L’Ile des Gauchers

par

Un roman d’initiation pour les amants

Véritable roman depédagogie pour les couples, L’Île des gauchers explore les possibilitésabsurdes, mais pleines, de vivre l’amour. L’auteur y décrit avec verve et truculenceles efforts d’un couple anglais rêvant d’une vraie relation à deux. Entrescènes extravagantes et descriptions crues et colorées, Jardin s’autorise uneanalyse profonde du cœur humain qu’il peint dans ses faiblesses comme sous sesmeilleurs jours. Cette analyse est surtout rendue possible grâce auxintrospections intermittentes auxquelles se livrent Lord Cigogne et son épouseEmily. Entre souci de rendre compte fidèlement de l’évolution psychologique despersonnages et inclination de l’écriture à la fantaisie, l’auteur trouve lemoyen d’affecter Algernon, le majordome très anglais, d’un ridicule qui est unecaricature de la rigidité des mœurs britanniques.

Le contrastepermanent et l’aller-retour déséquilibré entre mondes gaucher et droitier permetnotamment à l’auteur de ne pas tomber tout à fait dans la fiction merveilleuse,et de garantir ainsi un certain réalisme (même s’il peut paraître insuffisant)qui fait tout le charme, l’intensité et la profondeur de l’œuvre.

Malgré l’évidente utopie que constitue l’univers gaucher, l’auteursuggère surtout à travers la présentation très démonstrative de cette« réalité » que cet univers imaginé ne l’est pas en vain. En effet cecadre dynamique et ouvert à toutes les possibilités passionnelles doit être lucomme la tentative du couple Cigogne de rejoindre un idéal, l’amour véritable, d’avoirune vraie relation à deux. Le lecteur se voit alors invité à questionner sapropre situation, ses désirs et son orientation.

Par ailleursl’auteur donne au récit une couleur drolatique qui ne manque pas de décrisperses personnages, et de faciliter en même temps la réceptivité du lecteur à lamorale intrinsèque de l’œuvre.

L’écriture d’AlexandreJardin est en général légère, mais outrée à certains moments, comme s’ilcherchait à choquer la sensibilité de son lectorat par l’emploi de termesgrossiers, comme pour le réveiller, l’inviter à s’épanouir, à élargir seshorizons…

« Neméprisez pas le cul, il n’y a rien de plus respectable que le cul ! Oh monDieu, si vous saviez avec quel talent elle m’a… »

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