De la démocratie en Amérique

par

Contexte historique de l’essai

Les États-Unis, en ce début de XIXème siècle, constituentun objet d’attraction remarquable pour bien des auteurs et des penseurseuropéens, tels que Tocqueville mais également Adam Smith, John Locke. Tous sedemandent comment un pays si jeune, si nouvellement né, est parvenu en à peineun demi-siècle depuis la déclaration de son indépendance à connaître unecroissance et une expansion si fulgurantes et à acquérir un certain pouvoirdans la balance du commerce mondial.

Pour comprendre ce qui fascine et intrigue tantles Européens, il faut tout d’abord étudier quelque peu les spécificités quiont rapidement porté les États-Unis au rang de nation prospère, pour unecertaine élite du moins, et importante à l’échelle mondiale. Cette croissancese base sur la notion de capitalisme, qui caractérise cette nation, qui estl’essence même du système américain, et qui diffère de celle existant enEurope. En effet, l’élite sociale, en Europe, est alors représentée parl’aristocratie. Cette dernière acquiert son pouvoir de par son sang, et possèdedes titres de noblesse et des terres qui font de ses membres les maillons detête de la société.

« Or,il est certain que jusqu’ici, chez toutes les nations du monde, le plus grandnombre a toujours été composé de ceux qui n’avaient pas de propriété, ou deceux dont la propriété était trop restreinte pour qu’ils pussent vivre dansl’aisance sans travailler. »

En Europe, la richesse des aristocrates se basedonc sur la possession de terre, car cette possession implique la capacité dela prêter à des paysans pour la cultiver en échange de la protection financièrede l’aristocrate. Celui-ci va donc sceller un pacte avec le travailleur quis’occupe de sa terre, le rémunérant, tandis que le paysan fournit de quoinourrir l’aristocrate par le fruit de son travail. Il existe donc un rapportd’échange entre aristocrates et travailleurs de la terre, et un rapport depaternalisme se créé. En effet, le travailleur habitera sur la propriété del’aristocrate qui le protège et lui fournit un toit. La présence de celui-ciintervient donc dans la vie quotidienne du travailleur, qui se voit protégé parl’aristocrate en échange de son travail. Ainsi, le but visé dans ce type desystème n’est pas directement le profit : la production se fait àl’échelle des terres du propriétaire, et ne s’étend pas au-delà de celles-ci.Il n’y a donc aucun rapport de commerce dans ce type de relations.

« Ilsne sont pas fixés à perpétuité l’un près de l’autre ; à chaque instantl’intérêt les rapproche et les sépare. L’ouvrier dépend en général des maîtres,mais non de tel maître. Ces deux hommes se voient à la fabrique et ne seconnaissent pas ailleurs, et tandis qu’ils se touchent par un point, ilsrestent fort éloignés par tous les autres. Le manufacturier ne demande àl’ouvrier que son travail, et l’ouvrier n’attend de lui que le salaire. L’un nes’engage point à protéger, ni l’autre à défendre, et ils ne sont liés d’unemanière permanente, ni par l’habitude, ni par le devoir. »

L’élite sociale des États-Unis est certescomposée de riches propriétaires terriens, mais le système diffère en ce que lepropriétaire embauche ses ouvriers non pas dans un but d’échange de biensconsommables contre la protection de celui-ci, mais dans un but de création deprofit. Le propriétaire possesseur d’une manufacture paiera ses ouvriers afinqu’ils produisent des biens de consommation, mais pour les exporter – l’intérêtdu propriétaire n’étant pas de vivre directement du fruit du travail desouvriers, mais du profit que celui-ci lui permet de faire. Il n’est donc pasnécessaire de leur fournir protection et habitat. Hors de la sphère du travail,le propriétaire n’intervient pas dans la vie de ses ouvriers, ceux-ci sontlibres de dépenser l’argent gagné comme ils le souhaitent, de vivre comme ilsl’entendent et où ils le désirent. Le profit, créé par le rendement del’ouvrier travailleur, est le seul intérêt du capitaliste. La sociétéaméricaine se base donc sur ce type de relations d’ouvrier à propriétaire, unerelation uniquement basée sur la présence d’un acteur tiers glissé entre lepatron et le travailleur – le profit –, et en cela diffère de la sociétéeuropéenne. C’est donc les conséquences de cette différence que Tocqueville s’attacheà étudier.

« L’émigrantd’Europe aborde donc toujours dans un pays à moitié plein, où les bras manquentà l’industrie ; il devient un ouvrier aisé ; son fils va chercherfortune dans un pays vide, et il devient un propriétaire riche. Le premieramasse le capital que le second fait valoir, et il n’y a de misère ni chezl’étranger ni chez le natif. »

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