La chartreuse de Parme

par

La figure du père

Fabrice del Dongo, chassé de son foyer paternel à cause de son engagement militaire et affectif pour Napoléon, ne présente pas un amour particulier pour sa propre famille. En effet, il est haï par son frère aîné et chassé par son père acariâtre ; et finit par trouver un substitut de père dans le personnage de l’abbé Blanès. En effet, celui-ci apparaît tout d’abord comme père spirituel et comme instructeur : c’est lui qui tente d’enseigner au jeune Dongo l’art d’analyser et de comprendre les signes du destin. Ainsi, non seulement lui confère-t-il une éducation bien particulière, mais il lui montre également, en hypothèse du moins, la direction à prendre afin de régir sa vie. (Ceci étant, cette hypothèse s’effondre avec la non-réceptivité à cet apprentissage du jeune homme qui croit voir en son avenir un destin exceptionnel.) La figure du père s’incarne donc tout d’abord en celle ce l’abbé, le conseiller, celui qui tente de montrer à son protégé une voie que celui-ci ne suivra pas. Il reste cependant présent tout au long de l’œuvre en arrière plan, puisque lorsque Fabrice va tuer le comique Giletti qui l’agresse, alors que le jeune homme se trouve proche de la frontière autrichienne, la prédiction de l’abbé se trouve exaucée.

Mais la figure du père aux yeux de Fabrice est avant tout représentée par Napoléon Bonaparte. Celui-ci, au début de l’œuvre, est présenté dans sa toute-puissance et sa jeunesse, et lorsque Fabrice tente de le rejoindre, il n’a alors que 17 ans et se trouve précisément dans l’âge où d’adolescent, le jeune homme commence à tendre vers l’âge adulte et a besoin d’un mentor pour le guider dans cette évolution. Fabrice voit en la figure napoléonienne le rassembleur, celui qui regroupe toutes les émotions positives qu’on peut éprouver pour l’homme qui se bat à ses côtés, et agit ainsi comme élément commun à tous les soldats. Il est le créateur de la fraternité, et en cela, agit tel un père aux yeux du jeune homme. Il est celui qui « donne la loi », qui apporte l’espoir : en effet, dans son esprit prompt à la grandiloquence, et l’éducation placée sous le culte du Héros qu’il a reçue, Fabrice, désabusé par son propre père qu’il ne considère en rien héroïque, va transposer ce statut dans la figure de Napoléon. Se morfondant dans son château, il ne va se réveiller que lorsqu’il apprend que l’empereur est de retour en France, la nouvelle sonnant comme un coup de gong dans la nuit. Il symbolise ainsi une sorte de résurrection, à la fois le chef, le père et le dieu.

La recherche de Napoléon mènera presque notre jeune héros sur les traces de son père biologique, le lieutenant Robert, lorsque, mû par la volonté d’intégrer la garde personnelle de l’Empereur, il manquera de tomber sur « ce général à l’œil terrible ».

Ainsi, ayant côtoyé plusieurs hommes dont le rôle peut s’assimiler à celui d’un père, Fabrice préfère choisir le plus lointain, le plus inaccessible. Cette quête nous montre ainsi que son désir de père est l’écho de son désir de destin exceptionnel : la poursuite d’un rêve trop haut pour qu’il puisse l’atteindre.

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