L’énergie spirituelle

par

Conscience et vie

Dans cette œuvre, Bergson effectue une analyse systématique des phénomènes qui se déroulent dans notre conscience. Il procède à une classification de nos actions en fonction de leur répétitivité dans notre quotidien. Il associe les concepts de conscience et de vie. Il cherche à comprendre la signification, le sens, le but, la finalité de la vie, les raisons pour lesquelles nous vivons. Il est en quête d’une justification de la présence de l’homme sur terre. Il estime que l’être humain existe et évolue dans le monde parce qu’il est un créateur. L’homme existe pour inventer, améliorer le monde grâce à ses créations. Dans les dispositions naturelles de l’être humain, il existe un génie créateur qui le pousse à innover, à repenser le monde dans lequel il se trouve.

Par ailleurs, Bergson s’interroge sur le principe et les mécanismes qui régissent et relient nos actes à notre conscience. Il pense que notre conscience n’est pas semblable à un disque dur qui, lui, reproduit exactement – et à chaque fois – ce qu’on lui demande avec la même intensité ou la même concentration. Cette exactitude inébranlable n’est pas un attribut de notre conscience, car cette dernière n’est pas une machine. Aussi, notre conscience n’a pas toujours le même degré de concentration dans la réalisation de nos actes. Il estime qu’il y a des périodes au cours desquelles notre conscience atteint son maximum et d’autres moments où son niveau de concentration est beaucoup moins important. Cette différence entre le minimum et le maximum est régie par une classification de nos actes. Tous les actes produits par la conscience se réalisent à des degrés différents. Cette classification semble faire partie intégrante de notre conscience. L’auteur estime qu’il existe deux types d’actes ou d’actions émanant de la conscience humaine. Il existe d’une part, les actions spontanées et d’autre part, les actions automatiques. Il souligne à cet effet : « Il me paraît donc vraisemblable que la conscience, originellement immanente à tout ce qui vit s'endort là où il n'y a plus de mouvement spontané, et s'exalte quand la vie appuie vers l'activité libre. Chacun de nous a d'ailleurs pu vérifier cette loi sur lui-même. Qu'arrive t-il quand une de nos actions cesse d'être spontanée pour devenir automatique ? » (p.12). À travers cette assertion, Bergson soutient que cette classification de nos actions dans notre conscience conduit à une différence dans l’exécution de celles-ci. Nos actions ne sont pas identiques dans leur déroulement. Il estime que la conscience, parce que tout passe par elle, prend la forme d’existence. Une existence qui cesse lorsque nos actions ne sont plus spontanées. Par spontanées, Bergson entend naturelles et non conditionnées. En d’autres termes, la conscience cesse de fonctionner lorsqu’il n’y a plus de liberté. Quand nos actions ou le mécanisme qui les dirige redeviennent spontanés, alors la conscience reprend son activité. Par conséquent, lorsque nos actions deviennent automatiques, « la conscience s’en retire » (p.12).

Afin d’étayer sa thèse, Bergson prend l’exemple de l’apprentissage d’un exercice. Il estime qu’au tout début de l’exercice, nous avons conscience des différents mouvements que nous effectuons dans sa réalisation. Mais, au fur et à mesure que nous répétons cet exercice, les mouvements deviennent plutôt mécaniques. À la vue du même exercice, sans le vouloir, nous répétons les mêmes mouvements inconsciemment. Donc, conscience est synonyme de liberté, car c’est cette faculté de choisir qui amène notre conscience à s’éveiller. Pour que la conscience entre en activité, il faut que nos mouvements – à cet instant précis – soient spontanés et libres. Cette faculté introduit alors le problème du choix. La spontanéité de nos actions amène la conscience à choisir d’être libre de ces mouvements. Le fait de « choisir » implique donc la « liberté » qui à son tour renvoie à la « spontanéité » pour déboucher sur la conscience. Nous pouvons donc considérer que, lorsque nous posons une action spontanée, la conscience a conscience de l’action en cours de réalisation. Lorsqu’au contraire, nous posons une action automatique, choix et liberté sont hors d’atteinte, donc la conscience l’est aussi. En posant une action automatique, au lieu d’être un sujet conscient de ses actes, l’homme devient une personne sans conscience parce qu’il est à cet instant dénué de sa faculté de choisir. En d’autres termes : ma conscience ne peut avoir conscience de mes actions que si je suis libre. Si l’on devait proposer une définition bergsonienne de la conscience, elle ne saurait se faire sans les concepts de choix et de liberté. Elle pourrait donc être définie comme la faculté qu’a notre cerveau de régir ses actions par le biais de sa liberté.

Revenons à présent à la conception bergsonienne de la finalité de la vie : À quoi se résume notre existence sur terre ? Quel est notre rôle, notre but sur terre ? Bergson s’interroge sur la destinée, sur la présence de l’homme sur terre. Son questionnement peut être perçu comme une préoccupation existentialiste : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Ces questions relèvent du domaine métaphysique. L’auteur cherche à donner un sens à l’existence humaine. Pour lui, ce sens prend forme à travers le caractère créateur des hommes. Cet aspect créatif est enraciné dans la joie qu’éprouvent ces derniers lorsqu’ils innovent. Ainsi, il déclare : « la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu'elle a gagné du terrain, qu'elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie » (p.18). Selon lui, la philosophie et les philosophes n’ont pas pu jusqu’alors apporter une réponse concrète à la question du sens de la vie. Il souligne à cet effet : « Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l'homme n'ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir » (p.18). La joie nous renseigne donc sur le sens de la vie. La joie n’est pas perçue ici comme une émotion qui transporte l’âme humaine en la distrayant. Cette conception sublimatoire de la joie qui nous plonge dans une sorte d’extase est dépassée. La joie acquiert une dimension philosophique qui nous renseigne sur la signification de notre existence. En établissant le fait que les philosophes ont été jusque-là incapables d’apporter une réponse concrète à la question du sens de la vie parce qu’ils n’ont pas su observer la nature, Bergson semble réorienter la philosophie. Il s’insurge contre l’incapacité des philosophes – représentant la philosophie qui est amour de la vérité et conquête du savoir – à répondre à cette question. Il estime qu’ils ont négligé ce sujet qui revêt pourtant une importance capitale. Selon l’auteur, les philosophes auraient dû avant tout, trouver la signification de leur existence, car ils sont censés être des modèles, des guides, les êtres pensants qui ramènent les enfants égarés vers leur mère, la philosophie. Autrement dit, avant d’arriver au cogito ergo sum de Descartes : « Je pense donc je suis », il estime que les philosophes auraient dû d’abord s’interroger sur le « je suis » comme déterminant du « je pense ». En se focalisant sur le résultat, ils ont oublié de déterminer la raison d’être de leur existence sur terre, de leur humanité. Ses prédécesseurs se sont focalisés sur le monde physique et ont omis de s’attarder sur le sort, la destinée réservée aux hommes. Toutefois, quelques-uns se sont attardés sur la question, même s’ils ont emprunté la mauvaise direction et adopté une méthodologie incorrecte. Cette méthodologie consistait à s’enfermer dans les systèmes hermétiques de la pensée. Cette façon de philosopher ne leur a pas permis de se rendre compte que la nature qu’ils avaient sous leurs yeux, possédait et possède encore des pistes pertinentes de réflexion. Il souligne à ce propos : « Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l'homme n'ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même » (p.18). Selon l’auteur, pour pouvoir être à même de donner une piste de réponse à cette préoccupation métaphysique de l’homme, il faut se pencher sur la nature. Comment cette dernière nous avertit-elle ? Elle le fait par le biais de la joie.

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