Escadrille 80

par

Un récit autobiographique

Le récit de Roald Dahl s’affirme dès le débutcomme autobiographique. Le simple titre de son roman réfère à une réalité à lafois historique et se rattachant à sa propre vie : l’escadrille 80 setrouve être précisément le bataillon aérien dans lequel l’auteur s’est engagéde son propre chef lors du début de la guerre. Âgé alors de vingt-deux ans,Roald Dahl est détaché dans une mission au Kenya, zone qu’il connaît déjàlégèrement pour avoir été envoyé en Tanzanie lors de son précédent travail entant qu’employé de la compagnie Shell.

« Unevie est composée d’un grand nombre de petits incidents et d’un petit nombre degrands. Une autobiographie, par conséquent, sous peine de devenir lassante, sedoit d’être très sélective, éliminant tous les épisodes négligeables pour seconcentrer sur ceux restés gravés dans la mémoire. »

Le récit est tout du long mené à la premièrepersonne du singulier. Cependant, l’usage de cette personne n’est pas restreintau domaine du souvenir, il n’est pas seulement attaché à l’homme ayant mûri etracontant son histoire. Lorsque Roald Dahl utilise le « je », c’estun « je » situé au cœur même de l’action, un « je »évoluant en plein présent et n’étant pas rétrospectif. Ce pronom réfère à unprésent dans lequel le lecteur est directement plongé, au cœur des émotionsvécues par le jeune Dahl au moment des faits. Ainsi, l’autobiographie nousdonne ici l’illusion de vivre les évènements en même temps que l’auteur, sansséparation temporelle. Lorsque des souvenirs, des sentiments et des penséessont évoqués, ce sont ceux du jeune auteur à ce moment précis, et non ceux d’unhomme qui porte un regard rétrospectif sur son passé. Ainsi, nous avons lesentiment d’être plongé au cœur de l’action et non pas d’écouter le récit d’unvétéran, dont les années de service s’éloignent de plus en plus de sa réalitéprésente.

« Dans laseconde partie du livre, qui traite de l’époque où j’étais pilote dans la RAFdurant la Seconde Guerre mondiale, il ne m’a pas été nécessaire de choisir oud’éliminer quoi que ce soit car chaque moment a été, pour moi du moins,totalement exaltant. »

Soucieux d’appuyer ce réalisme, ce caractèredirect et franc du récit, le narrateur-personnage nous fournit une grandequantité de détails lors de la description des paysages, qui semblent ainsi siréels qu’on les croirait décrits non pas par l’intermédiaire du souvenir mais àl’occasion d’un regard direct porté sur le paysage. Dans le même temps,l’auteur se livre à un jeu de dualité, car cette abondance de détails, cetteminutie de la description montrent que les paysages sont restés bien vivants enlui, et l’ont profondément marqué. C’est le cas par exemple lors de son arrivéeen Tanzanie. Le jeune Britannique découvre là-bas le système colonial, qui luiest totalement inconnu. Il décrit alors avec étonnement ce qu’il y découvre,comment là-bas les Français se voient assistés de « boys », cesjeunes Africains qu’on dévoue à leur service, comment la vie animale, notammentà travers la présence des serpents mambas, peut s’avérer dangereuse en ceslieux si l’on n’est pas suffisamment prudent. Mais toutes ces anecdotes neferont que renforcer le plaisir de l’auteur à se trouver dans ce pays, et àconvaincre le lecteur de ce plaisir.

« S’ilstravaillaient en Afrique orientale, leurs phrases étaient émaillées de motsswahili et, s’ils vivaient en Inde, toutes sortes de dialectes se mélangeaientdans leurs propos. En outre, un vocabulaire complet d’expressions courantessemblait commun à tous ces gens. Un verre bu dans la soirée, par exemple, étaittoujours un sundowner (un « crépuscule »). Un verre bu à n’importe quel autremoment était un petit coup de chota. Les épouses étaient des memsahib. Jeter uncoup d’œil à quelque chose, c’était jeter un shufti. »

Ainsi, par la prise d’un certain recul, RoaldDahl parvient à se faire oublier derrière son personnage, et malgré lecaractère autobiographique de l’œuvre, il livre un récit actif et distrayantbien loin d’une énumération de souvenirs.

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