Feuilles de route

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Le départ de la France, le voyage en bateau

Cendrars, grand voyageur physique mais aussi spirituel, dans l'ensemble de son œuvre puise une bonne part de son inspiration dans le voyage, dans l'aventure et dans la découverte du monde. D'ailleurs, de nombreux poèmes de l'auteur resteront célèbres, comme par exemple La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France. Le poète puise donc la matière dans son expérience de la découverte du monde pour écrire de la poésie, que cette expérience soit réelle, physique, vécue ou bien fictive et imaginée. Ces voyages lui sont également utiles lorsqu'il écrit de la prose, des romans, étant donné qu'après ce recueil paru en 1924 en France, Cendrars abandonne la poésie pour se consacrer à des œuvres romanesques.

Dans ce recueil, Cendrars sépare ses poèmes et les classe dans plusieurs tomes, plusieurs parties, ayant chacune un thème particulier. Cela lui permet d'écrire comme s'il tenait un journal de bord d'un voyageur parti à l'aventure, qui quitte la France en embarquant du port du Havre, le 12 février 1924.

En effet, Cendrars part sur un paquebot de voyage nommé le Formose, qui était un paquebot mixte de la Compagnie des Chargeurs Réunis à destination d'un nouveau continent (inconnu pour le poète), l'Amérique du sud, il traverse ainsi l'océan atlantique et ce périple marquera le poète. « Le Formose » est donc le groupe de poèmes qui constitue un récit, poétique, du voyage sur le bateau éponyme, et entame donc le récit de cette aventure à bord du navire.

Trois poèmes précédent le départ de Cendrars pour l'océan, qui sont Réveil, Tu es plus belle que le ciel et la mer et Lettres. Cendrars y écrit son état d'excitation de partir en voyage, mais aussi de l'expectative vis à vis d'une expérience nouvelle pour lui. Le premier poème de l'auteur à bord du paquebot le Formose sera Clair de Lune qui indique la démarcation avec le départ de l'auteur, monté sur le bateau où il passe sa première nuit. Si Blaise Cendrars n'apporte aucune précision concernant les dates ou les endroits visités au moment de la rédaction de ces poèmes, les poèmes eux mêmes présentent de nombreuses allusions à propos de l'itinéraire du paquebot.

Le Formose s'arrête quelques fois, comme par exemple à Porto Leixoes ou à Dakar avant de reprendre la route vers le Brésil. Ces précisions viennent des petites observations parsemées dans ce carnet, concernant la navigation du bateau, la vie qu'il y mène : on retrouve également un parallélisme entre deux poèmes intitulés Cabine n°6, avec un poème à l'aller, et un poème au retour où il fait un bilan de ses 9 mois, dans lequel le poète écrit « Pour rattraper les neuf mois au soleil, Les neuf mois au Brésil, Les neuf mois aux Amis, Et je dois travailler pour Paris, C'est pourquoi j'aime déjà ce bateau archibondé où je ne vois personne avec qui faire causette » , ainsi que ce qu'il a vu, tous les paysages des îles, des terres africaines et américaines. En conséquence, on sait que le Formose s'approche des côtes, et l'on peut imaginer les escales : « Iles où l’on ne prendra jamais terre, Iles où l’on ne descendra jamais, Iles couvertes de végétation, Iles tapies comme des jaguars [] Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu’à vous ».

On ressent à chaque fois l'excitation de Cendrars et son appétit de découvrir de nouveaux lieux, le monde.

Cendrars décrit ainsi la traversée directement et nous présente l'auteur, sur le bateau dans « le Rapide de 19h40 ». À bord de ce bateau, Cendrars retrace son expérience et se rappelle qu'il a déjà voyagé, en voiture, en train, en bateau, mais que le voyage présent est bel et bien particulier, et sera « un peu long », et pour cause il va traverser l'océan atlantique, ce qui prendra plusieurs jours.

D'autres poèmes à bord du Formose seront écrits, comme « Cabine N° 6 » dont il décrit l'endroit où il va vivre pour un moment : « Je devrais toujours vivre ici » indique qu'il aimerait y être longtemps, il se dépeint en voyageur « D'ailleurs je ne travaille pas j'écris tout ce qui me passe par la tête, Non tout de même pas tout », poète qui ne travaille pas, qui écrit quasiment tout ce qui lui traverse l'esprit. Il semble quelque peu dérouté par cette nouvelle expérience et l'on ressent son excitation.

Cendrars formule tout d'abord sa volonté de quitter la France, de quitter son pays. Depuis les mois d'été 1917, Cendrars pensait continuer son œuvre au cinéma, où il voulait illustrer une troisième révolution après celle de l'écriture puis de l'imprimerie, mais ce sera un échec cuisant, majeur, dont il aura du mal à se remettre, en plus de la difficulté de production et de mise en scène. En cinéaste à la dérive, dépité par son art et le septième art, Cendrars voulait partir de France. Ce départ pour le Brésil se révèlera être une grande expérience, une révélation, car s'il voyait dans le Brésil un moyen d'abandonner une existence qui le lassait en France, ce voyage qu'il décrivait comme « une réserve de pureté cosmique », va être un nouveau départ, un esprit neuf, et une nouvelle source d’inspiration par les paysages, le voyage en lui-même et ses rencontres.

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