Corps et âme

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Résumé

Dans le joyeux tumulte qui suit la victoireaméricaine à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Claude Rawlings, un enfant,vit seul, car sa mère, Emma, n’est jamais présente pour lui. Conductrice de taxi,elle ne lui parle pas, ou si peu, et le laisse livré à lui-même des joursdurant dans le sous-sol où ils vivent à New-York. Elle ne le brutalise pas, iln’est pas un enfant battu, il reste simplement seul, tandis que sa mèrefréquente un étrange « club de lecture » et conduit, la nuit, unmystérieux personnage nommé Eisler, qui se trouve être un musicien de grandtalent mais surtout un militant communiste – activité subversive dans le contextede ce début de guerre froide. Emma subit d’ailleurs les rigueurs d’une enquêtedu FBI à cause de ses fréquentations, ce qui la pousse vers un état dépressifproche du déséquilibre mental. Quant à Claude, qui fréquente l’école endilettante et doit trouver le moyen de gagner quelques dollars afin de senourrir, il meuble sa solitude grâce à un objet enfoui dans le désordre dusous-sol, un piano de night-club. L’objet l’attire et le fascine, et lespartitions entassées là l’intriguent. Afin d’apprendre à les déchiffrer, il serend dans un beau magasin d’instruments de musique de la Troisième Avenue.Aaron Weisfeld, le propriétaire, s’avère intrigué par le garçonnet et lui donneun fascicule, une méthode pour débutants : que Claude revienne le voirquand il maîtrisera ce que contient le livret. Très peu de temps après, l’enfantse présente à nouveau devant Weisfeld : il a tout assimilé, et ce en untemps record. Weisfeld est stupéfait, et discerne alors que Claude n’est pascomme les autres : il est un prodige en devenir.

Weisfeld le prend sous son aile. Il s’arrangepour lui donner des cours, et quand il atteint la limite de ce qu’il peut luienseigner, passe le flambeau à des professeurs dont la technique est supérieureà la sienne. Spécialiste modeste mais réputé, il a ses entrées parmi lesvirtuoses, et parvient à introduire Claude dans la maison d’un artiste dont onignorera le nom, et qui sera seulement désigné par l’appellation « maestro ».L’enfant peut alors jouer sur un merveilleux instrument, un piano Bechstein, etdévelopper non seulement sa technique, mais aussi sa sensibilité. Dans lapénombre, le maestro écoute, et à sa mort, quelques mois plus tard, lèguel’instrument à Claude et instaure en sa faveur un fidéicommis, qui permet àWeisfeld de financer les études musicales de son protégé. Il le présente àFredericks, professeur exceptionnel et plus grand interprète vivant de Mozart.Le maître commence à former ce nouveau disciple. Bientôt, l’enfant patient etvolontaire se transforme en un adolescent bourreau de travail qui atteint lalimite de ce que peut un interprète ordinaire, ce mur par-delà lequel l’artisteentre dans un monde où seule la musique fait loi. Fredericks va l’aider à franchirce mur.

Parallèlement, Claude a dû adapter sa vie à sapassion. Tout d’abord, sa quête d’argent lui a permis de faire la connaissanced’Al, un Noir dont le métier est d’alimenter en charbon la chaufferie d’unluxueux immeuble. Celui-ci va ensuite rencontrer Emma, dont la dépression s’estaggravée ; son comportement est devenu complètement erratique. Al libèredoucement la femme de ses démons, notamment l’alcool, et entre peu à peu danssa vie, jusqu’à s’installer avec elle et l’aider dans la conduite de son taxi.Emma et Al forment un couple scandaleux pour l’époque – les couples mixtes nesont pas facilement admis, même à New York – mais uni. Puis Claude s’est mis àtravailler au magasin de musique d’Aaron Weisfeld, qui lui fait maintenantétudier la composition. C’est là qu’il rencontre Mme Fisk, riche notable de la jetset,son fils Peter, et surtout sa fille Catherine, dont il tombe immédiatementamoureux. Peter Fisk, enfant triste au physique ingrat, étudie le violon, etClaude l’aide à travailler en devenant quelque temps l’employé des Fisk en tantqu’accompagnateur de Peter au piano. Pour Claude, c’est l’occasion de sefrotter au milieu de la haute bourgeoisie new-yorkaise, de mesurer la distancesociale qui le sépare de ces gens, et de subir un échec cuisant auprès deCatherine, jeune fille hautaine et apparemment superficielle.

Claude est fou de musique, de toutes lesmusiques. L’éducation que lui donne Weisfeld ouvre son esprit, et il est prêt àaccepter des formes musicales débordant l’académisme. C’est ainsi qu’ils’initie au jazz, au boogie, aux techniques complexes de composition et d’interprétationde ces musiques modernes et vivantes. Dans son panthéon, Art Tatum prend placeaux côtés de Fredericks.

L’exceptionnel talent de Claude se développesous la houlette de Weisfeld et de Fredericks. Le virtuose lui fait découvrirle monde des concerts, et Claude parvient à décrocher une bourse pour étudierdans une école prestigieuse de New York, afin de pallier son absence deconnaissances scolaires. Il se révèle, là encore, exceptionnellement doué. Deplus, son sérieux lui permet de combler rapidement ses lacunes. C’est là qu’ilrencontre Ivan, jeune Anglais sympathique amoureux de physique, avec lequel ilva tisser des liens d’amitié qui résisteront à l’usure du temps. Il découvre,avec le professeur de composition de l’école, la musique dodécaphonique deSchönberg. Puis c’est l’université, pendant quatre ans, toujours grâce à unebourse que ses talents de virtuose lui ont permis d’obtenir. Et toujours iltravaille, sans trêve ni fatigue, passant au moins quatre heures chaque jour à sonclavier. Et vient le moment où, enfin, Fredericks lui fait l’immense honneur dele solliciter pour interpréter avec lui en concert le concerto pour deux pianosde Mozart. Claude découvre ce que signifie jouer avec un orchestre, êtreapplaudi. La qualité de sa prestation est telle qu’un immense violonistevirtuose, Frescobaldi, lui demande de l’accompagner au piano durant unetournée, expérience qui permet à Claude d’étendre encore le champ de sasensibilité et de son jeu.

À l’université, Claude a rencontré Lady, uneétudiante issue de la très haute bourgeoisie, cousine de Catherine Fisk – qu’iln’a pas totalement oubliée. Les jeunes gens se marient, malgré le mépris du beau-pèrepour son gendre, et mènent une vie à l’abri du besoin. Mais ils se sont mariésjeunes, trop jeunes, et quand Claude découvre qu’il ne pourra jamais être père,le couple n’y résiste pas. C’est le début d’une série d’épreuves qui s’abattentsur les épaules de Claude : Aaron Weisfeld, son père spirituel, meurt, etClaude se voit obligé d’entamer un bras de fer avec la ville de New York quiveut démolir l’immeuble où se trouve le magasin de musique cher à son cœur. Ilsombre dans une grande dépression, qui le tient éloigné de son clavier des moisdurant. Quand il émerge de sa torpeur, il est temps pour lui de reprendre letravail : il enregistre à nouveau, est invité à se produire à Londres pourla première mondiale d’une œuvre qu’il a lui-même composée.

Là, à la veille de cet avènement, il retrouveCatherine Fisk, qui a fui sa famille et les avances sexuelles de son beau-père.Ils entament une brève et belle liaison, et sortent un soir dans un club dejazz où se produit un pianiste exceptionnel, un Noir américain surnommé LordLightning. Ce dernier invite Claude sur scène et lui propose de jouer à quatremains. Les deux pianistes jouent, leur musique s’envole, ils improvisent etsoulèvent l’enthousiasme de la petite salle. Jamais Claude n’avait connu unetelle complicité avec un interprète et il quitte le club sous le coup d’une grandeexaltation, à la veille de la création de son œuvre. Ce que Claude ignore, etignorera toujours, c’est que ce soir-là, c’est avec son père, qui a quittél’Amérique vingt-cinq ans plus tôt, qu’il a joué. Lord Lightning ne lui a riendit, et Claude ne saura jamais qu’il est le fils d’un pianiste noir qui joueplus vite encore qu’Art Tatum lui-même.

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