Jane Eyre

par

L’égalité des sexes

Nous avons vu qu’au XIXesiècle, en Angleterre, l’appartenance à une classe sociale déterminait la façondont chacun devait agir face au monde, et était perçu par le monde. L’appartenanceà un sexe ou à l’autre est, et a fortioriétait également source de ségrégation. En effet, la femme britannique, ence temps-là, doit constamment faire preuve d’une maîtrise d’elle-même, d’undéguisement de sa personnalité, de sa façon de penser, afin de ne pas tropfaire ressentir le caractère qui la définit réellement. Elle doit sans cesseréfréner ses passions et ses idées pour qu’on évite de se souvenir qu’elle peuten avoir.

Jane Eyre est le modèle même du refusde se cloîtrer dans cette caractérisation sexiste de la femme, tout comme ellenie le modèle des classes sociales à travers son amour pour Rochester. Elledoit mener une bataille acharnée pour conquérir son indépendance et accepterque ses qualités propres lui soient reconnues, en tant que femme et non en tantque gouvernante.

En effet, lorsqu’elle accepte lademande en mariage de Rochester et que celui-ci offre de la couvrir deprésents, elle se montre claire dans ses objectifs : « Je ne veux pas être une autre CélineVarens ; je continuerai à être la gouvernante d’Adèle ; je gagneraiainsi ma nourriture, mon logement et trente livres par an ; je subviendraimoi-même aux dépenses de ma toilette, et vous ne me donnerez rien, si ce n’est…  – Si ce n’est quoi ? – Votre affection ».Ainsi, elle affirme son besoin et son envie de demeurer indépendantefinancièrement, malgré la richesse de Rochester, qui pourrait lui offrir toutce dont elle aurait besoin. Par ce refus de se laisser entretenir, elle montreégalement qu’elle l’épouse par amour et non pas par intérêt.

Nombreux sont les protagonistes quivoient en elle un être inférieur, et d’ailleurs ne considèrent aucune femmecomme leur égale. Nous pouvons citer Mr Brocklehurst, Rochesterlui-même, et Saint John qui, par habitude, tente de se poser en maître dela femme, même si ceci paraît n’être que sur le plan affectif. Vouloirs’occuper de trop près des actions d’une femme, c’est sous-entendre qu’elle nepeut se débrouiller par elle-même. Par exemple, Bertha Mason, la première femmede Rochester, sa folie mise à part, est le symbole même du contrôle qu’on peutexercer sur une femme à l’intérieur même de sa demeure. En ceci, l’auteuremontre le mariage comme vecteur de la lutte pour l’égalité des sexes. Avec lerefus de devenir la maîtresse de Rochester, Jane Eyre affirme qu’elle refuse dese soumettre à lui d’une manière qui ne lui convient pas, ce qui l’amènerait àtrahir ses valeurs, comme nous l’avons vu précédemment. Cette affirmation progressived’une femme qui semblait au départ une orpheline fragile fait du roman deCharlotte Brontë un grand classique de la lutte pour les droits des femmes.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’égalité des sexes >