L'Amant

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L’Amant

La narratrice aperçoit pour la première fois l’amant alors qu’il traverse le Mékong sur un bac. Puis, il se présente à elle à l’intérieur d’une limousine, signe évident et clinquant de fortune matérielle. Il attire tout de suite l’attention de la narratrice, qui insiste alors sur la dualité de leur jeu de regards : « Dans la limousine il y a un homme très élégant qui me regarde. Ce n’est pas un blanc. Il est vêtu à l’européenne, il porte le costume de tussor clair des banquiers de Saigon. Il me regarde. »Tout en lui clame l’aisance, le luxe. Il détonne dans le décor comme une orchidée au milieu d’une friche, ce que l’auteur souligne en mettant en avant le fait que malgré son accoutrement, son apparence européanisée à outrance, il est en définitive bel et bien chinois.

Cependant, cette aisance qu’il affiche au vu et au su de tous ne semble pas jouer en sa défaveur. L’auteure est fascinée par lui, et souligne les manières européennes de cet homme qui s’accordent avec son costume : il dégage une odeur de parfum de luxe, et fume des cigarettes anglaises. La senteur qu’il exhale est celle de la richesse, de l’opulence, et ne manque pas de frapper la jeune fille lorsqu’elle s’unit à lui :« Il sent bon la cigarette anglaise, le parfum cher, il sent le miel, à force sa peau a pris l’odeur de la soie, celle fruitée du tussor de soie, celle de l’or, il est désirable. » Ainsi la richesse semble indissociable de sa personne, et son apparence s’accorde et se confond avec sa classe sociale. Dès le départ, la narratrice sent bien que cet homme est de loin son supérieur dans la hiérarchie sociale. Cependant, il ne l’effraie pas, lui qui demeure à la fois expert dans l’art d’aimer, et tellement fragile : lors de leur première étreinte, il lui reproche avec désespoir sa condition qui lui fera aimer d’autres hommes que lui. Le riche banquier se laisse donc aller à une détresse qui ira de pair avec l’acte sexuel.

C’est cependant un véritable amour qui l’attache à la jeune fille. Lorsque l’heure de son départ pour la France se rapproche de plus en plus, il devient maussade, semble perdre toute la superbe et l’élégance qui le caractérisaient au début du roman : « il était devenu sans force aucune, sans puissance aucune ».

L’amant chinois incarne donc une toute-puissance monétaire qui s’écroule finalement devant la découverte de l’amour là où il n’était pas attendu.

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