Entretiens avec le Professeur Y

par

Les opinions sur l'édition

Céline formule non seulement des critiques quant à sa société et à la situation de la littérature, mais va aussi profiter de ce livre pour donner son avis quant à la situation de l'édition pour critiquer son éditeur notamment. On sait déjà que Céline exècre les critiques littéraires, les journalistes et les interviews, et dans cet entretien, l'auteur en profite, pour renouer avec son public, mais aussi pour le rendre complice de sa façon de tourner en ridicule son interlocuteur présumé qui représente le monde de l'édition, étant donné que ce fut Gaston Gallimard lui-même qui lui proposa ce format.

Céline exprime ses idées quant à la littérature et à l'édition en utilisant un interlocuteur imaginaire, qui serait l'interviewer qui prend le nom de Professeur Y tandis que Céline parle en son nom propre. Par le biais de ce professeur Y – ce qui semble surprenant étant donné qu'habituellement c'est le nom de celui qui est interviewé qui figure dans le titre de l'entretien – Céline se sert de cette tribune pour critiquer son éditeur et sa propre situation, en cachant sous son interviewer son propre éditeur Gaston Gallimard, l'évoquant en ces termes : « Parlez-moi de M. Gallimard… est-il avare comme on le prétend ? », alors qu'il le présente avec ironie ainsi : « Il me reprochait rien… mais quand même !… il est mécène, c’est entendu, Gaston…mais il est commerçant aussi, Gaston…je voulais pas lui faire de peine… » En effet on voit qu'au fur et à mesure de l'entretien, l'exercice de forme conventionnelle va déraper et partir quelque peu ''dans tous les sens''. l'interviewer perd le contrôle de ces débats, notamment en se ridiculisant en s'urinant dessus, ce qui peut sembler surprenant dans ce contexte : cela permet à l'auteur de tourner ce monde en ridicule, et de prendre le dessus sur ce genre d'exercice en se présentant lui même comme gardant son sang-froid et soufflant lui-même les questions que l'interviewer est censé lui poser, ce qui restitue la réalité puisque c'est lui qui rédige les réponses, mais aussi les questions. On peut retenir que ce genre de passages et de dialogues ont clairement un fort potentiel théâtral et comique, que ce soit dans la tension de la conversation ou dans la gestuelle, et les dialogues, et que ce roman fut ainsi adapté sur scène. Tout y est amplifié et exagéré pour ridiculiser l'interlocuteur, et les metteurs en scène ne s'y sont pas trompés.

Céline révèle ici qu'il entretenait des rapports plus que tendus, voire conflictuels avec son éditeur ce qui renforce son image d'artiste maudit. Il estimait que Gallimard ne le payait pas assez, voire parfois pas du tout, qu'il lui imposait des clauses léonines (ou lésionnaires, propres à n'arranger qu'une seule des parties) dans ses contrats. Il écrit même que Gaston, comme il l'appelle familièrement, a un réel état-major, même si ce dernier s'est totalement « débiné » pour cet entretien, et se moque de son éditeur en s'exclamant « Vous allez voir le Gaston, s’il va valser votre Goncourt ! » ; en s'adressant au Professeur, il s'adresse à Gallimard.

L'auteur a surtout besoin de prouver à tous ses lecteurs que justement, il n'a rien à prouver, ni au public ni au monde de l'édition, refusant donc de prendre au sérieux ce genre d'exercice et s'inscrivant encore une fois à contre-courant des volontés de son éditeur, prouvant leurs rapports antagonistes.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les opinions sur l'édition >