Entretiens avec le Professeur Y

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Résumé

L’écrivain Céline se désole du sort réservé àla littérature : il explique que les gens consomment tout sauf des livres,et lorsqu’un livre est acheté, il est prêté à l’entourage tant et si bien queles ventes de l’ouvrage en question stagnent. Il plaint la condition desécrivains qui ne peuvent gagner leur vie avec leurs œuvres, et qui ne sontconsidérés comme des génies qu’à condition de se trouver dans la misère et lemalheur. Céline ajoute qu’au contraire des écrivains, leurs éditeurs s’ensortent confortablement ; il a fait part de ces constatations à son propreéditeur, Gaston Gallimard, qui lui a répondu de « rompre le silence qui[lui] a fait tant de tort […] sortir de [son] effacement pour faire reconnaître[son] génie ».

Céline a donc décidé de « se vendre »un peu mieux, via les médias notamment ; mais ses amis lui déconseillentde passer à la télévision ou à la radio, invoquant sa trop grande laideur et savoix irritante. Alors Céline va se prêter au jeu de « l’interviouwe »avec le Professeur Y.

Lorsqu’il rencontre le Professeur Y dans unsquare, Céline est très déçu : il se retrouve face à la caricature d’unagrégé de lettres, muet et anxieux, et ne se gêne pas pour se moquer de lui.Secoué par Céline, le Professeur Y finit par proposer un débat philosophique,que l’écrivain refuse au terme d’une longue tirade, emporté par le mépris qu’ilporte à la philosophie. Le Professeur Y, perplexe, lui demande qui ilest : « Je suis qu’un petit inventeur » répond Céline avec unehumilité feinte, avant de développer son propos. Selon lui, il a inventé« l’émotion dans le langage écrit ». Le Professeur Y, l’estimant trèsprétentieux, le rabroue et ils entament alors une véhémente discussion sur legénie en littérature.

Céline s’attarde ensuite sur le cinéma, quiselon lui doit influencer le travail des écrivains ; il clame son méprispour les masses qui ne connaissent pas le cinéma et continuent de lire desouvrages dont il estime le style désuet. Il revient sur son invention de« l’émotion dans le langage écrit » en affirmant qu’elle lui a valu lajalousie de concurrents, qu’il est un artiste persécuté. Le Professeur Ycontinue de le pousser dans ses retranchements, il interroge Céline sur sa visionpessimiste du monde. Céline pense que le monde est « sadique,réactionnaire, en plus de tricheur et gogo » ; il estime que lesécrivains de son temps sont trop conformistes et qu’ils n’ont pas le talent nil’intelligence d’innover.

Céline explique avec rage qu’il est unincompris et qu’en raison de cela il est rejeté pour l’instant mais que lorsquele temps aura passé, tous les écrivains écriront sur son modèle. Le ProfesseurY le traite de vaniteux et les deux hommes se querellent à ce propos. Puis ilstentent de trouver, sans succès, un sujet d’entente ou du moins un sujet adaptéà l’interview. C’est Céline qui orchestre le propos ; il s’impatiente ets’ennuie à la fois. L’interview n’avance pas vite, le Professeur Y ne dispose pasde matériel suffisant. Céline le secoue alors un peu, l’insulte, comptant accélérerla cadence et se débarrasser de l’exercice au plus tôt. Ils continuent àdiscuter tous les deux et Céline évoque le triste sort de nombreux artistesincompris de leur vivant.

Le Professeur Y interpellesoudainement Céline ainsi : « vous trouvez très amusant décidément dem’appeler : Professeur », puis lui annonce qu’il s’appelle en réalitéColonel Réséda, et qu’il vit clandestinement. Il a l’impression d’être observé,en danger. Céline commence à le prendre pour un fou mais il rentre dans son jeuet lui délivre à voix basse des secrets : «  la véritéessentielle de ce monde actuel : c’est qu’il est paranoïaque ! »dit-il en se moquant. Il rajoute que le monde est présomptueux et s’enexplique, exemples à la clé ; le Professeur Y passe pour un idiot. Pouraller dans son sens et en finir avec cette épreuve de l’interview, Céline avouequ’il est gravement jaloux.

Céline entre alors dans un jeu deprovocation, ce qui blesse et énerve le Professeur Y, qui riposte en traitantCéline de « vieillard scléreux, rabâcheur, aigri, prétentieux, fini »,sans pour autant provoquer la gêne ni la vexation de l’écrivain. Céline s’enprend ensuite à son éditeur Gaston Gallimard et à l’ensemble de La Nouvelle Revue française qu’il méprise.Sous l’oreille attentive du Professeur Y, Céline continue sa diatribe par unelogorrhée qu’il espère suffisante à combler les lignes de l’interview. Il faitcompter et recompter lesdites lignes au Professeur Y, impatient de quitter Céline.

Le Professeur Y s’emporte unenouvelle fois contre l’écrivain, qu’il méprise et traite de « pireTartuffe des Lettres françaises » ; Céline balaie les mots d’unrevers de manche, puis s’attarde sur ses actes admirables, tandis que le ProfesseurY prend des notes. Ce dernier continue de faire preuve de paranoïa, sans queCéline ne s’en émeuve outre mesure. Les deux hommes reviennent encore une foissur l’invention de Céline, le style « émotif » et le lyrisme.

Céline débat ensuite de l’argotet de son utilisation à bon escient dans la littérature. Ils évoquent aussil’amour, et le « je », puis Céline finit par critiquer encore lesgens de l’édition, à commencer par Gaston Gallimard, avide d’argent àl’extrême.

Un moment excédé, le Professeur Yfait mine de partir ; il se voit rattrapé par l’écrivain qui s’excuse etdemande une nouvelle fois à combien de pages ils en sont – ce n’est toujourspas assez, il faut continuer le remplissage. Le Professeur Y se prête enfin aujeu des questions, assez banales et clichés, auxquelles Céline répondbrièvement. Pendant une pause, Céline se recentre sur son dessein :susciter chez le public un nouvel engouement autour de sa personne et de sonœuvre ; mais le Professeur Y semble hermétique et peu réactif et passepour un benêt.

L’interview tourne court, leProfesseur Y ne semble plus intéressé. Anxieusement, Céline tente de raviver ledébat, il interroge son interlocuteur sur le manuscrit que le Professeur Yprépare. Se moquant ouvertement de lui et de son œuvre, l’écrivain Céline enprofite, par la même occasion, pour critiquer à demi-mot le travail deséditeurs et des gens de lettres. Il fait ensuite croire au Professeur Y queGaston Gallimard peut faire de lui un écrivain connu et reconnu.

Céline se lance dans une longuetirade, expliquant comment il a découvert son propre génie alors qu’il setrouvait dans le métro. Pour se mettre davantage en valeur, il critiqued’autres écrivains qui selon lui n’existeraient pas sans leurs agences depresse. Le dialogue se fait rythmé, le Professeur Y est attentif, suspendu auxlèvres de l’écrivain, tant et si bien qu’il refuse de se rendre à lapissotière ; il finit par s’uriner piteusement dessus.

Céline emmène le Professeur Yhors du square, estimant l’interview terminée ; mais dans un accès deparanoïa, le Professeur Y, récalcitrant, refuse de suivre Céline et crie aucomplot. S’ensuit une situation d’un comique grotesque ; l’écrivainparvient à emmener le Professeur Y et à le faire monter dans un taxi, mais  le Professeur Y, toujours dans sa phaseparanoïaque, se jette hors de la voiture et s’enfuit. Questionnés pendant leurcourse-poursuite, Céline parvient à fournir des explications plus ou moins senséesaux gens qui s’interrogent afin d’éviter le scandale. Le Professeur Y délire deplus en plus, Céline le suit et le soutient, jusqu’à ce qu’ils arrivent à laNRF où Céline abandonne son acolyte.

Une fois seul, Céline imagine lecontenu de l’interview que le Professeur Y va rendre : un triste portraitde lui sans doute, qui ne décrira que le cheminement absurde et les péripétiesde la fin de l’interview. Céline décide alors de rédiger lui-même le papier,qu’il compte rendre dès le lendemain à son éditeur.

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