Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

par

La sortie de l’état de nature et la naissance des inégalités

Lorsque l’homme naturel devient, par alliance avec ses semblables, homme dit « civilisé », alors de nouvelles caractéristiques apparaissent, qui diffèrent totalement de la simple satisfaction des désirs et des besoins qui étaient le propre de l’homme naturel. En effet, avec son passage à un état social, l’homme apprend à développer d’autres priorités, d’autres modes de relations avec les autres. Ainsi, il va connaître le désir et la frustration de voir ses envies non concrétisées ; en effet, l’homme primitif ne pouvant désirer que ce dont il a besoin ne connaît pas la déception ; l’homme civilisé, lui, va se mettre à comparer ce qu’il possède et ce qu’il aimerait posséder avec les possessions de son voisin. Ceci va entraîner un nouveau rapport de jalousie et de désir non assouvi dans cette nouvelle civilisation.

Ainsi, Rousseau condamne l’amour-propre comme étant la clé de voûte d’une société malade et inégalitaire : « N’ayant regardé jusqu'à présent que lui-même, le premier regard qu’il jette sur ses semblables le porte à se comparer à eux, le premier sentiment qu’excite en lui cette comparaison est de désirer la première place ». Ainsi, l’amour, l’affection qu’avait auparavant pu développer l’homme au début de son passage à la civilisation, le besoin de protéger ses semblables, de s’assembler en communautés tenues les unes aux autres par un besoin et une envie de partage et d’échange, vont donc tomber en poussière par la transformation de cet amour de l’autre en amour de soi. De plus, c’est la morale de l’homme qui va s’avérer corrompue par la naissance de ces nouveaux penchants....

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