De la démocratie en Amérique

par

Démocratie et capitalisme : le revers de la médaille

Comme nous l’avons vu précédemment, ledéveloppement de l’économie américaine se base sur un capitalisme poussétoujours plus loin. Si tout d’abord Tocqueville en analyse des conséquencesbénéfiques sur la société, il s’attache ensuite à en mettre en évidence lespossibles répercussions néfastes sur la démocratie.

En effet, si le système états-unien met enplace une forme de démocratie dans laquelle chacun est donc libre de créer sapropre source de revenus (ce que l’auteur nomme « égalité des chances »), de se faire acteur de sa proprefortune, en achetant tout d’abord une minuscule parcelle de terre qui, grâce auprofit naissant du travail des quelques ouvriers qui y seront embauchés, pourraprendre de l’ampleur et s’inscrire dans une logique productiviste, Tocquevillesouligne que cette liberté peut cependant se retourner contre son peuple.

En effet, les « nouveaux riches »issus de cette économie capitaliste ne sont pas, au départ, des personnesfortunées : leur richesse, leur pouvoir ne s’acquièrent que grâce auprofit que va engendrer leur petite manufacture se développant. Le problème queTocqueville soulève réside en ce que le système américain exige pour obtenir unebonne croissance économique une implication complète dans la vie capitaliste,ce qui signifie également une fidélité totale à la notion de profit. Or, ceprofit ne peut être obtenu que si les rendements sont suffisamment élevés, etla productivité d’une entreprise ne peut s’obtenir que grâce à la faiblesse dessalaires des ouvriers et aux plus-values que le propriétaire va obtenir sur cessalaires.

« L’aristocratieterritoriale des siècles passés était obligée par la loi, ou se croyait obligéepar les mœurs, de venir au secours de ses serviteurs et de soulager leursmisères. Mais l’aristocratie manufacturière de nos jours, après avoir appauvriet abruti les hommes dont elle se sert, les livres en temps de crise à lacharité publique pour les nourrir. »

Ainsi, Tocqueville dénonce une certaineconception de la démocratie qui restera finalement sélective, car cette mêmedémocratie impliquera l’asservissement et l’abêtissement des masses. En effet,l’auteur pointe du doigt le travail de l’ouvrier, destiné uniquement à faire duprofit et niant totalement l’intelligence et la capacité de réflexion humaine.Pour que le travailleur soit rentable au patron, il doit produire le plusrapidement possible, et, par la division du travail, ne s’atteler qu’à uneseule tâche spécifique. Cette tâche étant répétée toute la journée, duranttoute la vie de l’ouvrier, elle annihilera à la longue les capacitésintellectuelles de l’ouvrier et sa santé physique, ses conditions de travail étanttrès éprouvantes et abêtissantes.

« Quandun artisan se livre sans cesse et uniquement à la fabrication d’un seul objet,il finit par s’acquitter de ce travail avec une dextérité singulière. Mais ilperd, en même temps, la faculté générale d’appliquer son esprit à la directiondu travail. Il devient chaque jour plus habile et moins industrieux, et l’onpeut dire qu’en lui, l’homme se dégrade à mesure que l’ouvrier se perfectionne.

Quedoit-on attendre d’un homme qui a employé vingt ans de sa vie à faire des têtesd’épingles ? et à quoi peut désormais s’appliquer chez lui cette puissanteintelligence humaine, qui a souvent remué le monde, sinon à rechercher lemeilleur moyen de faire des têtes d’épingles ! »

Si nous revenons à ce point de l’analyse deTocqueville au patron de ces ouvriers, nous pouvons donc dire que celui-ci tireson profit – nécessaire, obligatoire à sa croissance ! – de l’avilissementdes ouvriers qui travaillent pour lui. Selon l’auteur, l’une des limites de ladémocratie en Amérique serait donc de mettre en place un système où elle gâteet privilégie certains au détriment de la santé physique et mentale des autres.

Ainsi, l’auteur reste mitigé dans son analysedu système états-unien.

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