L’Ile des Gauchers

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Alexandre Jardin

Alexandre
Jardin est un écrivain français né en 1965 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)
en 1965. Après des premiers ouvrages que lui inspirent son obsession pour
l’entretien de la flamme amoureuse et la peur de la monotonie, sa deuxième
période littéraire évoque sa famille sous des jours contrastés. Écrivain qui se
veut engagé pour son pays, que ce soit par ses œuvres, ses chroniques, ses
interventions télévisées ou son compte Twitter, il veut pousser les gens à agir
et à suivre leur passion. Une phrase du Roman
des Jardin
résume bien sa pensée : « Celui qui se perd dans sa
passion a moins perdu que celui qui perd sa passion. »

Il est le
fils d’un autre écrivain et scénariste, Pascal Jardin. Encore étudiant à
l’Institut d’études politiques de Paris, il publie en 1985, à vingt ans, son
premier roman, Bille en tête, qui met
en scène le personnage authentique et haut en couleur de Virgile, jeune homme
de seize ans qui entretient une relation amoureuse avec une amie riche de son
père, Clara, qu’on prend pour sa mère. Tandis que son père réprouve cette
relation qui fait passer son fils pour un gigolo, sa grand-mère, l’Arquebuse,
parvient à la voir d’un œil tendre. L’ouvrage se présente donc comme une leçon
de tolérance, d’amour et de folie, et fait montre à la fois d’une grande
drôlerie. Il vaut à son auteur le Prix du premier roman l’année suivante, qui
est aussi celle de l’obtention de son diplôme.

Deux ans
plus tard, Alexandre Jardin est couronné du plus incitatif prix Femina pour Le Zèbre, qui le rend très célèbre. Un
simple notaire, Gaspard Sauvage, surnommé le Zèbre – animal symbole de folie
douce et d’originalité pour Jardin, alors et pour les décennies à venir –, qui
a décidé, après quinze ans de mariage, de ressusciter sa passion première avec
sa femme Camille, et ce à tout prix. Le notaire s’avère d’une imagination et
d’un courage sans limites. Il doit même en passer par la séparation d’avec sa
femme avant de la reconquérir, jusqu’à une fin tragique. Le roman est cependant
parcouru d’épisodes cocasses et peut presque se lire comme un roman
d’aventures, tant il comprend de rebondissements, au gré des nouveaux
stratagèmes imaginés par l’inlassable amoureux Gaspard.

En 1990
Jardin fait paraître Fanfan et
poursuit sa réflexion sur l’entretien du désir. Alexandre Crusoé y figure un
jeune homme de vingt ans, en couple avec une femme traditionnelle, Laure. Le
protagoniste, rencontrant la capricieuse Fanfan, voit sa vie bouleversée, et
prend la décision de prolonger indéfiniment les préludes de son amour pour elle
qui, amoureuse, ne peut lui faire avouer sa passion. Cette fois, c’est la femme
qui doit imaginer des stratagèmes pour faire fléchir celui qu’elle aime. À
nouveau, l’œuvre se veut un remède contre l’inertie qui guette les relations de
couple, incite à partir en quête de son bonheur.

Le Petit sauvage deux ans
plus tard a pour héros Alexandre Eiffel qui, se découvrant une vie trop
tranquille, décide de retrouver le petit garçon qu’il a été, un « petit
sauvage » comme l’appelait son père, et rachète la maison où il a grandi
pour connaître de nouvelles aventures. L’Île
des gauchers
la même année, qui connaît un grand succès, transporte le
lecteur sur une île du Pacifique Sud oubliée des cartes, dont la société a été
fondée au XIXe siècle par des utopistes français. Elle est présentée
par les yeux de lord Jeremy Cigogne, qui veut y apprendre l’amour – car les couples,
ici, s’aiment d’une tendresse savante –, n’ayant connu jusqu’alors que la
passion. L’ouvrage, outre une leçon d’amour qui pousse à aimer au sens plein,
en abandonnant ses peurs et certains états d’âme nuisibles, devient une leçon
de vie.

Alexandre
Jardin rend hommage à son père dans Le
Zubial
en 1997, dont le titre évoque le surnom qu’on donnait à cet homme
libre mort quand l’auteur avait quinze ans. Il raconte quel fantastique homme
il était, sans peur, capable de toutes les frasques, à l’écoute de ses désirs,
drôle et émouvant – en somme le professeur d’un art de vivre auquel son fils
adhère.

En 2004,
l’ouvrage Les Coloriés imagine un
autre monde inconnu des géographes, celui des Coloriés, qui ne connaît que l’enfance
et le jeu. C’est à travers les yeux de l’ethnologue Hippolyte Le Play qu’on
observe ce peuple, d’abord en la personne de Dafna, Coloriée venue à Paris,
dont la spontanéité et les désirs fantasques bouleversent Hippolyte qui la suit
sur son île, lassé par sa vie d’adulte. Paraît en parallèle La Révolte des Coloriés, lui destiné aux
adolescents, la confrontation avec la version adulte étant censée permettre un
dialogue entre les générations autour de leurs différences.

Dans Le Roman des Jardin en 2005, l’auteur
s’attarde sur sa famille, les « hurluberlus de sa tribu » comme il
les appelle – lui-même fondera une grande « tribu », ayant cinq
enfants –, et invite le lecteur à voyager au milieu de leurs fantaisies et de leur
liberté, à la rencontre d’êtres atypiques qui ne vivent que pour leurs passions.
L’auteur avoue qu’à travers ses histoires romantiques, il avait sans doute
voulu fuir les excès de cette famille, et il se demande à présent s’il est
digne d’eux.

Des gens très bien en 2012
jette en revanche un pavé dans la mare et questionne cette famille dont les
excès ont parfois côtoyé l’horreur selon l’auteur. Avec avoir analysé les
mécanismes de l’amour, Jardin continue de dépecer la mascarade de sa vie d’une
nouvelle façon. Son père avait écrit Le
Nain Jaune
à propos du sien – c’était son surnom –, et Alexandre Jardin
choisit de mettre en lumière une face plus sombre de son grand-père, Jean
Jardin, qui fut en 1942 et 1943 le chef de cabinet du grand collaborateur
Pierre Laval, alors chef du gouvernement de Pétain. L’auteur reproche à sa
famille de n’avoir jamais fait le lien entre cet aïeul et la rafle du Vel
d’Hiv, qui eut lieu pendant qu’il était en fonction, et qu’il n’a pu ignorer
assure son petit-fils ; il ne démissionna pas et déshonora donc, selon
lui, sa famille. Outre le Zubial, qui fuyait la réalité, c’est toute une
famille qui enrobait ce passé « de bonne humeur, d’ingénuité et de
pittoresque » dit-il, autant de masques qui formaient la matière de son
roman de 2005. L’aspect peu historique, peu scientifique du livre est beaucoup
critiqué, notamment par Pierre Assouline, biographe de Jean Jardin, car il
n’existerait aucun document prouvant que Jean Jardin ait été informé de la
façon dont l’avance son petit-fils.

Alexandre
Jardin a en outre été chroniqueur, pour Le
Figaro, L’Opinion (autre quotidien de droite), l’émission Nulle part ailleurs du temps de Philippe
Gildas. Il s’engage dans plusieurs associations et invite constamment son
lectorat, notamment via Twitter, à « s’enzébrer », à devenir des
« faiseurs », à agir pour leur pays, à s’engager dans des associations,
dans des expériences locales, plutôt qu’à tout attendre d’un État défaillant. Il
reprend ainsi à son compte la formule de Kennedy : « Ne vous demandez
pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour
votre pays. » Autrefois obsédé dans ses œuvres par le déclin de la
passion, c’est celui de son pays qui désormais l’inquiète.

Jardin,
écrivain engagé, a créé en 1999 l’association Lire et faire lire, dont les
milliers de bénévoles souhaitent inciter les jeunes générations à lire et
luttent contre l’illettrisme tout en favorisant le dialogue entre les
générations. Si la pose d’écrivain engagé de Jardin fait sourire beaucoup, l’écrivain
invoque pour sa défense une « naïveté agissante », une « candeur
qui construit ». D’apparence parfois mégalomane – ainsi dit-il avancer la
parution de son livre Mes trois zèbres
pour aider à sauver la France –, il ressent en lui un appel, une vocation née
en partie du sentiment de honte lié au passé familial. Dans cet ouvrage, paru
en 2013, Jardin dit penser qu’« il n’y a qu’un malheur, celui d’être
cynique. Je refuse d’être libéré de tout absolu, d’exceller dans la raillerie. »

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