Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

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Première partie

À l’état de nature, et donc à son origine, l’homme était solitaire et n’avait que de très rares contacts avec ses semblables (pour se reproduire principalement). Ses seuls soucis étaient donc de satisfaire ses besoin primaires (manger, boire, dormir et se reproduire), car vivant seul et dans la nature, il ne connaissait pas les loisirs et le confort. L’homme agissait donc grâce à ce que Rousseau appelle son instinct de conservation. Cet instinct est également nommé par le philosophe l’amour de soi (il s’agit d’un sentiment qui permet à l’homme de se préserver lui-même et de préserver son espèce).

De plus, l’homme est livré à la nature : il dépend uniquement d’elle. Il n’a pas de griffes, de crocs ou d’ailes, comme les autres animaux, mais son corps est son seul outil. Son corps est plus agile et plus fort que celui de l’homme qui vit en société mais l’homme sauvage semble cependant physiquement inférieur aux autres animaux de la création. Pourtant, l’homme sauvage n’est pas inférieur aux animaux, car son intelligence est supérieure à la leur, et il peut imiter et apprendre en les observant, ce qui fait qu’il s’élève de son instinct de conservation.

À l’état de nature, l’homme sauvage de Rousseau s’oppose à celui de Hobbes (qui conçoit l’état de nature comme un état de guerre permanente) : il ne cherche pas le conflit, et préfère au contraire la fuite quand l’affrontement n’est pas nécessaire (et ce choix résulte d’une réflexion intellectuelle de l’homme sauvage).

L’inégalité physique est effacée par la nature, car les individus faibles ne survivent pas. L’homme sauvage est autonome et n’a donc pas besoin de son semblable pour assurer sa survie. D’autant plus qu’il possède une capacité qui lui est propre : sa perfectibilité.

La perfectibilité est la capacité qu’a l’homme de se perfectionner : alors que l’animal naît tel qu’il le restera toute sa vie, l’homme a la capacité de se perfectionner. Cette faculté crée une inégalité parmi les hommes qui vivent en société – à cause des différentes capacités intellectuelles des hommes – mais contrairement à l’homme social, l’homme sauvage ne cherche qu’à perfectionner les organes qui sont nécessaires à sa survie. Cette faculté de se perfectionner de l’homme est à l’origine de toutes ses autres facultés.

Les animaux, eux, ont la faculté de raisonner et d’avoir des idées, mais obéissent toujours à leur instinct, ce qui les empêche de se perfectionner. Pour Rousseau, cette faculté particulière de l’homme est mise en pratique lorsque l’homme désire quelque chose, et il ne peut désirer ce qu’il ne connaît pas ; c’est pourquoi à l’état de nature cette faculté ne sert à l’homme qu’à satisfaire ses désirs vitaux, d’autant plus qu’il ne peut raisonner, car cela nécessite un langage, et l’homme sauvage, qui n’entretient pas de relations avec ses semblables, n’a que très peu de moyens de communication.

Les seules communications entre hommes sauvages sont celles entre la mère et son enfant. Mais le langage n’est pas employé. Néanmoins, l’enfant arrive à se faire comprendre de sa mère, puisqu’il doit lui exprimer ses besoins, mais de simples gémissements et cris suffisent. Et même si un langage naissait entre une mère et son enfant, ils ne seraient que deux à le comprendre et à le maîtriser, et la communication avec leurs semblables serait encore faible. De plus, la création du langage demeure un paradoxe : il faut savoir parler pour raisonner, mais il faut également raisonner pour créer un langage. Autrement dit, le langage est nécessaire aux hommes pour vivre en société, tout comme une vie en société est nécessaire aux hommes pour créer un langage. Rousseau ne détermine pas ce qui du langage ou de la société fut créé en premier, mais conclut sur la pensée que la nature est hostile aux hommes pour créer une société, et que donc l’homme est bel et bien naturellement solitaire.

De plus, le désir d’une vie en société doit naître de plusieurs hommes qui ressentiraient tous le besoin de leurs semblables et qui s’accorderaient sur une même convention. Or, pour désirer une vie meilleure, l’homme doit être en mesure de juger sa vie misérable, mais l’homme sauvage ne connaît que sa vie, et n’ayant pas connaissance d’une autre vie, il ne peut imaginer la sienne autre.

Outre cela, l’homme sauvage ne peut désirer une vie avec ses semblables dans le but de vivre en paix, puisque la vie sauvage est un état de paix : l’homme qui n’obéit qu’à son instinct de conservation ne désire pas attaquer son semblable car il est physiquement égal à lui (puisque la nature élimine les plus faibles), et même s’il désirait l’attaquer, la fuite est toujours possible pour l’homme qui est attaqué. De plus, l’amour de soi de chaque homme est à l’origine de son sentiment de pitié. En effet, pour Rousseau, « on ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-même ». Ce sentiment de pitié – soit ce sentiment de répugnance à voir souffrir son semblable – fait donc que l’homme ne cherche pas à nuire à son prochain. D’autant plus qu’il n’a pas de conscience morale (le Bien et le Mal), puisque cela nécessite une réflexion. Les seules circonstances dans lesquelles l’homme attaquerait volontairement son semblable seraient donc dans le but de s’accoupler. Mais une fois ce désir primaire satisfait, ni aucune vengeance ni aucune jalousie ne subsisteraient puisque à l’état de nature, l’homme n’a pas d’amour propre.

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