Correspondance avec Élisabeth et autres lettres

par

Du bonheur et des passions

Voir le nom de Descartes associé à des correspondances pourrait donner à réfléchir et laisser penser que, pour une fois, il s’éloigne de la philosophie. Une telle pensée est  erronée, car, si l’auteur correspondait avec Elisabeth, c’était bien pour discuter de philosophie.

Nombreux sont les thèmes abordés dans ces correspondances. Ils prennent la forme des préoccupations qui assaillent la princesse. Au nombre des sujets de discussion figure le bonheur. Et plutôt que d’en donner une simple définition, l’auteur se sert de cette notion pour procéder à une analyse profonde en mettant l’homme au centre de ses démonstrations. Pour lui, le bonheur comporte un double degré. Il y a d’une part le bien souverain et d’autre part la satisfaction d’esprit. Selon lui, le premier constitue un mélange de perfection morale et de richesse. D’une certaine manière, ce premier degré a un caractère plus ou moins mesurable. Une personne à l’attitude morale irréprochable jouirait d’une certaine estime de la part de ses semblables à cause de la manière dont elle se comporte. Le degré d’estime est donc ici un élément de mesure tandis que la richesse, de par son caractère matériel est facilement mesurable. La satisfaction d’esprit découle donc du bien. Mais plus que toute autre chose, Descartes fait remarquer que le bonheur véritable ne provient nullement de la possession de richesses matérielles. S’il est vrai que ces dernières génèrent une sensation de gaité, elles ne sont pas gage de bonheur absolu dans la mesure où la sensation de bien être n’est que superficielle. Le bonheur en somme dépend surtout de notre conduite : «Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient, ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs, que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune ».

Il en ressort donc l’idée selon laquelle le bonheur est une notion pour le moins relative, dépendant de la manière dont l’individu interprète les situations de vie qui se présentent à lui.

Mais qu’en est-il alors des passions ? La princesse Elisabeth, après avoir lu le traité de DESCARTES sur les passions, s’est mis à échanger avec l’auteur sur cette thématique. Selon le philosophe, il existe six passions, à savoir : premièrement l’admiration, ensuite l’amour, puis la haine, viennent ensuite le désir, la joie, et enfin, la tristesse. Ces passions sont étroitement liées entre elles et parfois difficiles à dissocier. Une chose supplémentaire qu’il nous est donné d’apprendre sur les passions, c’est qu’elles ont une incidence sur l’organisme comme le faisait remarquer le princesse dans sa lettre du 25 avril 1646 : «Par exemple, l'amour est toujours accompagné de désir et de joie, ou de désir et de tristesse, et à mesure qu'il se fortifie, les autres croissent aussi, (…) au contraire. Comment est-il donc possible de remarquer la différence du battement de pouls, de la digestion des viandes et autres changements du corps, qui servent à découvrir la nature de ces mouvements? ». Le lien que fait le philosophe entre les passions et la médecine est tout simplement remarquable. Car plutôt que de se perdre en théories subjectives, c’est à force d’arguments concrets qu’il répond aux interrogations de la princesse, quoique reconnaissant qu’établir cette liaison entre les passions et la médecine n’avait rien de facile : «Il est vrai que j'ai eu de la difficulté à distinguer ceux qui appartiennent à chaque passion, à cause qu'elles ne sont jamais seules; mais néanmoins, pour ce que les mêmes ne sont pas toujours jointes ensemble, j'ai tâché de remarquer les changements qui arrivaient dans le corps, lorsqu'elles changeaient de compagnie ». 

Enfin, les correspondances nous apprennent également que les passions peuvent conduire à des excès, mais qu’il y existe des remèdes. L’auteur précise toutefois que les excès dont il importe de se méfier sont ceux ayant un caractère négatif ou superflu. Mais si le bonheur comme les passions renvoient aux sentiments et donc à la vie physique de l’individu, les correspondances entre DESCARTES et la princesse n’ont pas occulté pour autant les questions d’ordre spirituel. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Du bonheur et des passions >