Escadrille 80

par

L’univers de Dahl

L’univers de Dahl reste malgré tout celui que l’on a pu découvrir dans Moi, boy. Malgré les changements qui vont le marquer au cours de cette étape formatrice et difficile qu’est la Seconde Guerre mondiale, l’auteur reste fidèle à son style d’écriture, à sa légèreté, à la sincérité dont font preuve constamment et le petit garçon qu’il était, et le soldat aguerri qu’il est devenu, et enfin l’auteur éminent qui écrit l’œuvre.

Ainsi, l’écriture reste particulièrement touchante, et ses centres d’intérêts restent toujours fidèles à ceux qu’il défend d’une œuvre à l’autre. Toujours enclin aux voyages, à la découverte, à la curiosité, on retrouve avec plaisir le petit garçon qu’il était alors qu’il découvre les vastes paysages de Tanganyika, et qu’il réalise ses rêves d’enfant en se rendant capable de conduire un avion de chasse. Le côté facétieux, espiègle qu’il nourrissait étant petit, trouve un écho flagrant dans les pages d’Escadrille 80, même si le récit revêt une tonalité évidemment plus sombre que dans le précédent opus.

« J’adressai un pâle sourire au major quand il passa en caracolant devant moi, mais ne rentrai pas la tête dans ma cabine. Je voulais le revoir. Il y avait un je-ne-sais-quoi d’admirable dans la façon dont il arpentait le pont au pas de course sans le moindre vêtement sur le dos, de merveilleusement innocent, libre de préjugé, joyeux, amical. Et, moi, j’étais là, paralysé de gêne juvénile, à le regarder par le hublot, les yeux ronds, scandalisé malgré tout par cette conduite. Mais en même temps je l’enviais. J’étais au fond jaloux de sa désinvolture et j’aurais donné n’importe quoi pour avoir moi-même le culot d’aller le rejoindre et de l’imiter. »

 Il fait également toujours grand cas de sa famille. L’auteur, en effet, perd très tôt son père et sa sœur aînée, alors qu’il est encore tout petit, et dans un court laps de temps. Il entretient avec sa mère une relation très privilégiée, et cet amour du petit garçon pour sa maman se retrouve dans les lettres qu’il lui enverra depuis les différents lieux où il sera plus tard affecté dans le cadre de son travail ou lors de la guerre.

On sent donc bien que l’univers de Roald Dahl est toujours réuni autour des mêmes constantes, mais l’intérêt de l’œuvre est justement de cibler leur évolution. Les goûts, les centres d’intérêt du personnage restent les mêmes tout au long de son parcours autobiographique, mais l’on peut cependant admirer avec quelle justesse ceux-ci évoluent, se développent, et se modèlent sur la maturité gagnée par l’auteur.

Témoin de l’évolution de l’univers de Roald Dahl, le lecteur assiste à l’acheminement d’un petit garçon jusqu’à l’adolescence, l’âge adulte et la vieillesse, synonyme d’une vie bien remplie et pleine de sens. Mais le contexte qui la permettait semble avoir disparu, et l’auteur fait donc revivre un passé perdu au lecteur :

« La traversée depuis le port de Londres jusqu’à Mombasa devait prendre deux semaines et, en route, nous allions faire escale à Marseille, Malte, Port-Saïd, Suez, Port-Soudan et Aden. De nos jours, on peut par avion gagner Mombasa en quelques heures sans s’arrêter nulle part et plus rien n’est fabuleux, mais, en 1938, un voyage de ce genre était jalonné d’étapes et l’Afrique orientale était bien loin de chez vous, surtout si votre contrat avec la Shell stipulait que vous deviez y demeurer trois ans d’affilée. J’avais vingt-deux ans lorsque je partis. J’en aurais vingt-cinq lorsque je reverrais ma famille. »

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’univers de Dahl >