Grand-père

par

Après moi le déluge

La vie auprès de Picasso était un tourment pour la petite-fille de l’homme, mais sa mort n’a pas marqué le terme des traumatismes qu’elle met à la charge de son grand-père. Ainsi, le récit donne l’impression qu’à titre posthume, Picasso aurait achevé d’anéantir ceux dont il avait détruit les vies de son vivant.

Elle énumère méthodiquement les « victimes du peintre » et présente les circonstances et les troubles qui ont conduit à leurs morts. Son frère par exemple, dont elle avait été inséparable, est chassé lors de l’enterrement de son propre grand-père, on menace de lâcher les chiens après lui. Le jeune homme humilié et inconsolable se suicide à l’eau de javel. Paulo décède deux ans plus tard d’un cancer, Marie-Thérèse Walter est retrouvée pendue, Jacqueline se suicide d’une balle dans la tête, et Dora Maar se laisse mourir de misère au milieu de toiles inestimables dont elle ne veut pas se séparer, cherchant à conserver près d’elle la présence de l’homme qu’elle idolâtrait.

« Muré à Notre-Dame-de-Vie, il est mort seul, comme il avait vécu. Seul, comme il l’avait souhaité.

Il avait eu cette phrase cruelle :

“Quand je mourrai, ce sera un naufrage, et quand un grand navire sombre bien des gens alentour sont aspirés par le tourbillon.”

C’est vrai, beaucoup ont été aspirés par le tourbillon… »

         Ainsi, même mort, surtout mort, Pablo Picasso a longtemps, aux yeux de Marina, continué de hanter la vie de ceux qui l’avaient entouré, et il les aurait poussés vers la mort. Si de son vivant « le Soleil » avait projeté une ombre gigantesque dans laquelle ses descendants et proches avaient dû vivre, à sa mort l’ombre ne s’était pas levée et les drames consécutifs ont continué de traumatiser la petite-fille qui, après avoir été longtemps dédaignée, se retrouve héritière solitaire du nom de Picasso.

Marina Picasso quant à elle a su s’accrocher à la vie. Mais elle s’est également accrochée à la haine et au mépris qu’elle ressentait pour son « grand-père absent » et pour ses œuvres. Devenue héritière directe, elle accroche ses œuvres face aux murs pour ne plus les revoir. Il lui faut quatorze années de psychanalyse avant de pouvoir analyser avec un certain recul tous les souvenirs douloureux de son enfance malheureuse.

            « Sur les conseils de Ian Krugier – un marchand de tableaux mais surtout un ami à qui j’avais confié le soin de gérer ma collection –, je fis venir quelques peintures dans un appartement que j’occupais à Cannes. Retournées contre le mur, elles restèrent des mois abandonnées dans une pièce où je n’osais pas entrer tant la charge d’angoisse qu’elles contenaient m’était insupportable. »

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