Jane Eyre

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Charlotte Brontë

Jeunesse et débuts en littérature

 

Charlotte
Brontë naît en 1816 à Thornton (West Yorkshire) en Angleterre, dans une famille
dont le père est un
pasteur anglican
instruit. Elle est la troisième fille d’une fratrie de six enfants ; elle
doit faire tôt le deuil de sa mère, qui meurt l’année de ses cinq ans d’un
cancer de l’estomac.

En 1824, Charlotte est
placée avec ses sœurs à l’école de Cowan Bridge dans le Lancashire, où les
fillettes subissent de très mauvaises conditions de vie. L’année suivante ses
deux sœurs aînées sont emportées par la tuberculose, sans doute affaiblies par la
vie difficile au pensionnat. C’est un traumatisme pour la famille, et Charlotte
sollicitera le souvenir de ces lieux de cauchemar pour créer le terrible
orphelinat de Lowood School où grandit Jane Eyre.

Charlotte devient donc l’aînée,
une sœur maternelle, protectrice. Entre les enfants se crée une symbiose, une
collaboration littéraire autour du pays imaginaire de la confédération de Glass
Town, qui leur inspire des chroniques, divers récits, pièces de théâtre,
journaux, poèmes, qui naissent dans une atmosphère de rivalité intellectuelle. Les
quatre enfants fonctionnent par paires ; avec Branwell, Charlotte écrit
des histoires dans un style byronien qui ont pour cadre le pays d’Angria à
partir de 1834, après que leurs écrits eurent évolué dans un lieu appelé Gondal
dès 1831. La fratrie subit notamment l’influence du Blackwood’s Magazine que reçoit leur père.

En 1831, Charlotte est mise
en pension dans un bon établissement, à l’école Roe Head de Mirfield, où elle rencontre
notamment Ellen Nussey, dont l’abondante correspondante avec l’écrivaine a été
conservée. Parmi ses nombreux travaux de jeunesse, Charlotte écrit en 1833 une
nouvelle intitulée The Green Dwarf (Le Nain vert) sous le pseudonyme
Wellesley. Deux ans plus tard, âgée de vingt ans, elle est professeure à Roe Head, jusqu’en 1838. L’année suivante elle
devient gouvernante et occupe cette
position dans plusieurs familles du Yorkshire jusqu’en 1841. Puis elle part en
1842 pour Bruxelles où elle donne
des cours d’anglais dans un pensionnat jusqu’en 1844.

En 1846, Charlotte publie
collectivement, à compte d’auteur, avec ses deux sœurs Emily et Anne, un recueil
de poèmes –
Poems by Currer,
Ellis, and Acton Bell
–,
dissimulées derrière des pseudonymes masculins pour ne pas obtenir des avis de
critiques biaisés. Deux exemplaires seulement en sont vendus, ce qui
n’empêchera pas leurs auteures de poursuivre leur activité littéraire. Il
s’agit de poèmes lyriques ; ceux de Charlotte se démarquent par leur
caractère autobiographique mais seront jugés bien inférieurs à ceux de sa sœur
Emily.

The Professor, le premier manuscrit de Charlotte, ne trouve pas
d’éditeur mais elle reçoit des encouragements. Le roman sera publié
posthumément en 1857, deux ans après sa mort. Écrit à la première personne, il
décrit le développement intellectuel, les amours et la carrière d’un jeune
homme, William Crimsworth, en tant que professeur dans une école pour jeunes
filles. La religion catholique y est négativement dépeinte.

 

Les publications en tant que Currer Bell, puis Charlotte
Brontë

 

Jane Eyre, le second roman de Charlotte Brontë mais le
premier publié, paraît en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell et le titre Jane Eyre: An Autobiography. Il est
devenu un monument de la littérature anglaise et son succès a même fait de
l’ombre à l’œuvre, souvent jugée supérieure depuis, de sa sœur Emily, Les Hauts de Hurlevent. Le trame
narrative en est très connue : le personnage éponyme est une orpheline qui
doit au début de sa vie subir la dure loi de l’orphelinat de Lowood avant de
devenir gouvernante chez les Rochester ; là, elle séduit le maître des
lieux. Au moment de l’épouser, la jeune femme apprend que celui-ci, en qui elle
avait toute confiance, dissimule sa première femme, folle, dans sa demeure. Après
avoir été recueilli par un pasteur et ses deux sœurs, elle retournera auprès de
Rochester, devenu aveugle après avoir tenté de sauver sa femme d’un incendie. L’œuvre,
mélodramatique à souhait, se distingue par une recherche du sensationnel, un style
innovant combinant naturalisme et mélodrame gothique, et une analyse fine de la
passion de Jane, particulièrement perceptible à travers une focalisation
interne et une narration à la première personne. Les cadres sont largement
inspirés de l’expérience de l’auteure qui a dit croire qu’une fiction devait
avoir été en grande partie vécue pour être réussie. Le succès est immédiat,
public comme critique. Dès lors qu’il apparaît que l’auteur est une femme,
cette critique inclinera cependant à trouver l’œuvre plus grossière. Ainsi taxée
d’être malséante, l’œuvre ne se vendra pas moins, au contraire.

 

En 1848-1849, alors qu’elle
rédige Shirley, Charlotte perd
successivement ses frère et sœurs : Branwell (septembre 1848, d’une bronchite
chronique), Emily (décembre 1848, emportée par la tuberculose), Anne (mai 1849,
du même mal). Charlotte vivra désormais seule au presbytère avec son père et la
domesticité.

 

Shirley, son deuxième roman publié, paraît en 1849. Il a pour
cadre le Yorkshire de 1811-1812 et la dépression que connaît l’industrie suite
aux guerres napoléoniennes et à la guerre de 1812. Il fait donc partie de ces
romans sociaux, à thèse, qui fleurissent en Angleterre au milieu du XIXe
siècle. Le contexte est plus précisément celui des révoltes luddites qui
surviennent alors dans l’industrie textile du Yorkshire. Sur cette trame
historique, l’auteure tisse une intrigue sentimentale autour du personnage de
Robert Moore, un usinier très actif qui, voulant apporter des perfectionnements
à son usine, souhaite épouser la riche Shirley Keedlar – basée sur la
personnalité d’Emily Brontë – ; repoussé, il doit retourner à son premier
amour, Caroline Helstone. La distance entre le lecteur et le personnage
principal est accentuée par rapport à Jane
Eyre
, de par l’écriture à la troisième personne. Le roman a un tel succès
que le prénom Shirley, originellement masculin, sera désormais donné à des
filles. Il est même très peu donné à des garçons désormais.

 

Après le succès de ses
premiers romans, Charlotte est convaincue par son éditeur de faire des
apparitions occasionnelles dans les cercles
intellectuels
londoniens, où elle révèle donc son identité, et où elle se
lie d’amitié avec l’écrivaine engagée et théoricienne Harriet Martineau, et
l’écrivaine Elizabeth Gaskell qui écrira la première biographie de Charlotte
Brontë. Elle y fait aussi connaissance avec le romancier satiriste William
Makepeace Thackeray.

 

Villette est le
troisième et dernier roman que Charlotte a publié de son vivant. Il paraît en
1853 et puise à nouveau dans l’expérience de Charlotte, se référant cette fois
à Bruxelles. L’alter ego de l’auteure se nomme Lucie Snowe, et se voit plongée
dans la ville fictionnelle de Villette – qui figure donc Bruxelles. Cette
orpheline, devenue professeure, enseigne dans un collège de jeunes filles. Sa
force de caractère, sous des dehors quelque peu sauvages et timides, lui valent
le respect de la directrice et du professeur Paul Emanuel, qui aura un temps un
concurrent dans le cœur de Lucie. Lucy cependant ne peut pas épouser Paul mais
elle s’épanouira finalement dans l’indépendance en dirigeant sa propre école. L’œuvre
est remarquable de par l’atmosphère parfaitement rendue d’un collège belge du
milieu du XIXe siècle et la psychologie fine dont fait preuve
l’auteure, qui en revanche est à nouveau taxée de vulgarité, car les désirs de
Lucy sont clairement évoqués, et cette fois, à nouveau, à la première personne.

 

Charlotte
Brontë meurt en 1855 à Haworth (West Yorkshire) en Angleterre, moins d’un an
après son mariage, alors qu’elle est enceinte, à 38 ans, de son premier enfant.
Ses œuvres comptent déjà, à ce moment-là, parmi les classiques de la
littérature anglaise.

 

 

“If all the world hated you, and believed you
wicked, while your own conscience approved you, and absolved you from guilt,
you would not be without friends.”

 

« Si le
monde entier vous haïssait et vous croyait coupable, mais que  votre conscience vous approuvât, et qu’en
interrogeant votre cœur il vous parût pur de toute faute, Jeanne, vous ne
seriez pas sans amie. »

 

Charlotte Brontë, Jane
Eyre
, 1847 (Helens Burns à Jane, chapitre VIII)

 

School-rules,
school-duties, school-habits and notions, and voices, and faces, and phrases, and
costumes, and preferences, and antipathies — such was what I knew of existence.
And now I
felt that it was not enough; I tired of the routine of eight years in one
afternoon. I desired liberty; for liberty I gasped; for liberty I uttered a
prayer; it seemed scattered on the wind then faintly blowing. I abandoned it
and framed a humbler supplication; for change, stimulus: that petition, too,
seemed swept off into vague space: “Then,” I cried, half desperate,
“grant me at least a new servitude!”

Here a bell, ringing the hour
of supper, called me downstairs.”

 

« Les règles, les devoirs, les habitudes, les
voix, les figures, les phrases, les coutumes, les préférences et les
antipathies de la pension, voilà tout ce que je savais de l’existence, et je
sentais maintenant que ce n’était point assez. En une seule après-midi, cette
routine de huit années était devenue pesante pour moi ; je désirais la
liberté ; je soupirais vers elle et je lui adressai une prière. Mais il me
sembla qu’une brise fugitive emportait avec elle chacune de mes paroles. Je
renonçai donc à cette espérance, et je fis une plus humble demande ;
j’implorai un changement de position ; cette demande aussi sembla se perdre
dans l’espace. Alors, à moitié désespérée, je m’écriai : « Accordez-moi au
moins une autre servitude ! »

Ici la cloche du souper se fit entendre, et je
descendis. »

 

Charlotte Brontë, Jane
Eyre
, 1847 (chapitre X)

 

 

It is in vain to say human
beings ought to be satisfied with tranquillity: they must have action; and they
will make it if they cannot find it. Millions are condemned to a stiller doom
than mine, and millions are in silent revolt against their lot. Nobody knows
how many rebellions besides political rebellions ferment in the masses of life
which people earth. Women are supposed to be very calm generally: but women
feel just as men feel; they need exercise for their faculties, and a field for
their efforts as much as their brothers do; they suffer from too rigid a
restraint, too absolute a stagnation, precisely as men would suffer; and it is
narrow-minded in their more privileged fellow-creatures to say that they ought
to confine themselves to making puddings and knitting stockings, to playing on
the piano and embroidering bags. It is thoughtless to condemn them, or laugh at
them, if they seek to do more or learn more than custom has pronounced
necessary for their sex.”

 

« Il est vain de dire que les hommes doivent être
heureux dans le repos : il leur faut de l’action, et, s’il n’y en a pas
autour d’eux, ils en créeront ; des millions sont condamnés à une vie plus
tranquille que la mienne, et des millions sont dans une silencieuse révolte
contre leur sort. Personne ne se doute combien de rébellions en dehors des
rébellions politiques fermentent dans la masse d’êtres vivants qui peuple la
terre. On suppose les femmes généralement calmes : mais les femmes sentent
comme les hommes ; elles ont besoin d’exercer leurs facultés, et, comme à
leurs frères, il leur faut un champ pour leurs efforts. De même que les hommes,
elles souffrent d’une contrainte trop sévère, d’une immobilité trop absolue.
C’est de l’aveuglement à leurs frères plus heureux de déclarer qu’elles doivent
se borner à faire des poudings, à tricoter des bas, à jouer du piano et à
broder des sacs. C’est un acte inconscient que de les condamner, de rire
d’elles, si elles aspirent à faire ou à apprendre davantage que ce que l’usage
a déclaré nécessaire à leur sexe. »

 

Charlotte Brontë, Jane
Eyre
, 1847(chapitre XII)

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