Gatsby le magnifique

par

Le déclin du rêve américain dans les années 1920

La construction du roman et son découpageen neuf chapitres ne relèvent pas du hasard. Dans les quatre premiers,Fitzgerald célèbre la jeunesse, l’espoir, l’éclat de la fête. Dans leschapitres six à neuf, c’est la mélancolie qui l’emporte. Gatsby réalise sonrêve mais il perd ses illusions, le drame se noue, il pleut quasiment tout letemps. Le changement d’atmosphère est radical. Entre ces deux parties trèsdifférentes se trouve le cinquième chapitre, point central où toutbascule ; c’est celui des retrouvailles entre Gatsby et Daisy, celui àpartir duquel l’amoureux transi va doucement glisser vers son funestedestin.

         Neserait-ce que par la construction très rigoureuse de son roman, Fitzgerald faitpart au lecteur de sa réflexion sur les années 1920 aux États-Unis, ou les« Roaring Twenties ». L’Amérique si forte et joyeuse se trouve commedépossédée de sa vivacité après l’épisode de la Première Guerre mondiale pourlaquelle elle s’était tant préparée. Fitzgerald dépeint ici une fêlure, lafêlure du rêve américain et de l’Amérique comme terre de renouveau.

         L’argentoccupe une place prépondérante à la fois dans la notion même de « rêveaméricain » et dans le roman. En effet, les personnes à la poursuite de cerêve américain attendent des États-Unis un bon niveau de vie et des conditionsagréables d’existence grâce à des comptes en banque bien fournis. L’argent estune des composantes essentielles de ce rêve qui s’étiole dans les années 20.Ainsi, le roman montre l’argent dans sa dimension la plus négative : il estgaspillé dans de riches et grotesques agencements architecturaux – le manoir deGatsby, les teintures du salon des Buchanan –, des voitures  – la voiture jaune de Gatsby, les coupéssport de Tom –, des vêtements, etc. Il est pour Gatsby le moyen de conquérirDaisy, d’acheter son amour ou en tout cas de le raviver en lui montrant qu’ilpeut faire d’elle une personne heureuse. Là est la vision naïve du personnageprincipal, vision décousue par l’écriture habile de Fitzgerald : utiliser unpoint de vue externe en la personne de Nick permet de décrire des scènes quirévèlent cette naïveté devant un argent si fourbe. Ainsi, de nombreux critiquesont analysé la lumière verte de la baie de Daisy qui ne cesse de clignoter etd’être contemplée par Gatsby comme la lumière de l’argent. Le protagoniste seperd dans sa contemplation et néglige de regarder ce qui l’entoure. Cettelumière causera en quelque sorte sa perte.

         Ilest aussi fait mention plusieurs fois explicitement dans le roman d’uneAmérique qui court à sa perte. Cette mention vient toujours de la bouche de TomBuchanan qui considère son siècle comme révoltant. En effet, c’est la fin durêve américain et du rôle rêvé de l’homme qui tire sa famille de la misère queraconte cette description d’une Amérique pour les femmes et par les femmes. Lerenversement des genres est total : les femmes dominent les fêtes, choisissent lesdanses et font le spectacle ; Jordan voyage seule et sans escorte tandisque le héros fitzgéraldien est perçu comme le dernier des princes qui neparvient plus à trouver une femme à la hauteur de ses ambitions.

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