L'Amant

par

Amour de l’autre et amour du gain

Larelation qui lie l’amant chinois à la narratrice est très ambiguë. En effet, onne peut s’empêcher de percevoir un amour n’allant que dans un sens, de l’hommevers la jeune fille. Tout sépare ces deux êtres qui vont pourtant s’aimer, toutd’abord en secret, puis qui tenteront d’affirmer leur relation au grand jour,devant leurs familles respectives. Leur histoire d’amour fait de la narratrice uneparia, la jette un peu plus hors la société. En effet, la différence de classessociales, les cadeaux que lui offre son amant sont bien vite ressentis comme leprix payé à une prostituée ; cependant, ce n’est pas là le facteur quidérange le plus la famille de la jeune fille. Vivant dans une situationfinancière plus que précaire, la mère semble en effet jouer un double jeu, nepouvant accepter que sa fille fréquente un Chinois, tout en se révélant plutôtsatisfaite que celle-ci soit couverte de présents coûteux. Elle donne même aupensionnat le feu vert pour que l’amant joue le rôle de taxi, avec sa limousinenoire, la transportant de son école à son appartement de Cholen où ils seretrouvent pour faire l’amour. La mère ne peut donc se départir d’une certainefierté de voir sa fille échapper à la condition familiale, tout en étant totalementprisonnière du carcan social qui lui impose de couper court à ce type derelation, considéré comme dégradant, entre colons et Chinois. Elle en viendra àbattre sa fille sous l’influence du frère aîné, en guise de châtiment pouravoir fréquenté un Asiatique.

Lajeune fille, elle, se montre au départ attirée par l’argent de l’amant. Acceptantde se faire ramener à Saïgon à bord de la limousine noire, le véhicule devient lesymbole d’un lien qui unit leurs deux mondes. Cependant, bien que le Chinoissoit de douze ans l’aîné de la jeune fille, il demeure sous l’influence de sonpère qui refuse une quelconque relation de son fils avec une Blanche, d’autantplus que la situation financière de celle-ci est désastreuse. Préférant voir lajeune fille loin de Saïgon, il lui offre de retourner en France. C’est ici quedemeure l’ambiguïté du roman puisque la narratrice n’y voit pas d’inconvénientmajeur, saisissant l’opportunité de quitter la moiteur de la colonie quil’emprisonne. Ainsi, le lecteur demeure dans l’expectative : l’amour qu’elleclame avoir pour le jeune Chinois est-il véridique, ou bien guidé par l’appâtdu gain, l’opportunité de sortir d’une situation financière critique et d’unsystème colonial qu’elle abhorre ? Le roman, bien qu’alternant les pointsde vue à des temporalités différentes, ne répond pas à cette question et secontente de mettre en lumière l’ambiguïté des sentiments, ceux de la mère commeceux de son enfant.

Onpeut aussi considérer que L’Amant, autravers de ses personnages, décrit la dure réalité du système colonial desannées 1930, où discrimination et préoccupations financières semblent régir pourune grande part les vies humaines. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Amour de l’autre et amour du gain >