L'art poétique

par

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Nicolas Boileau

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1636 : Nicolas Boileau naît à
Paris dans une famille bourgeoise d’avocats, de greffiers et de petits
officiers de la finance. Il est le quinzième enfant de son père, greffier au
Parlement. Il perd sa mère avant deux ans et aurait mené une enfance triste. Enfant
il est surnommé Despréaux, et il est
aujourd’hui également connu sous le nom Boileau-Despréaux.
Il devient clerc à onze ans. Au même âge, une opération ratée de ce qu’on
appelait la maladie de la pierre lui porte une blessure qui expliquerait sa
haine à venir de la littérature amoureuse. Il fait ses humanités au collège de
Beauvais
. Après avoir commencé à étudier
la théologie à la Sorbonne il change
pour le droit, devient avocat mais
ne plaide pas. Il fut prieur de Saint-Paterne (Picardie) huit années durant,
jusqu’à la mort de son père qui lui
laisse une petite fortune et lui
permet de se consacrer aux lettres,
sa véritable passion.

1660-1667 : Après avoir produit quelques vers sans grand talent, Nicolas
Boileau trouve sa voie en écrivant, comme son frère aîné Gilles, académicien,
des satires qu’il récite à des amis
et dans des salons. Jusqu’en 1667, il ne va écrire que des satires, au nombre
de neuf (sur douze au total). Il ne commencera à les publier qu’en 1666 après
qu’une édition qu’il jugeait très mauvaise eu paru en Hollande. L’auteur
connaît grâce à elles le succès. Dans
les satires portant sur les sujets littéraires (II, VII, IX), Boileau compte
faire œuvre d’assainissement du monde
littéraire
de l’époque en s’attachant à trier le bon grain de l’ivraie
parmi ses contemporains. Ce sont les plus intéressantes, les autres, guère
originales, apparaissant comme des exercices de style et de versification ne
valant guère que par leur forme. La première,
qui paraît en 1660, « Adieux
d’un poète à sa ville », est une imitation
de Juvénal
. L’auteur y met en opposition l’humiliation des poètes dans la
capitale et l’élévation dont bénéfice le vice. La deuxième, adressée à Molière,
a été lue par Boileau devant ce maître qu’il admirait. Il y loue la
versification de son aîné et épingle la phraséologie
pompeuse
alors à la mode. Dans la troisième,
« Le Repas ridicule », il se moque de la vanité des bourgeois,
qui soutiennent de médiocres poètes, en mettant en scène une réunion mondaine.
La Satire IV de 1664 traite d’une
façon assez banale les folies humaines. La Satire
VI
, d’abord comprise dans la première, évoque avec vivacité le Paris de
l’époque et ses « embarras ». La septième se livre à l’apologie du
genre de la satire, tandis que la huitième aligne des propos convenus sur la
vanité et l’inconstance de l’homme. La Satire IX est un des textes les plus
connus de Boileau, qui parle ici de son rôle
de satiriste
. Se défendant contre les accusations portées contre lui, il
dresse le portrait d’un parfait critique,
luttant contre le mauvais goût et le mauvais style. Parmi ses cibles
habituelles, qu’il ridicule en leur adressant souvent des louanges comiques par
leur énormité, figurent le pédant Jean Chapelain
(1595-1674), qui avait voulu donner à la France un grand poème épique ; le
présomptueux Georges de Scudéry
(1601-1667) ; Jacques de Coras
(1625-1677), auteur d’une Iphigénie tombée
dans l’oubli ; Jacques Pradon
(1644-1698), ce tragédien qui avait fait jouer sa Phèdre en même temps que celle de Racine ; l’abbé Charles Cotin, poète qui a violemment attaqué
les Satires ; ces beaux esprits
fréquentant les précieuses qu’on appelait alcôvistes ;
ou les burlesques, parmi d’autres
littérateurs alors en vogue au XVIIe, caractérisés par leur
trivialité.

1669-1677 : Boileau écrit neuf épîtres
entre 1669 et 1677 ; elles seront au total, à nouveau, au nombre de douze.
Plusieurs traitent des idées et de critique littéraire (VII, IX, X). D’autres
parlent de l’auteur lui-même dans de vives images, de son culte de l’amitié (V,
X et XI). Certaines ne sont que des louanges,
comme la première de 1669, adressée à Louis XIV, qu’elle presse de se détourner de la guerre pour porter
son attention aux arts. Le roi à sa lecture veut rencontrer l’auteur, qu’il
connaissait via ses Satires, et lui
accorde une pension ; c’est le début
du succès de l’écrivain à la Cour où il est présenté. La même année
paraît la seconde épître, contre la manie de plaider. En 1672 l’Épître IV, célèbre, rend gloire à l’armée de Louis XIV, en
guerre contre les Provinces Unies. Boileau y plaisante sur la difficulté
d’intégrer à ses vers les noms compliqués des lieux traversés. L’Épître
III
de 1673 vient en soutien au Grand
Arnauld
contre le ministre protestant Claude.

1674 : Dans L’Art poétique, poème
didactique
en quatre chants qui vise d’abord à plaire, Boileau commence par
livrer des préceptes pour qui se destine à versifier, avant de passer à l’étude
des petits genres poétiques. Puis viennent les grands genres (épopée, comédie,
tragédie), et enfin il est question des mœurs de l’écrivain. Globalement, la
poétique de Boileau reprend celle de Malherbe,
qui avait triomphé quinze ans plus tôt. L’auteur congédie ses contemporains
suivant des modes qu’il juge de mauvais goût : le burlesque et son bas
réalisme
, le précieux et son emphase, le pédantesque et son affectation
– tout ce qui, en somme, en provenance d’Italie et d’Espagne, lui apparaît surchargé. À tout cela, Boileau oppose
la simplicité, le vrai, c’est-à-dire le naturel, en lequel seul réside la
beauté. Il renvoie à l’étude des Anciens,
qui avaient déjà parfaitement observé l’homme et la nature, et qui fournissent à
ses yeux un modèle parfait à imiter. L’œuvre abonde en vers heureux devenus proverbes.

Toujours en 1674
paraît l’Épître V, qui repose
sur une matière personnelle ; Boileau raconte notamment comment d’homme de
droit il est devenu homme de lettres. En 1677 l’Épître VII apporte le soutien de l’auteur à Racine dans le duel qui l’a opposé à
Pradon lors de la création de Phèdre.
Les ennemis, écrit Boileau, ont du moins l’utilité d’exciter le talent. À
l’occasion de cette querelle, Racine et Boileau, protégés par Mme de Montespan,
sont mis à l’abri de leurs ennemis par l’octroi simultané de la charge d’historiographes du roi. Boileau jugera toujours
ce travail, qu’il se sent contraint d’accepter, particulièrement ingrat. L’Épître
VI
parue également en 1677,
évoquant la vie paisible à la campagne opposée aux ennuis de la vie parisienne,
s’en fait d’ailleurs l’écho. L’Épître VIII, toujours en 1677, est
une nouvelle louange du roi. Pris par sa charge d’historiographe, Boileau
n’écrira plus d’épîtres pendant près de vingt ans.

1683 : Le poème héroï-comique Le Lutrin – dont les quatre chants
paraissent entre 1672 et 1683 – apportait en France un nouveau genre de burlesque, sans grossièreté, imité des Anciens (cf.
la Batrachomyomachie, parodie de l’Iliade attribuée à Homère), consistant à
traiter un sujet trivial sur un mode pompeux et héroïque. Tout en
divertissant, Boileau continuait ainsi de faire œuvre de critique – il ne le
fut toujours que d’humeur et non de système –, en se moquant de l’emphase et du
ton ampoulé en vogue, de l’abus de l’évocation mythologique et de l’allégorie, moquant les poèmes indigestes
du temps et les interminables romans tels Le
Grand Cyrus
et Clélie. Le point
de départ du Lutrin est en effet anecdotique :
le trésorier de la Sainte-Chapelle, où la paix régnait jusqu’alors, inspiré par
la Discorde – divinité allégorique peuplant l’œuvre parmi d’autres –, laquelle le
dresse contre le chantre, décide d’installer dans le  chœur un vaste lutrin qui dissimulera celui-ci
aux regards. Boileau, dans ce genre, aura notamment pour continuateurs Pope et
Swift en Angleterre.

1684 : Grâce à l’intervention de Louis XIV, Boileau est reçu à l’Académie, où il compte plus
d’adversaires que d’amis. Lors de la querelle
des Anciens et des Modernes
lancée en 1687 par Charles Perrault, Boileau,
ennemi de quasiment tous les auteurs de son temps, exprimant toujours une forte
indépendance, se positionne résolument du côté des Anciens.

1694 : La Satire X, vingt-sept ans après les précédentes, porte sur les
femmes. À travers elles Boileau se moque
à nouveau des casuistes et plus
généralement des modernes. L’auteur
imite ici assez pauvrement Juvénal.

1695 : Boileau livre trois nouvelles épîtres. L’Épître X, la préférée de l’auteur,
répond aux critiques qu’avait soulevées la Satire
X
. Il s’y attarde longuement sur sa personne, se présentant en homme retiré
de la Cour. Alors que l’Épître XI compare plaisamment le
jardinage et l’art du poète, la douzième et dernière évoque l’amour de Dieu et fustige l’« équivoque » des jésuites, dénoncée par Pascal dans ses Provinciales – ouvrage
très admiré de Boileau – pour qui ses ennemis ne cessent des tordre des
expressions canoniques. En 1698, Boileau
livre une onzième satire, peu
remarquable, dans une veine moraliste qui ne le mène qu’à rassembler des lieux
communs. Dans ces derniers travaux, Boileau se positionne donc clairement du
côté de Pascal, du jansénisme et de
la dure morale de Port-Royal, qui
fait alors l’objet de persécutions. Il aura le plus grand mal à obtenir le
droit de publier sa dernière satire, qui circulera clandestinement.

1711 : Nicolas Boileau meurt à
Paris à soixante-quatorze ans. Quinze ans après sa mort, tout son travail
d’historiographe, qui lui avait tant coûté, disparaît dans un incendie. Sa figure
d’écrivain et de théoricien de la littérature fait l’objet d’avis très
contradictoires : simple continuateur de Malherbe, imitateur des Anciens
faiblement inspiré, critique d’humeur caractérisé par sa rigidité ou par son
goût sûr – il a en tout cas su plaire à nombre d’écrivains des siècles suivants
par la vivacité, la précision de sa plume, et le plaisir de lecture qu’il
procure.

 

 

« Le
monde, à mon avis, est comme un grand théâtre,

Où chacun
en public, l’un par l’autre abusé,

Souvent à
ce qu’il est joue un rôle opposé.

Tous les
jours on y voit, orné d’un faux visage,

Impudemment
le fou représenter le sage ;

L’ignorant
s’ériger en savant fastueux,

Et le plus
vil faquin trancher du vertueux.

Mais,
quelque fol espoir dont leur orgueil les berce,

Bientôt on
les connaît, et la vérité perce. »

 

Nicolas Boileau, Satire XI, 1695

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