Histoire de ma vie

par

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George Sand

Sa vie,
étapes principales

 

George Sand, pseudonyme d’Amantine Aurore Lucile
Dupin, naît en 1804 à Paris, de
l’union d’un père lieutenant, d’ascendance aristocratique, et d’une fille du
peuple. Son père meurt quand elle est enfant et elle est élevée par sa
grand-mère paternelle à l’écart de sa mère. Elle connaît une enfance campagnarde dans le Berry puis de quatorze à seize ans elle
est pensionnaire d’un couvent
parisien où elle apprend l’anglais et l’italien, période d’intense ferveur
religieuse et mystique. La jeune fille lit beaucoup, se prend notamment de
passion pour Jean-Jacques Rousseau.
Elle n’apprend que sur le tard, adolescente, la vie marginale de sa mère,
qu’elle rejoint à la mort de sa grand-mère en 1821, mais pour se marier très
vite après, devenant la baronne Dudevant. Après deux enfants la mésentente est
patente et l’époux consent à ce qu’Aurore vive librement à Paris où elle fait
ses premiers pas dans le journalisme et la littérature.

Là sa vie amoureuse agitée fait scandale. Elle porte en outre des
vêtements masculins et fume la pipe. Elle publie un premier roman écrit avec
son ami Jules Sandeau – elle lui
doit son pseudonyme –, Rose et Blanche,
puis Indiana en 1832,
qui lui vaut l’attention du monde des lettres. On loue ses dons de psychologue, son réalisme, même si ses
attaques contre le mariage et l’oppression de la société font grincer quelques
dents. En 1833 George Sand commence
à collaborer à La Revue des Deux Mondes et sa relation avec Alfred de Musset débute. En 1835 elle devient la maîtresse de
l’avocat Michel de Bourges, consulté
pour plaider sa séparation définitive d’avec son mari. Auprès de lui ses opinions républicaines et socialistes, déjà influencées par Rousseau,
s’affirment ; elle se lie à des démocrates et des utopistes sociaux et
transforme son appartement en salon
républicain
. Elle envisagera le prêtre défroqué Félicité de Lamennais comme le prophète d’une
nouvelle religion fraternelle. En 1837
elle part pour les îles Baléares avec Chopin
et sa vie privée devient moins scandaleuse ; elle reste sa compagne plus
de dix ans.

En 1848
son républicanisme trouve une occasion de s’affirmer davantage, notamment dans
les journaux, ou même auprès de Ledru-Rollin, le ministre de l’Intérieur, dont
elle rédige  certains des bulletins
officiels. Cependant l’insurrection de juin l’épouvante et elle se réfugie à Rohant, où elle mènera dès lors une vie de châtelaine, toujours proche du
monde des lettres (Théophile Gautier, Sainte-Beuve, Michelet), mais aussi du
peuple, apprenant par exemple à lire aux enfants de laboureurs et participant
aux fêtes villageoises. Elle continue d’écrire de nombreuses œuvres qu’elle
fait en partie paraître à La Revue des
Deux mondes
, y compris plus d’une vingtaine de pièces de théâtre. George
Sand meurt en 1876 dans son château de Nohant-Victurnien (Indre).

 

Regards
sur les œuvres

 

Indiana (1832)
est l’histoire d’une femme ballotée entre trois hommes : son mari, un
vieil industriel à poigne ; un amant qui révèle chez la femme fragile une
femme décidée, mais qui finit par se marier à une autre ; et un cousin qui
vit avec elle et l’aime silencieusement. Après plusieurs déceptions l’héroïne
se tue après avoir réalisé que l’amour était depuis toujours à sa porte en la
personne de son cousin, qui la suit dans son tragique destin.

Lélia (1833),
roman largement remanié en 1839, raconte l’histoire d’une autre femme entourée
de trois hommes : le poète Sténio, aux sentiments duquel elle répond sans
pouvoir lui céder pour avoir été déjà déçue ; Trenmor, un homme
mystérieux, au passé aventureux, qu’elle élit comme confident et directeur
spirituel ; enfin l’ermite Magnus, que la fascination exercée sur lui par
elle pousse à la considérer comme un démon tentateur. Ce dernier la tuait dans
la première version ; il se contente de la faire condamner par le monde laïc
dans la seconde. L’héroïne est une âme
inquiète
dont les capacités
d’analyse psychologique
fournissaient un nouveau mode d’expression au roman
gothique.

Dans Mauprat (1837)
George Sand met à nouveau en scène une jeune femme dont la mission semble
d’exalter et d’éduquer l’homme, à travers le parcours d’Edmée, promise par une
famille de traditionnalistes cultivant l’austérité, la cruauté et la sauvagerie
des seigneurs du Moyen Âge dont ils descendent, à être violée par son cousin
Mauprat. La jeune femme parvient, par sa douceur, à le dissuader de la
maltraiter, et feignant de l’aimer elle finit même par faire naître entre eux
un amour sincère et mutuel.

Un hiver à Majorque (1841)
est le récit du voyage que George Sand fit en 1838-1839 sur l’île des Baléares
avec Frédéric Chopin, alors
gravement malade. Elle complète très largement ses souvenirs de sa lecture
d’ouvrages d’autres voyageurs. Elle s’y montre particulièrement peu tendre avec
les insulaires.

Consuelo (1842)
raconte la vie vagabonde et l’ascension d’une bohémienne, la Zingara, devenue
cantatrice à Venise où elle est très convoitée, puis qui rejoint la Bohême où
elle officie comme professeur de chant chez un comte, dans un château à l’atmosphère
inquiétante où elle connaît le début d’un amour malgré le fossé social, avant
d’être engagée par le Théâtre Impérial de Vienne. Le retour de la Zingara au
château en Bohême sera pour elle l’occasion de devenir comtesse. George Sand a
été inspirée pour cette œuvre à la fois par la fréquentation de Chopin et la
figure de son ami Pauline Viardot, célèbre cantatrice.

Le Meunier d’Angibault (1845),
roman socialiste et rustique, illustre un certain idéal humanitaire à travers le parcours
de la comtesse de Blanchemont qui, comprenant que le vice peut éclore de la
richesse, et qu’elle ne méritera l’amour d’Henri Lémor, un pauvre jeune homme
épris de socialisme, rêvant de fraternité et de la fusion des classes, qu’une
fois pauvre elle-même, liquide sa fortune et embrasse une vie campagnarde avant
d’épouser enfin celui qui est devenu meunier. Les personnages secondaires de
paysans apparaissent mieux peints que les héros et George Sand donne pour décor
à son roman les paysages du Berry
qui annoncent d’autres idylles champêtres à venir.

La Mare au diable (1846)
raconte l’amour qui se noue entre Germain, un veuf père de trois enfants, et
Marie, une paysanne poussée par la nécessité à se placer dans une famille. Tout
commence entre eux à l’occasion d’un orage qui les conduit à se réfugier dans
un bois où ils commencent à échanger intimement. Après une déconvenue de part
et d’autre, ils se retrouvent rapidement et se révèlent leurs sentiments.

François le Champi (1848)
est l’histoire d’un nouvel amour que connaît le personnage éponyme, enfant
trouvé devenu un adolescent beau et doux, et une jeune meunière dont le mari
tyrannique et infidèle finit par mourir. C’est notamment les calomnies dont ils
sont l’objet qui révèlent à François et Madeleine leurs sentiments.

La Petite Fadette (1849)
vient clore la célèbre trilogie
champêtre
commencée avec La Mare au
diable
. L’amour naît cette fois entre Landry, fils de pauvres paysans, et
la petite Fadette, enfant quelque peu sauvage dont la mère passe pour une
sorcière. Landry a su deviner sous ses manières farouches la pureté et la
naïveté de la jeune fille, mais il doit subir la jalousie de son jumeau,
Sylvinet, avec lequel il a une relation fusionnelle.

Dans Les Maîtres sonneurs (1853) l’amour n’est pas tout de suite
au premier plan, sinon celui de la musique. Joset, pauvre enfant berrichon
abandonné, figure d’idiot du village, devient un virtuose du pipeau auprès du muletier
bourbonnais Hurel, qui s’éprend de la cousine de son élève. George Sand
poursuit ainsi sa peinture des mœurs
berrichonnes
en émaillant son texte de locutions
populaires pittoresques
.

Les mémoires de George Sand, intitulés Histoire de ma vie (1855),
courent sur vingt volumes. L’histoire de ses ancêtres en remplit une bonne part puisque l’auteure ne naît que
dans le huitième tome. Il y est surtout question de son entourage, de la
généalogie de son esprit, de son inspiration et de son œuvre, si bien que
l’œuvre a beaucoup déçu les attentes : l’auteure s’y montre en effet très
discrète sur sa vie privée, couvrant d’un voile tout ce qui avait un aspect
scandaleux.

Elle et lui (1859)
présente le point de vue de l’auteure sur sa relation avec Alfred de Musset, rencontré en 1833. Il y est question du fameux
voyage à Venise où Musset est tombé malade, moment du triomphe de leur couple
et de son déclin. Le docteur venu au chevet du poète y deviendra en effet
l’amant de l’écrivaine. La distorsion de la réalité à laquelle se livre Sand,
ses reproches à l’encontre du poète défunt, présenté comme fou et vicieux, lui
vaudront les protestations des amis de celui-ci.

 

Son art

 

Les premières œuvres de
George Sand, d’Indiana à Mauprat, sont marquées par l’effusion sentimentale et le lyrisme, célèbrent une passion sensuelle, excessive, marquée par l’idéalisme,
contre laquelle butent les contraintes et les préjugés de la société. Le sentiment amoureux, tout imprégné de la
doctrine romantique, est alors conçu
comme un droit de l’homme, un devoir et un culte divin. Après avoir été initiée
aux idées socialistes, ses œuvres suivantes exalteront l’homme du peuple comme dans Le
Meunier d’Angibault
ou illustreront une religiosité panthéiste et ésotérique comme Consuelo. À partir de 1846 et La
Mare au diable
son art se concentre sur la peinture du pays berrichon et de ses mœurs, par la mise en scène de
figures de paysans idéalisés. Son
œuvre théâtrale, pourtant fournie, n’est que peu connue.

Sa vie comme son œuvre
peuvent être analysées sous l’angle d’une passion
débordante
, typique du cœur romantique, qui vient buter contre les
institutions sociales comme les disciplines intérieures, et qui la fait aller
d’un homme à l’autre, subissant leur influence tour à tour, en commençant par
Rousseau dès le plus jeune âge.

Son style sans grand éclat
se distingue par une certaine grâce, colorée d’expressions pittoresques à
l’occasion. L’écrivaine se distingue par une imagination foisonnante et une capacité à charpenter solidement ses
romans. Son œuvre est un des premiers exemples d’une production littéraire tout
imprégnée de l’expérience féminine de
son auteure, comme le seront peu après celle de la romancière anglaise George
Eliot (1819-1880) ou au début du XXe siècle l’œuvre de Colette (1973-1954).

 

 

« Quand je l’eus regardé labourer assez longtemps, je me
demandai pourquoi son histoire ne serait pas écrite, quoique ce fût une
histoire aussi simple, aussi droite et aussi peu ornée que le sillon qu’il
traçait avec sa charrue.

L’année prochaine, ce sillon
sera comblé et couvert par un sillon nouveau. Ainsi s’imprime et disparaît la
trace de la plupart des hommes dans le champ de l’humanité. »

 

George
Sand,
La Mare au diable, 1846

 

« – Pauvres gens !
dit Consuelo. Si j’étais riche, je voudrais tout de suite leur faire bâtir une
maison ; et si j’étais reine, je leur ôterais ces impôts, ces moines et
ces juifs qui les dévorent.
– Si vous étiez riche, vous n’y penseriez pas ; et si vous étiez née
reine, vous ne le voudriez pas. Ainsi va le monde !

– Le monde va donc bien mal !

– Hélas oui ! et sans la
musique qui transporte l’âme dans un monde idéal, il faudrait se tuer, quand on
a le sentiment de ce qui se passe dans celui-ci. »

 

George Sand, Consuelo, 1842

 

« Si elle a le malheur
d’être mal apparentée, elle en a d’autant plus de mérite à être ce qu’elle est,
et je n’aurais jamais cru que des âmes chrétiennes pussent lui reprocher le
malheur de sa naissance. »

 

George Sand, La Petite
Fadette
, 1849

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