleurs il fait son devoir, et s’attrister de la fin atroce qu’il subit. En effet, il serait malaisé de penser que justice est faite lorsque quelqu’un périt sous des coups de hache. Si la nouvelle est une dénonciation de la peine de mort, elle ne peut soutenir cet acte de Claude. M. D. avait peut-être également une famille, et son meurtre n’aura pas fait avancer la société, simplement amené Claude Gueux à l’échafaud. Nous pourrions ainsi penser que c’est pardevoir qu’agissait en partie le directeur.

Ainsi, Victor Hugo illustre l’opposition entre devoir et nécessité, voire intérêt commun. Dans laquelle de ces valeurs se trouve le plus de morale ? Il pousse à s’interroger sur la façon idéale de rendre la justice, à savoir quel concept défendre, ce qui de la nécessité (l’individu), de l’intérêt commun (la société) ou du devoir (l’État) a le plus de poids, doit être d’abord considéré. Répondre à cette question permettrait d’établir une définition claire de la justice et d’espérer trouver une manière de la rendre équitablement.

Hugo, dans Claude Gueux, exprime donc le doute et le malaise d’une société qui, tout entière, souffre sous les yeux de l’État, et se rend coupable de crimes qu’elle commet par nécessité. C’est donc un face-à-face entre force et droit, un bras de fer que nous montre l’auteur. Il nous donne les clés pour comprendre les deux camps qui s’affrontent, et nous laisse réfléchir aux valeurs qui selon nous doivent prévaloir, et aux solutions à envisager pour les défendre.

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