Feuilles de route

par

Le goût de l'écriture retrouvé grâce à l'aventure

Si Cendrars est célèbre pour ses nombreux voyages à travers le monde, on peut retenir également que à côté de ce voyage physique, on peut sentir le grand voyage spirituel de l'auteur. Le poète se retrouve ici à voyager dans son imaginaire également, à rêver. Cela dénote un réel besoin de changer d'espace pour l'auteur, de découvrir d'autres pays, d'autres terres, un ailleurs neuf pour un esprit neuf. Il avait besoin à cette époque de quitter la France pour oublier son échec au cinéma, mais il voulait aussi quitter la poésie et l'écriture française qu'il jugeait comme étant trop conformiste, pour un modernisme qu'il cherchait autre part. Cendrars voulait quitter les mouvements littéraires français et donc les écrivains, le milieu parisien afin d'abandonner les contraintes et les règles et ainsi trouver une nouvelle liberté dans l'écriture. On peut évidemment dresser un parallèle entre l'évasion physique de Cendrars et son sentiment de liberté absolue retrouvée dans le voyage, l'immensité des océans, les terres brésiliennes, la nature, et son besoin d'évasion spirituelle pour se retrouver plus libre avec son art. La lassitude n'est pas une absence d'amour ou d'amitié pour ceux qu'il laisse, il montre qu'il ne voulait pas se lasser d'eux comme il se lasse de la poésie de son pays : « Quand tu aimes il faut partir, quitte ta femme quitte ton enfant, quitte ton ami quitte ton amie, quitte ton amante, quitte ton amant ».

Le poète était aussi en quête d'une certaine pureté, et de l'amour « pour m'épanouir et me fortifier dans l'Amour » et une exaltation de la vie, par la liberté et la nature, mais aussi la découverte du monde, et sa propre découverte face à cela. Ce voyage avait donc pour but de le purifier, de fuir la vitesse, la modernité technique européenne, pour le calme et le repos, mais aussi abandonner derrière lui tout ce qu'il connaissait pour repartir de zéro, d'une page vierge et donc ne plus être influencé par ses acquis, ni par son expérience en France, ni par ses congénères.

Ce sentiment d'excitation est décrit dans sa dernière nuit passée à l'hôtel, pendant son observation du mouvement dans le port du Havre, le bruit, l'agitation, le transit des marchandises, les machines, alors qu'il cherche le sommeil : « je m'endors la fenêtre ouverte sur ce bruit de basse cour, comme à la campagne ». Tout cela est laissé de côté par le poète qui abandonne tout ce qui pourrait lui rappeler le travail, la contrainte, le formalisme.

Après le départ en bateau, durant le voyage, on ressent aussi que Cendrars découvre de nouvelles sensations, sa découverte de la cabine, il passe du temps sur le pont et est surpris par l'immensité des mers, et la sensation de vitesse, sa confrontation physique et spirituelle au voyage, aux éléments, au vent, aux vagues. « Le rapide fait du 110 à l'heure, je ne vois rien, cette sourde stridence qui me fait bourdonner les tympans ».

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