Histoire de ma vie

par

Les différentes formes de liberté

A) George Sand : le pseudonyme

 

Le choix d’un pseudonyme s’impose à l’auteure. En effet, à l’époque il est plus facile de paraître et d’être lue lorsque le nom sur l’écrit est celui d’un homme. L’œuvre aurait été incomplète si la question du pseudonyme de George Sand n’y avait pas été abordée. Aurore Dupin avait écrit un premier ouvrage en collaboration avec Jules Sandeau, et le nom de Jules Sand avait été choisi par l’éditeur pour le faire publier. Bien qu’Aurore Dupin semble attacher peu d’importance au nom sur des couvertures imprimées, il est intéressant de constater que le nom qu’elle choisit n’est pas celui d’une femme, mais celui d’un homme. « Le nom est tout pour la vente » dit-elle, et les lecteurs étaient alors plus disposés à lire les mots d’un homme, plutôt que ceux d’une femme.

« J’avais écrit Indiana à Nohant, je voulus le donner sous le pseudonyme demandé : mais Jules Sandeau, par modestie, ne voulut pas accepter la paternité d’un livre auquel il était complètement étranger. Cela ne faisait pas le compte de l’éditeur. Le nom est tout pour la vente, et le petit pseudonyme s’étant bien écoulé, on tenait essentiellement à le conserver. Delatouche, consulté, trancha la question par un compromis : Sand resterait intact et je prendrais un autre prénom qui ne servirait qu’à moi. Je pris vite et sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de Berrichon. Jules et George, inconnus au public, passeraient pour frères ou cousins. »

Sand manifeste d’abord très peu d’intérêt pour son pseudonyme. Cette « moitié du nom d’un autre écrivain » fut d’abord associé à celui de Karl Sand, qui s’était illustré par l’assassinat politique de Kotzebue en Allemagne. Parenté que l’auteure n’avait pas recherchée et qu’elle ne revendiqua point. Ce qui créa un attachement entre le pseudonyme et l’auteure furent les attaques virulentes dont elle fut l’objet par la critique littéraire de l’époque qui attaquait tout dans son œuvre, « jusqu’au nom dont elle était signée ».

 

         B) Liaisons amoureuses

 

Lorsque son mari Casimir Dudevant sombre dans l’alcool et devient violent avec elle, Aurore Dupin trouve en la personne d’Aurélien Sèze un amant capable de lui faire reprendre goût à la vie. Quelque temps plus tard, l’auteure conclut avec son mari un contrat d’indépendance. Sa vie amoureuse est alors marquée de nombreuses liaisons amoureuses relativement brèves avec des personnages assez célèbres.

George Sand argumente en faveur d’un amour idéal et d’une amitié idéale. Contrairement aux mœurs de l’époque, Sand multiplie les relations amoureuses. Refusant de se priver d’amour à l’issue d’un échec amoureux, elle ne se borne pas non plus à une relation peut satisfaisante dont elle resterait prisonnière jusqu’au bout. Elle recherche cet idéal aussi bien dans l’amitié que dans les relations amoureuses. L’amitié idéale, elle la trouve en la personne de Rollinat, mais ses amours se succèdent à un rythme choquant pour la société d’alors.

« Oui, croyez-moi, le cœur est assez large pour loger beaucoup d’affections, et plus vous en donnerez de sincères et de dévouées, plus vous le sentirez grandir en force et en chaleur. »

La société rejette le caractère, jugé trop exubérant, de la vie amoureuse de George Sand. Il est mal perçu qu’une femme fasse preuve d’autant d’indépendance, et plus encore qu’elle l’assume entièrement. De ce point de vue, dans le contexte social de l’époque, l’œuvre de Sand choque.

Autrement plus choquant est le fait que les liaisons que Sand met à nu sont considérées comme des incursions dans la vie des hommes qu’elle fréquentait. Car, si on attendait des femmes qu’elles fassent en tout preuve d’une extrême pudeur, on attachait encore plus d’importance au respect de la vie privée des hommes. Elle décrit avec grand soin les caractères des hommes qui ont partagé sa vie : Aurélien de Sèze, Jules Sandeau, Musset, Michel de Bourges, Chopin et Alexandre Manceau. Elle dresse un tableau des éléments qui l’ont captivée chez ces hommes que la célébrité avait dissocié du commun des mortels. On découvre donc en Chopin un caractère maniaque : « C’était l’homme des habitudes impérieuses, et tout changement, si petit qu’il fût, était un événement terrible dans sa vie » ; chez Michel de Bourges, une physionomie particulière : « Il semblait avoir deux crânes soudés l’un à l’autre, les signes des hautes facultés de l’âme étant aussi proéminents à la proue de ce puissant navire que ceux des généreux instincts l’étaient à la poupe »,etc. Autant de personnages influents démystifiés en partie par le regard que l’auteure portait sur eux.

Ainsi, George Sand aura toujours recherché l’amour idéal, et elle n’aura épargné à son cœur aucune peine dans ses recherches.

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