Grand-père

par

Picasso, le monstre de génie

Lerécit de Marina Picasso présente le peintre Pablo Picasso depuis le point devue de sa petite-fille, un point de vue qui donne une perspective nouvelle dupeintre, vu dans sa vie quotidienne, autrement que par le biais de ses œuvres. Letitre du récit évoque la personne du peintre, mais c’est surtout de lapetite-fille qu’il est question. Ainsi, Marina Picasso montre les effetsdévastateurs de la personnalité de son grand-père sur son enfance.

Lajeune enfant ne parvient pas à comprendre pourquoi, ayant un grand-père riche,très riche, elle doit vivre dans le dénuement, tenue à distance parl’infranchissable barrière du mépris, de l’indifférence et de la passiondévorante du génie pour sa peinture.

Marinaest la fille de Paulo, le premier fils de Pablo Picasso. Les rapports entre lepère et le fils sont particulièrement malsains. D’abord modèle pour un certainnombre de peintures de Picasso, le fils devient plus tard une personne brisée,incapable de parvenir à l’autonomie, vivant flétri dans l’ombre démesurée dupeintre. Paulo est humilié, forcé de travailler comme chauffeur pour son proprepère et il dépend d’un salaire à la semaine qui lui est versé, selon leshumeurs de son père et patron.

« Tout à l’heure, il devraaffronter mon grand-père, lui demander de l’argent pour nous et pour ma mère,l’argent que Picasso lui doit pour – et les mots me font mal – ses bons etloyaux services qui se limitent à être son chauffeur payé à la semaine, sonfactotum sans existence propre, sa marionnette dont il aime emmêler lesficelles et son souffre-douleur. »

Étantles fruits de cette union entre le « fils incapable » et son« épouse scandaleuse », les petits-enfants sont couverts du mêmeopprobre que leur géniteur. Mais encore, le peintre ne peut s’embarrasser depetits-enfants qui représentent une distraction de sa fièvre créatrice. Ainsi,le grand-père se distancie de ses petits-enfants : ils ne peuvent pasl’appeler grand-père, comme si l’évocation du lien familial était uncrime ; ils vivent loin de lui, dans une pauvreté qu’il refuse de leurépargner, et il achève de se séparer d’eux en se faisant appeler par des titrestels que « le Maître » ou « le Soleil ».

Ainsi,à travers les écrits de la petite-fille, le grand-père est présenté presquecomme un monstre. Certes, ce n’est pas le premier écrit qui fait état ducaractère tyrannique du peintre, mais le fait que le point de vue de l’enfanceait été employé dans le récit rend le témoignage plus poignant et déshumanisepresque entièrement le peintre. Toutefois, il faut garder à l’esprit que laperspective de la jeune Marina Picasso était quelque peu étriquée, n’ayant pas àsa disposition tous les éléments afin d’analyser le comportement de son célèbregrand-père.

« Rien dans la gamme des sentimentshabituels n’avait prise sur lui. Il aimait l’argent pour acheter des maisonsdans lesquelles il peignait. Il les revendait dès qu’elles ne suffisaient plusà contenir ses nouvelles œuvres. Il n’aimait pas se mettre à table. C’était dutemps volé à sa création. Il méprisait toutes les vanités qu’apporte lafortune. Dans ses vêtements fatigués, il aurait pu passer pour un clochard. Ilne faisait aucun cas de la cour qui se pressait pour venir voir le maître. Sa”mare aux grenouilles” comme il les appelait. »

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