L’enfant et la rivière

par

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Henri Bosco

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1888 : Henri Bosco naît à Avignon,
dans le quartier italien, d’un père artiste lyrique de grand talent. Quand il a
trois ans, la famille emménage dans un mas
près de la Durance. L’enfant apprend
à lire et à écrire avec sa mère, inquiète de sa santé fragile, avant d’être
scolarisé à dix ans. Il fera ses études classiques à Avignon ; il excelle
dans les matières littéraires. Il étudie en parallèle le violon et la
composition musicale au conservatoire. Très jeune, dès sept ans, il commence à
écrire des fictions. À treize ans, il remporte un prix pour un poème envoyé à
une revue suisse. Il sera ensuite licencié
de lettres
et obtiendra son diplôme d’études supérieures à l’université de Grenoble en 1909, puis
son agrégation d’italien à l’Institut français de Florence en 1912. Il enseigne ensuite l’italien
en France, puis les lettres classiques
en Algérie à partir de 1913.

1914 : Pendant la Première Guerre mondiale, Henri Bosco est mobilisé dans un régiment de zouaves à
Salonique et sert l’État-major de l’armée d’Orient en tant qu’interprète. Il voyage alors dans
plusieurs pays du pourtour méditerranéen. Il s’intéresse pendant cette période
au décryptage d’inscriptions antiques. Après la guerre, il devient lecteur à l’université de Belgrade avant d’être
détaché à l’Institut français de Naples
il enseigne dix ans. Il s’y intéresse aux recherches en cours sur Pompéi ainsi
qu’à la religion antique romaine. Il
y rencontre en outre le philosophe Jean
Grenier
qui devient un ami, et Max
Jacob
avec lequel il entame une correspondance.

1925 : Henri Bosco écrit son premier roman, Pierre Lampédouze, hymne
à la Provence où il évoque sa ville natale. Il paraît l’année
suivante. De retour en France en 1930, il continue d’écrire de la poésie, publie plusieurs recueils composés de pièces colorées,
de tableaux de Provence, qui ne sont plus guère lus. Après s’être rapproché un
temps des félibres, il abandonnera largement
la poésie au profit de l’écriture romanesque.

1931 : Henri Bosco arrive au Maroc
où il passera vingt-quatre années durant lesquelles son activité créatrice
s’affirme. Il enseigne les lettres classiques à des lycéens à Rabat. Il s’occupera plus tard d’une
classe de Lettres supérieures. Il sera aussi président de l’Alliance française au Maroc et continuera de
contribuer à la vie intellectuelle métropolitaine via des collaborations avec
diverses revues : Les Cahiers du Sud, Les Nouvelles littéraires, L’Arche
entre autres. En 1936, il fonde et
dirige Aguedal, une revue
qui paraîtra irrégulièrement jusqu’en 1945 et à laquelle collabore notamment
des poètes locaux. Bosco y publie des comptes rendus, des études, des poèmes,
mais aussi des parties de ses romans.

1937 : L’Âne Culotte paraît dans Aguedal.
Le titre évoque cet âne, bizarrement accoutré de braies, qui vient parfois
chercher des provisions au village pour M.
Cyprien
, un mystérieux paroissien qui vit à l’écart. Malgré l’interdiction
qu’on lui a faite, Constantin, un enfant
d’une dizaine d’années, suit un jour l’âne jusqu’au domaine interdit. Il y
découvre une nature luxuriante, une
sorte de jardin d’Éden où les
animaux vivent en harmonie autour du vieil homme, maître d’un art orphique qu’il désire transmettre à
l’enfant chez lequel il a détecté un cœur pur. Mais le vol d’une branche
d’amandier par celui-ci signe la chute
de ce paradis. L’instigatrice de ce
« péché originel » est Hyacinthe,
une gamine du village quelque peu étrange elle-même. L’auteur s’attache ici à
transmettre une atmosphère provençale
merveilleuse
et à brosser le portrait de personnages pittoresques. Cet ouvrage formera une trilogie avec Hyacinthe (1940) et Le Jardin d’Hyacinthe
(1945), où la jeune fille réapparaîtra sous les traits de Félicienne, une enfant amnésique qui ne parle pas, ne joue pas,
n’exprime rien, abandonnée un soir de Noël au mas des Borisols, lequel
représente la montagne. Son arrivée
cependant est synonyme de malheur, la source qui faisait vivre le mas notamment
se tarit. M. Cyprien pour sa part réapparaît sous les traits d’un vieil
homme à barbe blanche. La plaine est
représentée par le mas du Liguzet où le propriétaire vit seul avec une bonne
visionnaire et mystique. Ces œuvres regorgent de références bibliques et mythologiques.
L’univers de Bosco y apparaît ténébreux,
l’atmosphère onirique ; la
narration s’attarde sur les espaces, les éléments – tout prend vie sous une plume
intensément poétique.

1945 : Dans L’Enfant et la Rivière, le roman
le plus lu
de Bosco, Pascalet,
un garçonnet qui vit dans une petite métairie en pleine campagne, réalise son
rêve en rejoignant la rivière dont on lui a tant parlé, mais dont on lui a
interdit l’accès en raison des dangers qu’elle recèle : des trous morts,
des serpents, et des bohémiens lui dit-on. Quand sa barque part à la dérive,
Pascalet échoue sur une île où il
rencontre en effet des Bohémiens. Il
reste cependant caché et parvient même à aider Gatzo, un garçon comme lui qui était retenu prisonnier. Tous deux
chercheront ensuite à échapper aux Bohémiens au gré de ce qui apparaît comme un
parcours initiatique pour Pascalet,
plongé dans un environnement qu’il ne connaît guère.

La même année paraît Le Mas Théotime, l’histoire
de Pascal Dérivat, un homme solitaire qui voit un jour réapparaître dans sa vie
Geneviève, une petite cousine qui peu à peu s’installe dans son cœur et
apprivoise les environs. Derrière la sauvagerie de Pascal, on découvre une
profonde tendresse. Le cousin Clodius cependant, ennemi de Pascal, se répand en
médisances sur la jeune femme. Mais après qu’un homme a trouvé asile au mas de
Pascal, Clodius meurt assassiné. Pascal sait l’étranger coupable mais le
protège ; il s’avère qu’il est le deuxième mari de Geneviève, revenu la
chercher, et Pascal se retrouvera finalement séparé de la jeune femme. Cette
œuvre vaut à Bosco le prix Renaudot.
Il prend cette année-là sa retraite
anticipée
de l’Éducation nationale.

1947 : Dans Monsieur Carre-Benoît à la
campagne
, un sous-chef de bureau retraité s’installe avec
sa femme dans une vieille maison
dont il a hérité. L’atmosphère est
étrange : un notaire, aussi
poète, règne en quelque sorte sur les lieux, surveille le bon respect de
clauses insolites venues avec le legs : il ne faut rien changer à la
maison et il est interdit d’ouvrir une porte sous les combles. Alors que
l’épouse s’épanouit en ces lieux, tout paraît hostile à Carre-Benoît qui se
recrée un bureau fictif. Il en impose, du haut de son néant, aux locaux qui
l’élisent maire. Mais voilà qu’il abat le vieux peuplier de la fontaine, puis
la porte interdite est ouverte, et la société qu’il a fondée fait
faillite ; il se retrouve chassé. Après la mort du notaire, la nature va
reprendre ses droits sur la demeure abandonnée.

1948 : Malicroix raconte à nouveau une histoire d’héritage mystérieux. Le grand-oncle de Martial, un Malicroix, a
prévu que son parent devrait rester trois mois entiers sans sortir d’une île où
se trouve un mas solitaire. Rôde autour de Martial la figure d’un notaire, qui ne s’est pas présenté au
rendez-vous où il l’avait convié et qui attend à l’écart que l’héritier se
fatigue de la nature inhospitalière. Martial a pour toute compagnie un
serviteur taciturne et un chien qui finit par le reconnaître comme son maître,
car en effet l’homme prend goût à cette austère
Camargue
et s’engage alors une lutte avec une nature grandiose et hostile, mais c’est aussi le début d’un bal d’ombres autour de lui : un
visage de femme fait des apparitions, une atmosphère de surnaturel plane sur le
roman.

1955 : Henri Bosco quitte le Maroc
et s’installe dans un vieux mal
provençal
à Cimiez, un quartier
résidentiel de Nice, où il continue
de recevoir beaucoup. Son activité littéraire se manifeste également par des conférences qu’il donne en France et à
l’étranger. Il préside aussi aux jurys
de plusieurs prix littéraires. Lourmarin
reste un lieu de fréquents passages pour lui ; il y réside dans son
« Bastidon ». En 1958, le
Grand prix du roman de l’Académie française lui est décerné.

1976 : Henri Bosco meurt à Nice à
l’âge de quatre-vingt-sept ans et repose à Lourmarin.

 

Éléments sur l’art d’Henri
Bosco

 

Bosco a écrit de nombreux autres ouvrages, dont Un rameau de la nuit (1950), Le Renard dans l’île (1956), un livre de
souvenirs : Un oubli moins profond
(1961), ou encore Tante Martine
(1972), mais ceux dont il n’a pas été question ci-dessus sont très peu lus
aujourd’hui. On y retrouve généralement des mas isolés, une nature
inquiétante
qui fonctionne comme une puissance
occulte
, des ombres errantes,
des figures et des éléments mythiques,
des atmosphères mystérieuses,
étranges et poétiques. Le caractère envoûtant de son écriture est souvent
noté, ainsi que le sens de la légende
de l’auteur, sa poésie presque enfantine,
miroir des croyances d’une âme paysanne
millénaire.

L’œuvre de Bosco peut être contemplée comme une grande quête initiatique, qui se
déploie à travers des textes ressemblant à des contes populaires, mais des contes païens qui verseraient largement dans la superstition et le mysticisme.
L’écrivain a multiplié les amitiés diverses, il tenait un salon littéraire dans
sa demeure de Rabat. Il a ainsi été inspiré par la tradition religieuse arabe
et la mystique soufie auxquelles
l’ont introduit le Dr. Mardrus, traducteur des Mille et Une Nuits, et le romancier François Bonjean. L’écrivain
marocain Ahmed Sefrioui, l’helléniste Gabriel Germain, le poète Armand Guibert
et les peintres Edy-Legrand et Louis Riou parmi ses amis ont aussi exercé une
influence sur lui.

 

 

« En août, dans nos pays, un peu avant le soir, une puissante
chaleur embrase les champs. Il n’y a rien de mieux à faire que de rester chez
soi, au fond de la pénombre, en attendant l’heure du dîner. Ces métairies, que
tourmentent les vents d’hiver et que l’été accable, ont été bâties en refuges
et, sous leurs murailles massives, on s’abrite tant bien que mal de la fureur
des saisons. »

 

Henri Bosco, Le Mas Théotime, 1945

 

« Noir-Asile, malgré son air de solitude, m’attirait, tant par
le secret de son site caché derrière d’énormes buissons de genêts d’or, que par
je ne sais quel charme encore humain. Resté seul dans le grand jardin, je ne
tardai pas à sentir l’attrait de cette cabane de chiens qui, pendant si
longtemps, avait abrité les mystérieux conciliabules d’Hyacinthe avec
elle-même. Après l’étrange, l’inoubliable Belles-Tuiles, c’était pour moi l’un
des plus graves habitats de l’enfance. J’y revenais plus souvent, et je m’y
attardais des heures entières, sans pourtant y entrer. Mais, adossé à ses
parois de planches, assis dans l’herbe sèche qui sentait le feu de l’été, j’y
reprenais peu à peu avec la terre tiède ce contact de plaisir et d’angoisse
dont le souvenir, depuis lors, n’a cessé de troubler ma vie. Car j’aime la
terre. »

 

Henri Bosco, L’Âne Culotte, 1937

 

« Le parfum se déplaça.
De l’angle de la porte qu’il occupait d’abord, il marcha vers la table, puis
s’éloigna vers la fenêtre et s’arrêta comme si l’on cherchait à tâtons. Il y
eut un nouvel arrêt qui dura un siècle. Ensuite l’odeur s’avança vers moi le
long du mur. À mesure qu’elle s’approchait, un effluve de chair sauvage se
dégageait de cette colonne de senteurs en marche. Je le perçus qui tout à coup
s’immobilisait, à la tête du lit. Il me dominait de toute sa hauteur, sans
bouger. Je ne respirais plus, j’attendais. Rien. »

 

Henri Bosco, Le Sanglier, 1932

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