La cantatrice chauve

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Résumé

La Cantatrice chauve est, avec En attendant Godot de Beckett, une pièce phare du théâtre de l’absurde. Ainsi, la résumer n’est pas un exercice facile puisque l’intérêt n’est pas dans l’intrigue mais dans son éclatement, dans l’impuissance caractéristique et exponentielle du langage.

 

Scène I

Nous sommes chez M. et Mme Smith. Les didascalies caractérisent leur personnalité et toutes leurs possessions comme unilatéralement anglaises : « Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. » Tandis que M. Smith lit son journal, Mme Smith parle du dîner qu’ils viennent d’avaler. Tout le dialogue est entrecoupé de silences, eux-mêmes interrompus par une pendule. M. Smith n’écoute pas sa femme ; il fait régulièrement claquer sa langue. Mme Smith détaille : le poisson était bon, le soupe un peu trop salée, la tarte formidable… Elle évoque leurs enfants, un petit garçon et une petite fille, mécaniquement. Elle détaille ensuite les effets bénéfiques du yaourt bulgare. Puis Mme Smith évoque M. Parker, qui est mort suite à une opération, que son docteur avait pourtant pratiquée sur lui-même en préambule. M. Smith, après avoir affirmé que docteurs et malades n’étaient que des charlatans, s’étonne que dans le journal ne figure jamais l’âge des nouveau-nés. M. et Mme Smith discutent alors de la famille des Bobby Watson, où tout le monde s’appelle Bobby Watson. M. et Mme Smith finissent par se disputer. Ils se réconcilient aussitôt. Ils vont aller se coucher.

 

Scène II

Mary, la bonne, fait son entrée. Elle annonce, après avoir détaillé son après-midi au cinéma, l’arrivée des invités de M. et Mme Smith, M. et Mme Martin. M. et Mme Smith se réjouissent car, disent-ils, ils les attendaient pour manger. Ils vont s’habiller tandis que Mary fait entrer les époux Martin.

 

Scène III

Mary fait entrer les époux Martin, qu’elle réprimande pour leur retard. Elle les laisse seuls.

 

Scène IV

M. et Mme Martin s’assoient l’un en face de l’autre. Ils se toisent. Ils finissent par prendre la parole et par concéder qu’ils se sont déjà vus quelque part. Ils s’interrogent alors pour savoir où ils se sont déjà vus. Ils sont tous les deux originaires de Manchester – « Comme c’est curieux ! » s’exclament-ils à chacune de ces petites découvertes –, ont quitté tous les deux la ville il y a cinq semaines, pris le même train pour Londres, en deuxième classe, dans le wagon n°8, sixième compartiment, ont emménagé tous les deux à Londres, au n°19 de la rue Bromfield, ont tous les deux sur leur lit un édredon vert ainsi qu’une petite fille qui est blonde et qui a un œil blanc et un œil rouge. Après un long moment de réflexion, M. Martin conclut : « Alors, chère Madame, je crois qu’il n’y a pas de doute, nous nous sommes déjà vus et vous êtes ma propre épouse… ». Ils s’embrassent et s’endorment.

 

Scène V

Mary entre en scène en catimini. Elle révèle que M. et Mme Martin ne sont pas ceux qu’ils croient car la fillette dont parlait M. Martin a l’œil blanc à droite et l’œil rouge à gauche, et c’est l’inverse pour celle de Mme Martin. Elle sort après une ultime révélation : « Mon vrai nom est Sherlock Holmes ».

 

Scène VI

M. et Mme Martin se réveillent et se promettent de tout oublier et de vivre comme avant.


Scène VII

M. et Mme Smith reparaissent dans leurs habits de gala. Ils s’assoient l’un en face de l’autre. L’embarras et la timidité règnent, la conversation s’amorce difficilement – d’abord sous la forme d’un échange d’onomatopées puis de banalités ponctuées de silences et de coups de pendule. Les Smith demandent aux Martin de raconter des choses intéressantes. Mme Martin raconte une anecdote : en allant au marché, elle a vu un homme qui nouait ses lacets. M. Martin y va de la sienne : dans le métro, il a vu un homme qui lisait le journal. Ils sont tous extrêmement surpris. On sonne. Mme Smith va ouvrir. Il n’y a personne. On sonne à nouveau. Toujours personne. Encore une fois. Mme Smith refuse d’aller ouvrir : « La première fois, il n’y avait personne. La deuxième fois, non plus. Pourquoi crois-tu qu’il y aura quelqu’un maintenant ? ». Les deux époux se disputent, et Mme Smith finit par aller voir – toujours personne. On sonne une quatrième fois ! Mme Smith est furieuse : « L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne. » On essaie de la raisonner. M. Smith va ouvrir : le Capitaine des Pompiers apparaît.


Scène VIII

Les Smith racontent leur dispute au Pompier ; chacun reste sur sa position, M. affirmant que quand on sonne il y a toujours quelqu’un, et Mme que quand on sonne il n’y a jamais personne. Le Pompier, qui attend devant la porte depuis trois quarts d’heure, ne les aide pas à trancher puisqu’il avoue n’avoir sonné que les deux dernières fois, et n’avoir vu personne sonner les deux premières fois. C’est quand même lui qui met fin au débat en trouvant un compromis : quand on sonne à la porte, des fois il y a quelqu’un et des fois il n’y a personne. Le Pompier finit par dire ce qui l’amène : il vient vérifier s’il n’y a pas le feu chez les Smith, car il a pour ordre d’éteindre tous les incendies dans la ville. Malheureusement, il n’y a pas d’incendie, ni chez les Smith, ni chez les Martin. Après que les deux couples ont tenté de le guider sans succès vers d’autres incendies potentiels (chez le vendeur d’allumettes par exemple), le Pompier propose de raconter des anecdotes. Tout le monde est heureux et attendri, notamment parce que toutes les anecdotes de pompiers sont, apparemment, véridiques, contrairement à ce qu’on trouve dans les livres. La première anecdote du Pompier est une fable expérimentale nommée « Le Chien et le bœuf ». Comme elle ne comporte pas de morale, Mme Smith est furieuse et réclame une autre fable. Le Pompier raconte alors l’histoire d’un jeune veau qui avait mangé trop de verre pilé, puis celle d’un coq qui voulait faire le chien. M. Smith raconte à son tour une fable, appelée « Le Serpent et le renard ». Le Pompier est jaloux du succès de M. Smith. Mme Smith raconte aussi une anecdote, intitulée « Le Bouquet », que tout le monde aime. Le Pompier s’apprête à partir. On le supplie de rester. Le Pompier raconte alors la plus longue et la plus fameuse de toutes les fables – c’est un morceau de bravoure de la pièce, qui vaut systématiquement des applaudissements au comédien une fois qu’il a réussi à la débiter. La complexité de cette histoire provient du fait qu’elle repose sur un enchevêtrement de liens familiaux extrêmement alambiqués. Une fois l’histoire terminée, Mme Martin avoue n’avoir pas tout compris. On incite le Pompier à recommencer. Il refuse car il tarde. Les Smith précisent qu’ils n’ont pas l’heure – « Mais la pendule ? – Elle marche mal. Elle a l’esprit de contradiction. Elle indique toujours le contraire de l’heure qu’il est. »

 

Scène IX

Mary, la bonne, entre. Elle veut, tout embarrassée qu’elle est, raconter à son tour une anecdote. Les regards de Mary et du Pompier se croisent, ils se reconnaissent : ils ont été amants par le passé – « C’est elle qui a éteint mes premiers feux. – Je suis son petit jet d’eau. » Les Smith et les Martin sont dégoûtés par les embrassades du Pompier et de Mary, et refusent en outre que Mary raconte son anecdote – on sent chez eux un authentique et structurel mépris de classe. Elle finit malgré tout par réciter ce qu’elle souhaite, un poème en l’honneur du Pompier intitulé « Le Feu ». Ce poème raconte comment le monde entier prend feu, y compris le feu lui-même. Tandis qu’elle récite, les Smith la poussent hors de la scène.

 

Scène X

Les Smith et les Martin sont choqués par le poème. Le Pompier, au contraire, explique que ce poème incarne le monde tel qu’il aimerait qu’il soit. Le Pompier, de toute façon, doit s’en aller : un feu est prévu dans trois quarts d’heure et seize minutes à l’autre bout de la ville. Au moment de son départ, instant fatidique, le Pompier lance : « À propos, et la Cantatrice chauve ? ». Silence général, embarrassé. Mme Smith finit par répondre : « Elle se coiffe toujours de la même façon ! ». On reconduit le Pompier à la porte, puis tout le monde revient à sa place.

 

Scène XI

Dans cette ultime scène, le langage est à bout de souffle. Les quatre personnages lancent des pseudo-vérités au présent de vérité générale, sans s’écouter, parfois en anglais, dans un agacement et une violence qui enflent progressivement, renforcés par le rythme énervé de la pendule. Et plus on avance, plus ce qu’ils lancent au hasard est vide de sens – et plus on avance, plus ce qu’ils disent se transforme en onomatopées – « Kakatoes, kakatoes, kakatoes » répète par exemple M. Smith. À la fin, le langage n’est plus que syllabes et lettres : « C’est ! – Pas ! – Par ! – Là ! – C’est ! – Par ! – I ! – Ci ! ». Ils hurlent, ils sont au summum de la fureur. Bientôt la lumière s’éteint. Ils hurlent en chœur. Puis se taisent brusquement. La lumière se rallume. La pièce recommence au début, sauf que cette fois-ci c’est les Martin qui sont à la place des Smith.

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