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Des fables modernes

Pour créer ses fables, que l'auteur juge lui-même comme un simple divertissement facile, Anouilh s'est inspiré des éléments de son époque. Plutôt que de copier ses confrères, Anouilh a choisi de remettre dans leur contexte des morales devenue vieillottes, et de remettre au goût du jour des fables telles que La cigale et la fourmi, Le chêne et le roseau, et quelques autres encore.

C'est ainsi que le lecteur suit les aventures de la cigale, chanteuse dans les boîtes et  les casinos où elle s'enrichit grandement, amassant une fortune de plus en plus conséquente et dont le seul intérêt est de faire fructifier son succès au plus vite. En effet, l'argent a pris une place importante dans la société : contrairement à la fable d'autrefois où l'on suivait la petite fourmi travailleuse qui avait amassé de quoi survivre tout l'hiver, et  se moquait de la cigale vadrouilleuse, on nous narre les bienfaits de la facilité. Autrefois chanter n'était pas un travail, aujourd'hui si ; et celui-ci ne semble pas avoir aux yeux d'Anouilh la même valeur.

            On observe également l'évolution des mentalités : dans Le loup, la louve et les louveteaux, une terrible cruauté est mise en avant. Mais ce n'est pas tant celle du loup qui choque, mais celle de l'homme. Anouilh nous présente une famille de loups qui se nourrit en tuant un petit agneau. Puis c'est au tour de l'homme qui abat la famille loup de façon sanglante, probablement parce qu'ils leur ont volé un de leur agneau. Le loup tue pour nourrir sa famille, l'homme tue pour préserver la sienne de la famine ; la moralité qui est mise en avant, c'est que chacun tente de survivre comme il le peut, sans jamais chercher à réellement faire le mal. Nous tuons tous pour notre survie : comme dit Anouilh « Un monde d’innocents se tue et se torture. ».

            Il est également intéressant d'aborder la virilité de l'homme qui est mise en jeu à travers la fable La fille et le loup. Ici, une jeune fille promise à un vieil homme bedonnant, s'échappe pour rejoindre un loup. Son explication est la suivante : « J’aime les hommes, et seul le loup en était un. » En effet, aujourd'hui l'image de l'homme fort, qui chasse, se bat et protège sa famille est effacée ; il ne reste plus que l'image du l'homme bedonnant d'avoir été bien nourri, qui a peu d'activité et qui  vieillit. L'image de l'homme est ternie : « Son mari haut comme trois pommes, le curé bedonnant, le juge fielleux, les paysans niais et communs […] ». Anouilh se moque donc à travers son texte de la mollesse qu'acquiert peu à peu l'homme, mollesse qui ne séduit pas les femmes d'aujourd'hui.

            Nous pouvons donc dire que les fables d’Anouilh modernisent ce style de texte quelque peu démodé en y incluant des éléments actuels de la société, mais aussi en remaniant de vieilles fables afin que celles-ci soient bien en adéquation avec leur temps.

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