Entretiens avec le Professeur Y

par

La forme de l'entretien travestie par l'auteur

Dans Entretiens avec le Professeur Y Céline se plie à un exercice bien singulier : comme son titre l'indique, ce roman relativement court se présente sous la forme d'une sorte d'entretien, et donc une interview entre lui et un interviewer. L'auteur va ainsi s'exprimer, comme le titre l'indique, sous le nom de « Professeur Y », mais donc également à travers le personnage de l'interviewer, étant donné qu'il a écrit lui-même et les questions et les réponses de l'entretien. Mais d'après l'auteur il n'a pas choisi de tout faire lui-même, en expliquant qu'au départ du projet, il lui avait été proposé de nombreux interviewers potentiels, des candidats à l'entretien, mais que tous ont abandonné avant, par peur ; ceux qu'il nomme « l’état-major de Gaston » refusaient tous de participer à l'interview, sauf si Céline acceptait une condition qu'il donne lui-même: « ils me posaient une condition : que je les mouille pas !… que je les cite pas ! ils acceptaient, mais "anonymes" » ils avaient donc peur d'être cités, tant Céline était encore infréquentable pour la profession.

Céline dut se résoudre à tout faire lui-même, il l'affirme pour trouver des questions valables : « j’en trouvai un, ça valait mieux, qui m’était tout à fait hostile… sournois et méfiant.. : Professeur Y », le personnage inventé. Finalement il prouve que '' l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même ''.

Cela lui permit de se moquer de ce Professeur Y « le professeur Y, certainement, avait aussi son petit pensum qui attendait depuis des années dans les caves de la N.R.F. » montrant toute son animosité envers lui, ce qui pousse le professeur à lui poser des questions à son tour, à essayer de prendre les choses en main : « Et vous alors, qu’est-ce que vous êtes ? », et Céline qui éclate ensuite « La première question qu’il me pose ! Ah ! je vais avoir mon interviouwe ! », se moquant au passage même du mot d'inspiration anglophone. D'ailleurs Le Professeur voudra quitter les lieux plusieurs fois, s'offusquant de se sentir insulté par Céline, et ce dernier lui répondra : « ce turf d’en trouver un autre ! peut-être encore plus imbécile » en en rajoutant encore.

Cependant comme on peut s'y attendre l'auteur ne se gêne pas pour s'exprimer au-delà de ce que son éditeur attendait de lui. Il va rapidement travestir le genre de l'entretien, afin de se moquer des interviews non fictives, que l'on peut retrouver dans la presse entre les écrivains et les journalistes littéraires, avec les éditeurs ou encore les critiques. D'ailleurs il va vite s'opposer de front avec le Professeur, quand ce dernier lui dira : « Ce n'est pas très intéressant pour mon interview », ou « Vous jouez pas le jeu ! »ce qui prouve que les entretiens ne servent jamais de possibilité pour l'auteur de s'exprimer, mais sont simplement à visée commerciale et superficielle. Il est également indiqué qu'il ne prend pas de notes quand Céline semble parler de choses importantes à ses yeux, ce qui renforce l'impression de décalage entre les deux hommes. C'est ainsi lui qui mène les débats pour ainsi dire, et qui fait dire ce qu'il veut aux deux protagonistes présumés de cet entretien, qui prend des airs de pamphlets contre sa société, se montrant quelque peu à contre-courant de ce genre et de ce que le lecteur est censé en attendre.

En effet il travestit le genre pour exprimer ses idées plus largement que celle d'un simple écrivain voulant renouer avec le succès, et plus largement propose au lecteur son opinion sur les situations sociale, littéraire, culturelle, et donc de l'écriture et de l'édition, des idées qui en principe sont censées ne regarder que lui et son propre éditeur. Il va également directement s'adresser au lecteur, en tant que public de manière plus globale, et va formuler de nombreux reproches, rendant ce même public responsable de son insuccès commercial, l'accusant de ne plus lire ses œuvres et donc de suivre le mouvement qui anime la société de son époque.

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