Gatsby le magnifique

par

Le «vide» qui étreint la classe supérieure

Fitzgerald fait partie de ceux qui se préparèrent pour la Grande Guerre sans avoir pu la faire : de grands effectifs ont été préparés pour être envoyés sur le continent européen mais l’armistice fut signé avant le déploiement des troupes. De ce fait, la jeunesse américaine si éperdue d’honneurs et d’idées concernant la guerre glorieuse se retrouva sans but dans l’existence. On dit souvent qu’à défaut de faire la Grande Guerre, les États-Unis ont fait la plus grande bringue de toute l’histoire. L’auteur appartient selon Gertrude Stein à cette « Génération perdue », une génération comme désabusée, instable et agitée – cette génération que l’on retrouve dans Gatsby : une génération qui tente de transformer le vide qu’elle ressent en un trop-plein de fête. La jeunesse se lance donc dans une quête hédoniste sans précédent : alcool, musique, sexualité débridée, intrigues et recherche de l’argent facile ; tout est bon pour se donner du plaisir, pour retrouver un plaisir de vivre.

         Le lecteur se retrouve donc face à un roman d’apprentissage du désenchantement. Gatsby, plein d’idéaux, finit désabusé et meurt lors de ce que l’on pourrait appeler un « plongeon raté », un plongeon qui n’a même pas eu lieu. Il est mort immobile, sans n’avoir jamais vécu vraiment. La classe supérieure à laquelle il appartient est à la fois vide et pleine, faite de voyous enrichis durant la Grande Guerre ou qui tiennent leur arrogance d’une famille aisée, mais qui mènent une vie vide de sens, vide de vie. Les personnages tentent de remplir ce vide tant bien que mal, par le biais de fêtes gigantesques propres à saturer les sens, via l’adrénaline d’une relation extraconjugale, le bonheur mal goûté de la naissance d’un enfant ou la joie de se voir récompensé pour ses mensonges. Le vide dans l’œuvre de Fitzgerald se manifeste donc par un trop-plein matériel, une grande mascarade, qui peinent à dissimuler un vide existentiel.

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