Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

par

La forme de l’essai

Après nous être intéressés au fond de l’essai, nous allons désormais étudier sa forme, car elle revêt quelques caractéristiques bien particulières qu’il est nécessaire de mettre en lumière.

En effet, l’essai est une exposition d’idées supposées traiter d’un sujet, d’une question posée, d’un problème dont l’auteur indiquera clairement l’énoncé. Si l’essai traite davantage d’explications démontrées à l’aide d’arguments plutôt que par des procédés rhétoriques destinés à persuader l’auditoire, la visée n’en demeure pas moins la conviction. L’auteur doit donc, par la force de ses arguments et l’enchaînement logique de ceux-ci, parvenir à une conclusion qui paraît irréfutable, et donc la lecture va s’avérer être à la fois enrichissante et intéressante.

Ainsi retrouve-t-on dans le Discours la logique de l’essai. Celui-ci est en effet construit autour d’une thèse clairement identifiable : les inégalités reposent sur le passage de l’état de nature à l’état de civilisation, il ne peut y avoir de progrès social sans destruction de celle-ci par celle-ci.

Autour de cette thèse s’articulent plusieurs arguments qui viendront l’appuyer, par validation ou réfutation des éléments que Rousseau introduit. Par exemple, prenons le moment où l’auteur tâche d’établir une comparaison entre homme naturel et animal d’un point de vue moral et métaphysique. Il commence par deux paragraphes expliquant que l’homme et l’animal ne sont tous deux que des « machines ingénieuses, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même ». Il concède que quelques petites différences subsistent, mais laisse planer le doute quant à une véritable distinction entre les deux espèces. Ce n’est qu’avec l’utilisation de la conjonction « mais » qu’il déclare dans un troisième paragraphe que la véritable différence est que l’homme est doté de la faculté de se perfectionner. Cette affirmation, développée, viendra ensuite à l’appui d’une hypothèse qui suivra, puis d’une autre, qui finalement viendront toutes constituer une charpente inébranlable à la thèse rousseauiste d’une obligation d’un progrès dangereux pour la civilisation.

La conclusion de l’essai est également caractéristique. En effet, elle ne clôt pas le sujet et reste fidèle à la nature de la question de départ, en autorisant le débat autour de la thèse proposée. Rousseau établit donc ce paradoxe, et achève son discours sur une sentence frappante : « puisqu'il est manifestement contre la loi de nature, de quelque manière qu'on la définisse, qu'un enfant commande à un vieillard, qu'un imbécile conduise un homme sage et qu'une poignée de gens regorge de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire. » Cette allusion finale à caractère clairement polémique montre bien que le débat est loin d’être terminé, et que de nombreuses réflexions d’ordre politique peuvent être ouvertes à ce sujet.

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