La chartreuse de Parme

par

Waterloo, la noblesse et l’héroïsme

La bataille de Waterloo nous est contée par le seul point de vue interne de Fabrice, qui ne connaît rien à l’art de la guerre. Il ne voit donc à première vue que l’aspect héroïque qui lie les hommes entre eux, la présence de Napoléon jouant comme élément rassembleur entre tous. Cependant, lui-même se trouve totalement perdu sur le champ de bataille et comprend bien vite que sa place n’est pas parmi le milieu guerrier. Ainsi, l’héroïsme de Waterloo est surtout montré par Fabrice par les émotions qu’il ressent envers ses « camarades » soldats et son chef Napoléon. Il tente de décrire les manifestations de violence qu’il voit comme étant affiliées au sublime et à l’exceptionnel, voulant donner à cette bataille dans laquelle il s’est engagée un véritable caractère noble et héroïque, mais cependant, reste sur le qui-vive… « Ah ! M’y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J’ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. » Pour lui, l’héroïsme passe donc par avoir assisté au feu de la bataille, et avoir entendu le bruit des canons. Il essaie de se convaincre de l’utilité de la « guerre moderne », justifiant sa présence au milieu du champ de bataille de Waterloo. De plus, il assiste au spectacle guerrier comme depuis derrière les pages d’un livre, avec l’esprit d’un enfant qui se retrouverait plongé dans les pages de son roman favori : « Il contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves. » Les manifestations guerrières qui se déroulent sous ses yeux ont donc surtout trait à réaliser ses fantasmes héroïques, rêves chevaleresques dont il se nourrit depuis son enfance. Il ne réalise pas l’horreur de la guerre et l’admire presque, effrayé et subjugué. Sa répulsion ne se manifeste qu’à la vue d’éléments qui n’auraient pas grande importance pour les autres : au lieu de s’atterrer de la vision des soldats morts ou blessés, il se montre particulièrement choqué par celle d’un cheval à l’agonie, se prenant les pieds dans ses propres entrailles.

Ainsi, bousculé par d’autres soldats inexpérimentés, il est totalement perdu et fasciné dans cette bataille qui l’effraie et comble ses attentes d’évènements chevaleresques d’enfant. L’héroïsme et la noblesse de la bataille qu’il nous montre n’est pas celui auquel on pourrait s’attendre. Ainsi, par ce procédé d’infantilisation de la guerre, Stendhal, en tant qu’ancien soldat de Napoléon, nous montre l’inutilité et l’absurdité de la « guerre moderne » en utilisant une faible figure comme seul moyen de reconnaître le noble et l’héroïsme guerrier.

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