Deux amis

par

Une amitié simple et digne

Malgré l’aspect peu développé de cette amitié dans le cours de cette œuvre concise, on ne peut nier son importance. Sa mise en valeur commence dès le titre, qui invite le lecteur à se concentrer sur les liens et les goûts simples des deux protagonistes, lesquels aiment tout bonnement à passer leurs dimanches ensemble à la pêche. Leur amitié paraît d’autant plus belle qu’elle se passe de mots, semble avoir quelque chose de fusionnel : « ils s’entendaient admirablement sans rien dire, ayant des goût semblables et des sensations identiques ».

Ce jour-là, les deux amis sont heureux de se retrouver dans des circonstances différentes de d’habitude : « Dès qu’ils se furent reconnus, ils se serrèrent les mains énergiquement, tout émus de se retrouver en des circonstances si différentes ». Le contexte de guerre semble rendre tout événement mineur de la vie plus intense. Comme de vieux amis, ils partent boire ensemble un verre puis décident d’aller à la pêche, comme au bon vieux temps : « Le bon soleil leur coulait sa chaleur entre les épaules ; ils n’écoutaient plus rien ; ils ne pensaient plus à rien ; ils ignoraient le reste du monde ; ils pêchaient. » Là-bas, ils savourent un bonheur retrouvé, puis se mettent à discuter comme ils ne l’avaient jamais fait : « Et tranquillement ils se mirent à discuter, débrouillant les grands problèmes politiques […]. »

Leur amitié est également, et même surtout, illustrée à la fin de la nouvelle. En effet, tenant aux liens de leur amitiés, ils ne donneront pas d’informations à l’officier allemand, malgré la menace de mort imminente, pas plus que chacun n’acceptera de laisser tomber l’autre pour sauver sa vie : « Puis il se leva brusquement, s’approcha des deux français, pris Morissot sous le bras, l’entraîna plus loin, lui dit à voix basse : « Vite, ce mot d’ordre ? Votre camarade ne saura rien, j’aurai l’air de m’attendrir. » Morissot ne répondit rien. » Ce courage face à la mort démontre une véritable amitié entre les deux hommes. Ainsi, dans la mort, leurs liens et leur honneur ne seront pas entachés par la lâcheté. De même que leur amitié était sobre et savait se passer de mots, leur mort revêt une même sobriété qui a quelque chose de gracieux, malgré la banalité des personnages. Et leur douce et paisible amitié est d’autant mieux mise en valeur par le contraste qu’offre le cynisme de leur bourreau.

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