L'Amant

par

La narratrice

La narratrice du roman est Marguerite Duras elle-même, âgée de quinze ans et demi, qui, sans jamais se nommer, joue toutefois le rôle d’un personnage ambivalent. En effet, elle affirme à la fois son côté adolescent et juvénile incarné en la peau de cette demoiselle mise à l’écart de la société de par sa condition sociale dégradante (sa famille, bien que bénéficiant du respect témoigné aux Blancs dans la colonie, vit dans une pauvreté apparente), et laisse à la fois entrevoir la femme ravagée qu’elle est devenue en décrivant son vieillissement prématuré dû à l’alcool, son visage, continuant d’accuser les traces de son vécu, en portant les marques indélébiles. Ainsi, la narratrice joue à la fois le rôle de protagoniste tout en anticipant sur la personne qu’elle sera plus tard.

Jeune, très belle, elle suscite les convoitises de nombreux hommes, ce que sa mère souligne en ces termes : « Tous, dit la mère, ils tournent autour d’elle, tous les hommes du poste, mariés ou non, ils tournent autour de ça, ils veulent de cette petite, de cette chose-là, pas tellement définie encore, regardez, encore une enfant. Déshonorée disent les gens ? et moi je dis : comment ferait l’innocence pour se déshonorer ? ».

Cette attraction physique qu’elle exerce ne la dépare donc pas pour autant de son innocence. Elle est une enfant qui hésite encore sur son avenir, ne connaît pas sa véritable identité, et ignore jusqu’à ses préférences sexuelles ; en effet, bien qu’elle entretienne une relation avec l’amant chinois, une certaine tension sexuelle se fait sentir vis-à-vis de son amie du pensionnat de Saigon, Hélène Lagonelle. Au cours d’un long portrait qui dit toute son attirance pour elle, la narratrice s’extasie : « Je suis exténuée par la beauté du corps d’Hélène Lagonelle allongée contre le mien. Ce corps est sublime, libre sous la robe, à portée de la main ». La narratrice est donc une jeune fille en proie à un total bouleversement de son désir, ne sachant qui préférer, reconnaissant la beauté charnelle partout où elle la trouve. Ce bouleversement prendra une telle ampleur qu’elle tentera de « prêter » son amant à Hélène afin que celle-ci connaisse la plénitude qu’elle-même goûte à ses côtés.

Enfin, son goût pour l’émancipation et la différence s’affirme pleinement au cours des pages. Sa tenue vestimentaire le montre avec force : elle porte un chapeau de feutre on ne peut plus masculin et une paire de talons hauts habituellement chaussés en soirée. Cet accoutrement disparate la protège et lui donne une identité qui lui fait oublier sa maigreur et son aspect enfantin ; elle se sent exister, ainsi à l’ombre de ce chapeau d’homme.

Elle entretient un amour presque incestueux avec celui qu’elle nomme son « petit frère », un jeune coolie. Fille d’une institutrice de la ville de Sadec, elle se destine cependant à retourner étudier en France après avoir terminé ses études au lycée français de Saïgon.

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