Du côté de chez Swann

par

La bourgeoisie selon Proust

Proustétait lui-même une personne charmante, à l’image de son personnage Swann. Ilétait tout aussi populaire auprès de l’aristocratie de l’époque. Swann parcontre est hautain et le cercle social des Verdurin qu’il commence à fréquenterest indigne de son niveau de sophistication. Proust se sert de ce personnage etdu comportement ridicule des Verdurin pour écrire une satire de la bourgeoisie deson époque.

Cesbourgeois pensent représenter le sommet du raffinement mais se montrentfoncièrement incapables de faire preuve de bon goût véritable. Ils assistent àdes vaudevilles sans intérêt et interrompent la sonate de Vinteuil, démontrantainsi leur manque de bon goût.

« Et il assurait qu’on pouvait s’en apercevoirà certains passages de sa sonate. Swann ne trouva pas cette remarque absurde,mais elle le troubla ; car une œuvre de musique pure ne contenant aucun desrapports logiques dont l’altération dans le langage dénonce la folie, la foliereconnue dans une sonate lui paraissait quelque chose d’aussi mystérieux que lafolie d’une chienne, la folie d’un cheval, qui pourtant s’observent en effet. »

Swannest forcé de s’abaisser à leur niveau pour les fréquenter. Et, ironiquement,malgré ses efforts, les Verdurin reconnaissent en lui un personnage tropsophistiqué. Ils perçoivent son goût plus fin pour l’art, son intelligencesupérieure et sa hauteur sociale. Le fait qu’ils rejettent Swann semble être lapreuve de Proust pour démontrer une impossibilité de mobilité sociale à cetteépoque. Cette impossibilité est en partie la conséquence du snobisme de ceuxqui se trouvent au-dessus et la vulgarité de ceux qui se trouvent au-dessous. Larelation entre Swann et Odette était donc vouée à l’échec du point de vue deleur appartenance sociale.

Unautre aspect de la bourgeoisie mis en avant par le roman est le regard et lejugement d’ordre social. Les trahisons conjugales d’Odette ne sont pas seulementpsychiquement douloureuses pour Swann, elles sont autant de causesd’humiliation sociale. L’accent est mis sur le fait que Swann est perçu commeun individu faible en raison du comportement de son épouse. Il est aliéné parles parents du narrateur Marcel qui n’approuvent pas la liaison qu’ilssoupçonnent entre Odette et monsieur de Charlus. Il ne peut pas non plusfréquenter les cercles auxquels il appartient réellement et auxquels son épousene peut prétendre faire partie.

Ensomme, l’appartenance à un cercle social est présentée comme un besoin. Nonseulement il est important de s’entourer de personnes, mais encore faut-ilrechercher la compagnie de personnes aussi cultivées et intelligentes que soi.L’alternative comporterait des conséquences considérables dont la tragiquerelation amoureuse de Swann est le malheureux exemple.

« De même si un “fidèle” avait unami, ou une “habituée” un flirt qui serait capable de le faire”lâcher” quelquefois, les Verdurin, qui ne s’effrayaient pas qu’unefemme eût un amant pourvu qu’elle l’eût chez eux, l’aimât en eux, et ne le leurpréférât pas, disaient : “Eh bien ! Amenez-le votre ami.” Et onl’engageait à l’essai, pour voir s’il était capable de ne pas avoir de secretspour Mme Verdurin, s’il était susceptible d’être agrégé au “petitclan”. S’il ne l’était pas, on prenait à part le fidèle qui l’avaitprésenté et on lui rendait le service de le brouiller avec son ami ou avec samaîtresse. »

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