L'évasion de Kamo

par

Kamo

Kamo, un adolescent,est le personnage principal du roman.Son père est mort à l’hôpital quelques années plus tôt, et son souvenir estomniprésent dans l’esprit du jeune garçon. Il explique ses nombreux talents parl’hérédité : il cuisine bien ? : « mon père était cuistotdans sa jeunesse » explique-t-il. Il mène à bien des travaux derénovation ? : « mon père savait tout faire », voilàpourquoi. Mais ce père absent lui manque terriblement : « mourir,il a su », constate-t-il tristement. Sa mère est partie à la recherchede ses racines russes – « Et elle avait confié Kamo à mes parents. Pourquelques mois. »

Par cette mère étrange, Kamo a des originesmultiples : « La mère de Kamo venait de partout. De Grèce par sagrand-mère, de Géorgie par son grand-père, d’Allemagne par son père (uncoiffeur juif qui avait épousé la fille du Géorgien et de la Grecque ».Le résultat est atypique et exceptionnel : Kamo n’est pas un garçon comme lesautres. Il excelle en tout, réussit tout, dévore les livres, et pas les plussimples : Dostoïevski et Emily Brontë n’ont pas de secret pour lui. Cela nel’empêche pas d’être un joyeux compagnon, prêt à vivre les folies normales d’ungarçon de son âge comme chevaucher son vélo en hurlant comme un sauvage ou selivrer à une intense bataille de polochons. Ces caractéristiques – être enavance sur son âge à certains égards et pourtant sensible comme un enfant –sont les marques d’un enfant intellectuellement précoce.

Il existe en outre en Kamo une part cachée,illustrée par la crainte irrationnelle, la « peur sacrée » que luiinspire la vieille bicyclette yougoslave. Pourquoi est-il pris d’une tellecrainte devant l’inoffensif engin ? Qu’est-ce qui le pousse jusqu’aux larmes,une nuit d’orage, alors qu’il est allé contempler la bicyclette qui, quelquessemaines plus tard, le mènera aux portes de la mort ? Pressent-il son futur ?Entend-il son arrière-grand-père l’appeler ?

Le lecteur peut se demander si Kamo ne jouitpas de facultés extrasensorielles, lui qui est toujours connecté, même de loin,à l’esprit de sa mère : il sent par exemple à quel moment sa mère quittele groupe avec lequel elle parcourt la Russie ; il offre le refuge de soncorps blessé à l’esprit de son arrière-grand-père, celui dont il porte le nom,quand il est allongé sur son lit d’hôpital ; il vit l’évasion de celui-ci,étape après étape, en un étrange retour en arrière.

Certes Kamo, quand il reprend conscience,offre une explication des plus rationnelles à ce phénomène : il dit à sesamis que les récits produits lors de son délire ne sont que des réminiscencesde lectures – Dostoïevski et Jack London – et de chroniques familiales. Maisquelle étrange coïncidence que cet accident de bicyclette qui reproduit pointpar point celui dans lequel l’autre Kamo a perdu la vie ! Et quel étrangehasard que ces deux accidents aient eu lieu à la même heure, onze heures, commeen témoignent les montres brisées des deux Kamo ! Attachant, atypique,définitivement à part, Kamo est unique, bien qu’il semble, parfois, multiple.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Kamo >