Kim

par

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Rudyard Kipling

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1865 : Joseph Rudyard Kipling – dit Rudyard Kipling – naît à Bombay en Inde. Le pays fait alors partie de l’Empire colonial
britannique. Son père est sculpteur, potier, et principal d’une école où il
enseigne son art ; sa mère est liée à plusieurs célébrités littéraires et
artistiques du temps. L’enfant a été prénommé Rudyard d’après le village
bordant le lac du même nom où se sont rencontrés ses parents. Le couple a déménagé
en Inde l’année de sa naissance et l’enfant est donc élevé dans une culture anglo-indienne. Sa petite
jeunesse est notamment bercée par les récits et les chansons indiennes transmis
par la domesticité. En 1871 toutefois, il est envoyé avec sa petite sœur, selon
l’usage des colons anglais, dans le Sud
de l’Angleterre
à Seasouth (Portsmouth) pour y bénéficier de l’éducation
dispensée par les établissements anglais. Suivent onze années de séparation d’avec sa famille qui marquent
profondément le jeune homme. Il rapportera avoir été traité avec cruauté et
largement négligé, même torturé, si bien qu’il dut élaborer un art du mensonge
qu’il imaginera être à l’origine de son art d’écrivain. Les aptitudes du jeune
Kipling ne se révèlent pas suffisantes pour obtenir une bourse qui lui aurait
permis d’étudier à Oxford ; Joseph devient donc en 1882 le principal d’une école d’art à Lahore (aujourd’hui au Pakistan) et conservateur du musée local. Il
collabore également à un petit journal
local
, observe les mœurs des autochtones et des colons, et s’enthousiasme
notamment pour l’architecture moghole.

1886 : Joseph Kipling publie un premier recueil
de poésie
, Departmental Ditties (« Petites
chansons du département »). Il continue à collaborer à la Civil
and Military Gazette
, où commencent à paraître des nouvelles de sa main. Le jeune homme est sujet d’un très grand
appétit d’écriture, au point qu’il n’est pas rare de le croiser tout taché
d’encre. Il écrit près de quarante histoires entre novembre 1886 et juin 1887.
La plupart paraissent dans Simples Contes des collines (Plain
Tales from the Hills
), son premier recueil
de prose
qui paraît en 1888. En 1887, il a rejoint Allahabad (Nord de l’Inde) pour devenir le correspondant d’un
journal de plus grande envergure, The Pioneer, jusqu’au début de 1889.
À travers ce périodique, diffusé jusqu’en Angleterre, Kipling se gagne déjà une
petite notoriété dans les milieux influents britanniques. En 1888 le jeune écrivain
aura publié pas moins de six recueils de nouvelles. Parmi elles figure L’Homme
qui voulut être roi
(The Man Who
Would Be King
), sur l’histoire, inspirée de faits réels, de deux
aventuriers anglais devenant rois du Kafiristan, une région isolée de l’Afghanistan.
De manière générale les histoires de Kipling de cette période décrivent en de
vives couleurs, de manière réaliste,
la vie indienne vue par le regard
d’un Anglais. Le jeune écrivain excelle notamment dans les portraits d’officiers et
de jeunes gens cultivés.

1889 : Kipling quitte en mars l’Inde direction l’Angleterre. Il passe par Rangoon, Singapour, Hong Kong, le Japon, San
Francisco, puis traverse les États-Unis et le Canada jusqu’à Boston. À New
York, il rencontre Mark Twain qui l’impressionne. Il arrive à Liverpool en
octobre. À Londres, il collabore
avec plusieurs magazines
paraissent ses nouvelles. Il publie
en 1890 son premier roman, The
Light that Failed
, dont l’histoire – celle d’un peintre qui devient
aveugle – a pour cadres le Soudan, l’Inde et Londres. Il connaît également une
dépression. Sur avis médical il repart
en voyage
en 1891 et visite
l’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et retourne en Inde. Il revient
néanmoins plus rapidement que prévu à Londres à l’annonce de la mort d’un ami
écrivain et pour se marier à sa sœur. C’est Henry James qui conduit son épouse
jusqu’à l’autel. Il publie, toujours en 1891, un recueil mettant en scène des
Anglais en Inde, Life’s Handicap. Avec sa femme il voyage aux États-Unis, au
Japon, puis les deux jeunes mariés s’installent dans un cottage du Vermont après la faillite de leur
banque. Ils y donnent naissance à une fille et vivent modestement mais heureux.
Ils s’installeront plus tard dans une demeure plus grande, toujours dans le
Vermont. La vie recluse et réglée que
Kipling y mène quatre années durant le rend très prolifique. Arthur Conan Doyle notamment lui rendra visite à cette
période.

1892 : Kipling fait paraître un recueil de poésie et de chansons, Barrack-Room Ballads, où figure
notamment une de ses pièces les plus connues intitulée Gunga Din. Elle raconte
l’histoire, du point de vue d’un soldat anglais en Inde, d’un porteur d’eau qui
lui sauve la vie peu avant d’être tué. Il est très souvent fait référence à ce
poème dans la culture populaire.

1894 : L’histoire du Livre de la jungle (The Jungle Book), popularisée par le
film de Disney, est bien connue. Un « petit d’homme » abandonné,
nommé Mowgli, élevé par une louve,
devient une sorte de petit roi pour le peuple d’animaux libres d’un coin de jungle indienne, où se fait jour
désormais quelque chose de plus que ce qu’on appelle la loi de la jungle. En
effet, l’œuvre de Kipling est pétrie d’une obsession de l’ordre et de la hiérarchie,
écho de l’Angleterre victorienne, et il vante ici l’impérialisme et l’apport à l’Inde d’un cadre de civilisation
nouveau. Mowgli a pour amis l’ours brun Baloo, la panthère noire Bagheera et le
python des rochers Kaa. Du côté des ennemis figure Shere Khan, un tigre aux
yeux jaunes. Mais, devenant adulte, Mowgli va finalement se détacher de ses
amis car son besoin de société humaine le pousse à rejoindre
le peuple des hommes. Le récit, entrecoupé d’autres histoires comme Le Phoque blanc et Toomai des éléphants, oscille entre roman d’aventures, apologue –
la solidarité notamment est présentée comme une vertu importante – et poème colonial. Les Kipling quittent
les États-Unis en 1896 en raison des tensions entre le pays et l’Angleterre ainsi
que de problèmes familiaux. Ils s’installent en Angleterre dans le Devon,
puis dans l’East Sussex en 1897.
Kipling est alors un écrivain célèbre ;
il restera basé en Angleterre jusqu’à sa mort.

1897 : Capitaines courageux (Captains
courageous
) est un autre roman
d’apprentissage
. Le protagoniste, Harvey Cheyne, un riche héritier, se
trouve recueilli suite à un accident en pleine mer par l’équipage d’un bateau.
Parmi ces loups de mer chevronnés, Harvey va lui-même devenir un homme. Kipling
présente en effet les marins comme des héros. Ceux-ci, battant les mers du Nord
à la poursuite de grands bancs de poissons, doivent lutter contre des tempêtes
et risquent souvent le naufrage. Roman aux intentions
didactiques
, les influences et l’exemple sont présentés comme d’importance
dans des régions où l’enfant fait son éducation davantage « sur la
route » qu’à l’école. Entre 1898 et 1908, les Kipling font des séjours annuels en Afrique du Sud
pendant l’hiver. Là, l’écrivain se lient à des hommes politiques influents. Il
soutiendra l’Angleterre dans ses écrits pendant la guerre des Boers.

1899 : Les sept strophes du célèbre poème Le Fardeau de l’homme blanc (The White Man’s Burden), paru dans le
magazine McClure’s, ont pour contexte
la récente victoire de l’Amérique sur l’Espagne, touchant la colonisation des
Philippines. Le fardeau de l’homme blanc, assimilé à un Christ portant sa croix
et apportant la lumière de sa civilisation, c’est de coloniser et de gouverner
d’autres peuples dans l’intérêt supposé
de ceux-ci. Certains lecteurs y verront simplement une exhortation à tout crin à
l’impérialisme et à la colonisation, alors que Kipling, même si les vers
dégoulinent de condescendance pour
les peuples colonisés, avertit néanmoins contre les dangers de l’entreprise, insiste sur la responsabilité afférente et présente ce devoir comme particulièrement ingrat.

1901 : Le roman Kim apparaît comme un nouveau roman d’éducation. Le personnage éponyme est un orphelin d’origine
irlandaise des rues de Lahore, remarquable d’intelligence, de curiosité, de
courage et de dévouement. Il va vivre de nombreuses aventures au cours
desquelles il connaîtra plusieurs pères de substitution, au premier chef un lama tibétain. Il noue avec lui une relation complexe et voyage à ses côtés en tant
que disciple, jusqu’à ce qu’ils rencontrent des militaires britanniques qui reconnaissent
Kim comme le fils d’un caporal irlandais. Ils lui offrent alors une éducation
classique afin qu’il puisse mettre sa connaissance profonde du pays au service
de l’administration anglaise. On l’initie également à des activités de
contre-espionnage et le jeune homme va devoir choisir entre deux vocations. Kipling
présente une Inde chatoyante, marqué
par la diversité – en termes d’ethnies,
de langues, de religion, de saveurs et de parfums –, mais sur laquelle l’Angleterre coloniale, accomplissant une
mission civilisatrice, exerce une influence bénéfique.

1902 : Histoires comme ça pour les petits (Just so Stories for Children) est un recueil de contes pour enfants,
marqués par le naturel et la simplicité, et feignant de remonter aux
origines du monde quand l’homme, ami
des animaux, comprenait leur langage. Sur le ton du mythe, Kipling raconte comment la baleine a gagné ses
fanons, le chameau sa bosse, l’éléphant sa trompe, et l’alphabet sa première
lettre. Pendant la première décennie du
XXe siècle
, Kipling est au sommet
de sa popularité ; en 1907, il devient le premier écrivain de
langue anglaise à être distingué par le prix
Nobel de littérature
.

1910 : Le très célèbre poème Si (If—), un des plus fameux de la poésie anglo-saxonne même, écrit en
1895, paraît en 1910 dans Rewards and
Fairies
, un recueil de contes merveilleux historiques. Il présente, au
cours d’une longue énumération, le comportement idéal pour mériter
véritablement d’être appelé un « homme », impliquant un parfait contrôle de soi et un certain stoïcisme. Kipling a dit avoir été
inspiré par les exploits militaires de Leander Starr Jameson (1853-1917), un
colonialiste britannique ayant mené un raid qui fut pour une grande part à
l’origine de la Seconde Guerre des Boers (1899-1902).

1914-18 : Pendant la Seconde Guerre mondiale, Kipling accepte sur proposition
du gouvernement de se faire propagandiste
et écrit des poèmes et des pamphlets pour soutenir les troupes
anglaises
. Il pousse son fils à s’engager dans les combats, joue même de
ses relations en raison des problèmes de vue de celui-ci pour le faire intégrer
les Irish Guards. L’adolescent meurt en 1915 à 18 ans, événement qui marque
profondément l’écrivain. Kipling publiera en 1923 deux volumes historiques sur
ce régiment d’élite. L’écrivain s’intéresse beaucoup aux affaires du
temps ; germanophobe et francophile, il se prononce par exemple
en 1923 pour l’occupation de la Ruhr par la France, à rebours des intellectuels
anglais du temps. Il voit très tôt le danger que pouvait représenter une
Allemagne trop rapidement remise sur pied. Il s’opposa beaucoup au bolchevisme
et son admiration pour Mussolini, pendant les années 1920, se muera en
condamnation dès 1935. Lors du détournement par les nazis de la swastika, il demandera
qu’on l’ôte de ses ouvrages, sur lesquels elle était imprimée aux côtés d’un
éléphant.

1936 : Rudyard Kipling meurt à
Londres à 70 ans d’un ulcère gastroduodénal perforé. Ses cendres ont été
déposées dans le Coin des poètes (Poets’
Corner) de l’abbaye de Westminster
aux côtés de la tombe de Charles Dickens. En 1937, paraît son autobiographie Quelque chose de moi-même (Something of Myself).
Au XXIe siècle, l’œuvre de Rudyard Kipling est toujours très
vivante, notamment à travers l’intérêt que lui montrent les enfants, qui demeurent
son lectorat de prédilection.

 

 

« Kaa baissa la tête et la posa un moment doucement sur
l’épaule de Mowgli.

– Un cœur brave et une langue
courtoise, dit-il. Cela t’aidera à t’en tirer dans la jungle, petit d’homme.
Mais maintenant, sauve-toi vite avec tes amis. Va dormir, car la Lune descend
doucement et ce qui va suivre maintenant n’est pas fait pour tes yeux. »

 

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle, 1894

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