fables

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Une vision critique de la société

En plus d'avoir modernisé ses fables, Anouilh a décidé d'en modifier certaines afin qu'elles reflètent de manière satirique la société actuelle. Au travers de ses textes, l'auteur attire le regard du lecteur sur les problèmes que l'on rencontre, l'obligeant ainsi à réfléchir d'une manière différente, à regarder le monde qui l'entoure avec un œil neuf.

            La fable de la cigale illustre encore une fois très bien un phénomène de société particulièrement flagrant : la course à la richesse. Ici, la cigale est une chanteuse qui touche des sommes affolantes. Non contente d'être très riche, elle souhaite l'être encore plus. Ainsi, elle n'hésite pas à menacer et à prendre sur le dos des plus pauvres. La cigale apparaît comme une sorte de requin de la finance, plus fine et machiavélique encore que le renard, réputé pour être le personnage rusé et manipulateur des fables. Si l'on replace cette histoire dans un contexte humain, la cigale représente tous les chanteurs et chanteuses qui n'écrivent et ne chantent plus aujourd'hui pour diffuser un réel message et toucher le public, mais pour faire de plus en plus d'argent. Le chant n'est plus une passion : c'est un commerce. Ici, peu importe les nécessiteux ; il faut vendre quel qu’en soit le prix, quitte à les écraser. L'argent prime sur le talent : une belle voix qui ne fait pas vendre sera évincé pour une belle plastique plus vendeuse mais sans talent particulier. L'argent comme roi de la société est une critique régulièrement faite par les auteurs et Anouilh n'est qu'un parmi d'autre à souligner ce problème.

            Dans la fable Le chêne et le roseau, vieille fable reprise de Jean de La Fontaine, Anouilh a décidé d'inverser les rôles. Ce n'est plus le chêne qui est arrogant mais le roseau. Le chêne est un arbre solide et grand qui ne plie pas sous le vent. En revanche, le roseau se plie sans cesse sans jamais tomber. La métaphore montrée par Anouilh est la suivante : le chêne, quelques soient les coups ne cède pas ; il reste droit face aux assauts et ne tombe que lorsque la force exercée à son encontre est trop forte. En revanche, le roseau est faible : jamais il ne tient tête, toujours il plie dès qu'on est plus fort que lui. Certes, il se relève toujours, mais il vit comme un lâche, c'est ce qu'exprime le chêne à travers cette phrase : « Je suis encore un chêne. » : même s'il est mort, il a su garder sa dignité. Il vaut mieux mourir en ayant gardé ses opinions plutôt que vivre en pliant sous chaque pression sans ne jamais montrer sa véritable pensée. Anouilh montre à travers sa fable que l'homme n'a pas d'honneur à résister s'il n'y parvient que grâce à sa lâcheté, son hypocrisie. C'est également un moyen de retourner la fable de La Fontaine et de montrer que d'une certaine façon, il avait tort de penser le roseau plus fort que le chêne.

            Il est également intéressant d'analyser la fable Les chats et le rat. Ici, un rat riche et bien entouré est connu pour être un résistant de l'occupation féline. Respecté de tous, plus pour son argent que pour son caractère certes, il se rend ridicule en faussant compagnie à tous lorsque la radio annonce une seconde occupation par les chats. Le rat est de ces gens qui se pâment d'exploits réalisés, qui acceptent avec prétention les dons qu'on leur fait, mais qui, une fois devant un danger identique fuient à toute vitesse. On peut y voir deux choses : soit une lâcheté prononcée face au danger, soit l'intelligence de voir le danger qui guette et de se mettre le plus possible en sécurité. Il est cependant fort probable que l'auteur cherche plutôt à mettre en avant la faiblesse des puissants : face au danger, ce sont les premiers à courir, laissant les autres prendre les coups pour eux.

            Les fables d'Anouilh sont donc de véritables satires de la société, pointant du doigt ses faiblesses et ses incohérences. L'auteur aborde des sujets aussi vastes et disparates que l'économie, le corps d’État ou l'humanité, le tout de façon simple et compréhensible, ce qui permet à chaque lecteur d'accéder au message diffusé et de porter sa réflexion plus loin.

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