Jacquou le Croquant

par

L’injustice sociale

L’injusticesociale est présentée dans l’œuvre de façon très simple. D’un côté, nous avonsles paysans opprimés, et de l’autre leurs oppresseurs, les bourgeois. L’un despersonnages qui incarne le mieux l’oppression est le comte de Nansac. En effet,il n’est jamais évoqué dans le roman qu’en compagnie d’un des maux qui vientaffliger l’existence du jeune Jacquou. Mais ce n’est pas uniquement le comtequi oppresse les pauvres, tous ceux qui relèvent de son autorité semblentatteints de la même corruption.

Lespremières injustices du roman sont à mettre à la charge de M. Laborie,régisseur du château. Il est décrit comme un « homme dur, exigeant, injuste, qui trompait les pauvres gens tantqu’il pouvait, faisant sauter un louis d’or ou un écu, sur un compte demétayer, rapiant cinq sous à un misérable journalier, s’il ne pouvait fairedavantage ». Il est le stéréotype du tyranneau qui abuse du pouvoirqui lui est délégué en infligeant aux malheureux sous le sien toutes formesd’abus. Lorsque M. Laborie est tué par le père de Jacquou, malgré lescirconstances atténuantes qui auraient dû présider en sa faveur, Martissou estcondamné à vingt ans de galère où il périra sous peu, pour le plus grand bonheurdu comte de Nansac : « Nous envoilà débarrassés ! il crèvera au bagne ». Toutes les misères de Jacquousont imputables au comte, au pouvoir discrétionnaire dont dispose la noblesse.Par exemple, le comte défend à la famille de chasser dans la forêt parce qu’iln’y trouve plus de lièvres. Il place son loisir de la chasse au-dessus de lasurvie des paysans. De plus, c’est encore le comte qui fait jeter Jacquou et samère à la rue parce qu’ils ne peuvent plus, en l’absence du père de famille,satisfaire ses demandes.

L’injusticeest encore imputable au clergé qui, de concert avec la noblesse, œuvre pourmaintenir les paysans dans la plus grande misère. En effet, ils ne seraient pas« de bons chrétiens » s’ilsne savaient pas supporter l’injustice : « Ce saint emblème » qui « enseigne la résignation ». L’acharnement du clergé surla personne du curé Bonal est un symbole de cette injustice. Bien qu’il soit lemeilleur curé du diocèse et bien-aimé de tous les paysans, il est interditd’officier et remplacé par un autre curé qui fait payer les enterrements et quiinterdit de donner la sépulture à ceux qui ne le peuvent.

Iln’est pas difficile de comprendre qu’au vu de tant d’injustices, la révoltefinisse enfin pas avoir lieu. Mais il est intéressant de constater que lesinjustices qui touchent le plus Jacquou sont les injustices qui frappent ceuxqui lui sont proches : son père, décédé en prison, sa mère tuée à la tâcheet la fille qu’il aimait morte de chagrin. Les événements les plus marquants dela vie de Jacquou semblent être des traumatismes relatifs au sentimentd’injustice – traumatismes dont la douleur n’est pas suffisamment atténuée par labonté que lui témoignent certains personnages :

« désespérée, la tête perdue, lapauvre Lina s’encourut, remontant au-dessus de La Granval, et, le lendemain,tandis qu’on me relevait sur le chemin, on trouvait ses petits sabots au borddu Gour…

Ayant ouï, je m’enfuis fou de douleurvers la forêt, et, comme une bête blessée à mort, je me jetai dans un fourré oùje pleurai jusqu’au soir, sanglotant, mordant l’herbe, et parfois hurlant dedésespoir comme un loup enragé. »

 

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