Du côté de chez Swann

par

L’imagination et la réalité

Dans Du côté de chez Swann, l’auteur sembleavancer la thèse selon laquelle chaque personne est en proie à des idées préconçuesd’autres personnes ou de lieux qui ne sont délogées de l’esprit qu’au moment dela rencontre réelle avec ces autres personnes ou ces lieux.

Larecherche de la rencontre entre l’objet de la préconception et l’acteur decette préconception est un élément impératif de la recherche de la vérité pourProust et pour son narrateur. Le narrateur trouve ainsi dans les livres qu’illit lors de son enfance un nombre remarquable d’images dont il nourrit sonimagination. Ces images continuent toujours de bénéficier de grâces dans sesrêveries.

« Ce n’était pas seulement parce qu’une image dontnous rêvons reste toujours marquée, s’embellit et bénéficie du reflet descouleurs étrangères qui par hasard l’entourent dans notre rêverie ; car cespaysages des livres que je lisais n’étaient pas pour moi que des paysages plusvivement représentés à mon imagination que ceux que Combray mettait sous mesyeux, mais qui eussent été analogues. »

Dans ceroman, le narrateur et le personnage de Swann sont en proie à de tellesconceptions. Mais contrairement à la plupart des personnes, les conceptions deschoses que leur imagination a fait naître ne cèdent pas face à la réalité. Poureux, la réalité est décevante ; elle ne peut être comparée aux chosesqu’ils ont imaginées et qu’ils apprécient. Plutôt que d’ajuster le fruit deleur imagination à la réalité, ils se cramponnent à leurs rêves et tentent d’enfaire une part entière de leur réalité. C’est le cas lorsque Swann idéaliseOdette parce qu’elle lui rappelle la peinture de Botticelli. Il ne se rend pascompte alors qu’il tombe amoureux d’un idéal que la véritable Odette ne pourrajamais égaler. Aussi, sa préconception d’Odette surpasse dans son esprit lesévidences que sa propre expérience met au jour.

« Si mes parents m’avaient permis, quand jelisais un livre, d’aller visiter la région qu’il décrivait, j’aurais cru faireun pas inestimable dans la conquête de la vérité. Car si on a la sensationd’être toujours entouré de son âme, ce n’est pas comme d’une prisonimmobile : plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élanpour la dépasser, pour atteindre à l’extérieur, avec une sorte dedécouragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique quin’est pas écho du dehors, mais retentissement d’une vibration interne. »

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