Deux amis

par

Une nouvelle réaliste

Beaucoup d’éléments concourent à faire de Deux amis une histoire réaliste. Toutd’abord, le cadre. Cette nouvelle est largement inspirée d’un fait réel ;elle s’inscrit dans un décor existant, la ville de Paris, pendant une périodeconnue, la guerre franco-prussienne. Une description détaillée est faite deslieux : « Il prenait le chemin de fer d’Argenteuil, descendait àColombes puis gagnait à pied l’île Marante » ; « Leshauteurs d’Orgemont et de Sannois dominaient tout le pays ». Lelecteur a également une petite idée de ce que connaissait Paris pendant laguerre : « Paris était bloqué, affamé et râlant. Les moineaux sefaisaient bien rares sur les toits, et les égouts se dépeuplaient. On mangeaitn’importe quoi » ; ainsi que des assaillants prussiens : « quatregrands hommes armés et barbus, vêtus comme des domestiques en livrée et coiffésde casquettes plates […]. » Le cadre réaliste permet de planter undécor dans lequel le lecteur peut se représenter les personnages. Le statut deces personnages tout à fait banals participe aussi au réalisme de l’histoire età l’immersion du lecteur de par l’absence de description précise de la part del’auteur. En effet, le lecteur peut ainsi se forger sa propre image des deuxhéros, sans avoir en tête la vision de l’auteur qu’il aurait pu avoir du mal às’approprier.

Aucun rebondissement improbable ici ; ainsi,comme cela aurait pu se passer en temps de guerre, les deux hommes qui sontsoupçonnés d’espionnage – « Pour moi, vous êtes deux espions envoyéspour me guetter » – sont tués sans plus de tergiversations pour« non-coopération », puis jetés en pâture aux poissons : « C’estle tour des poissons maintenant. » Contrairement à beaucoup de fins oùles héros sont sauvés à la dernière minute par une aide ou un rebondissementinattendu, nos deux protagonistes eux finissent comme aurait pu finir,c’est-à-dire pathétiquement et de façon un peu absurde, n’importe quellepersonne dans la vraie vie. Ceci rend l’histoire encore plus cruelle puisqu’apriori rien ne les destinait à mourir ce jour-là ; la journée avaitcommencé normalement. Par ailleurs, la concision de l’œuvre rend le fait diversencore plus déplorable ; la mort qui survient étonne par la simplicité et lapromptitude du déroulement des faits : « L’officier cria :« Feu ! ». Les douze coups n’en firent qu’un. M. Sauvage tombad’un bloc sur le nez. »

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