L'Amant

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La dimension initiatique de L’Amant

Onne peut considérer L’Amant comme lesimple récit des premiers émois amoureux d’une jeune fille sans évoquer et mêmes’attarder sur tout l’aspect initiatique qui se dégage de cette relation. Eneffet, il est nécessaire de se souvenir que si la narratrice n’a alors quequinze ans lorsque l’action se déroule, fréquente encore le lycée français deSaïgon et n’a encore jamais eu d’aventure avec un homme, les évènements sontnarrés de longues années plus tard par l’auteure, alors âgée de soixante-dixans. Ces premiers émois sont donc évoqués avec les mots d’une femme qui a mûriet connu de nombreuses fois les expériences de la vie, avec un recul et une tempéranceque seul l’âge permet. Ce recul permet d’adjoindre aux faits une compréhension,une précision impudique et une lumière qui ne seraient sans doute pas présentsdans la bouche d’une jeune fille de quinze ans. Le parcours initiatique peutainsi s’affirmer pleinement littérairement et prendre tout son sens.

Ilest de nombreuses sociétés dans lesquelles les jeunes gens doivent passer parune étape d’initiation avant d’être considérés comme des adultes à partentière. Celle-ci est souvent constituée d’épreuves à accomplir, de rites àcélébrer, la plupart du temps portant leur lot de souffrance. Dans certainescivilisations africaines, chez les Masaï par exemple, le jeune garçonprétendant au titre d’homme est laissé seul dans la nature avec pour mission deretrouver son chemin et d’échapper aux fauves. Une fois cette étape accomplie,après la cérémonie de la circoncision, il doit vivre dans un village isolé,dédié à la vie des jeunes garçons prétendant au passage à l’âge adulte, avantd’avoir le droit de choisir une épouse. Aussi, l’isolement, la mise à l’écartest souvent indissociable du parcours initiatique, et c’est une thématique quel’on retrouve dans L’Amant.

Lanarratrice est en effet placée en total isolement par rapport au reste dumonde. Vivant tout d’abord dans une colonie et non en métropole, elle estgéographiquement déracinée, une étrangère en ces terres. De plus, elle ne vitqu’en marge de cette société coloniale qui la rejette, la laisse de côté, mêmeavant qu’elle ne connaisse sa relation charnelle avec le jeune Chinois.Cependant, si le cocon familial l’avait totalement protégée, ainsi « préservée »du monde extérieur elle aurait été dans l’incapacité de connaître cetteexpérience initiatique. Ainsi, l’isolement, et de ses origines, et de lasociété coloniale où elle devrait pouvoir s’insérer, et de sa famille sembleprimordial pour que le passage à l’âge adulte s’accomplisse.

Ceparcours a également pour but la découverte d’une identité. La symbolique del’eau à cet égard revêt une grande importance dans l’œuvre. L’eaupurificatrice, régénératrice, est utilisée à plusieurs reprises pour témoignerd‘un renouveau, d’une découverte : en effet, avant de connaître leurrelation sexuelle, les deux amants prennent le temps de s’accorder une longuedouche qui semble les purifier totalement du monde extérieur, ligué contre euxet leur différence de classes sociales. Lorsqu’ils s’unissent enfin, après lerituel de l’ablution duquel elle sort purifiée et régénérée, les deux jeunesgens sont en mesure de faire face dans l’amour au monde qui les décrie :« Nousrestons ainsi, cloués, à gémir dans la clameur de la ville encore extérieure.Nous l’entendons encore. Et puis nous ne l’entendons plus. »

Onretrouve également cette importance de l’eau lors du lavage à grande eau de lamaison à chaque départ du frère aîné, comme pour nettoyer toute trace de sonpassage ; elle symbolise le renouveau et la fin d’une souillure, ellemarque le passage d’une adolescence hésitante à un âge adulte découvert etrevendiqué. 

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