Grand-père

par

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Marina Picasso

Marina
Picasso est née à Cannes en 1950. Elle est la fille de Paulo Picasso, lui-même
fils du peintre Pablo Picasso et de sa première femme, la danseuse Olga
Khokhlova. Alors qu’elle consacre une partie de sa vie à des causes
humanitaires, elle publie en 2001 Grand-père,
un livre qui présente son aïeul sous le jour de sa vie privée.

Pablo
Picasso meurt quand elle a vingt-deux ans ; trois ans plus tard, alors
qu’elle est éducatrice spécialisée dans un centre pour enfants handicapés, elle
hérite ainsi d’une immense fortune et devient la propriétaire de « La
Californie », villa cannoise pleine de souvenirs familiaux.

À partir
de 1990, elle s’engage dans des œuvres humanitaires au Vietnam en développant
la Fondation Marina et en ouvrant des orphelinats ou des hôpitaux pédiatriques.
Elle adopte par ailleurs trois enfants vietnamiens qui viennent s’ajouter à ses
deux enfants biologiques. Tout ce monde aide Marina Picasso à repeupler
« La Californie » – qu’elle modifie à tous les égards – de nouveaux
souvenirs.

Une
psychanalyse de quatorze ans l’aide à se reconstruire et à comprendre ce que
furent sa vie et celles de ses proches qui durent subir le joug d’un génie
cruel, qui passera ses dernières années enfermé avec sa dernière femme et
égérie, Jacqueline Roque, qui le garde jalousement et l’appelle « le
soleil », laissant dans la misère, malgré sa fortune, des membres de sa
famille dont il se désintéresse.

Marina
Picasso couche le résultat de ses prises de conscience dans Grand-père en 2001, œuvre qui énumère
les victimes du « naufrage », annoncé par Pablo Picasso, que
causerait selon lui sa mort et qu’elle a en effet engendré : sa
première épouse Olga Khokhlova, qui avait tout abandonné pour lui, avait déjà
terminé sa vie paralysée sans qu’il ne retourne la voir ; Pablito,
grand-frère de Marina, jeune homme sensible qui fut toujours confronté à
l’indifférence de son grand-père, à qui l’on interdit de lui dire adieu et qui
tente de se suicider deux jours après en avalant de l’eau de javel, agonisant
trois mois avant de mourir ; la muse Marie-Thérèse Walter, compagne de
Picasso de 1927 à 1935, qui se tue par pendaison quatre ans plus tard ;
son fils Paulo, père de Marina, qui meurt d’un cancer deux ans plus tard –
après avoir été toute sa vie le souffre-douleur et le factotum de son
père ; sa dernière femme Jacqueline Roque, qui se tue d’une balle dans la
tête en 1986 ; la photographe et artiste peintre française Dora Maar, amante
et muse de Picasso de 1935 à 1943, morte dans la misère en 1997 au milieu de
toiles inestimables qu’elle ne peut se décider à vendre.

Cette
histoire familiale devient le prétexte d’une réflexion autour du talent et de
ce qu’il peut légitimer ou non. L’auteure tente de ne pas être impudique et de
décrire ce qu’elle et ses proches ont vécu, les nombreuses humiliations subies,
au rebours de l’image coutumière du grand maître, toujours ceinte d’un éloge
universel. Ses dires sont d’ailleurs confirmés par Françoise Gilot, artiste peintre
et compagne de Picasso entre 1944 et 1953, et mère de deux de ses enfants, qui
présente son ancien mari tel un ogre nourrissant son œuvre de la substance de
ses proches.

C’est
sans doute sa jeunesse heurtée qui détermine Marina Picasso à s’investir pour
d’autres enfants malheureux. Même si son grand-père a dit : « Un
tableau est une somme d’additions. Chez moi, un tableau est une somme de destructions »
– raison pour laquelle elle ne fréquente pas les survivants de la famille –,
elle parvient à présent à distinguer le peintre de l’homme, et à regarder en
face des œuvres qu’elle avait pris l’habitude de retourner face contre le mur.

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