La cliente

par

Résumé

L’action se déroule en France, à la fin des paisibles années 1990. Le narrateur, écrivain, est plongé dans d’absorbantes et passionnantes recherches historiques sur Désiré Simon, un écrivain autrefois célèbre qui fut dénoncé comme juif durant les années sombres de l’Occupation. L’auteur d’une lettre de dénonciation savait bien, alors, que son acte pouvait déboucher sur la mort de la personne concernée. C’est ce qui intéresse le narrateur : le processus qui transforme un citoyen ordinaire en délateur assassin. Alors il cherche, avec délices, il procède méthodiquement, et obtient l’exceptionnelle autorisation de consulter les archives administratives de la période de la guerre, à la condition de ne rien photocopier ni photographier. Ravi, il promet d’obéir et plonge dans une masse de documents que peu de gens ont le droit de consulter.

Les fonctionnaires du régime de Vichy étaient, dans leur souci d’efficacité, méticuleux. Le narrateur poursuit lui-même sa recherche avec méthode et s’enfonce progressivement dans la fange des dossiers contenant d’authentiques lettres de dénonciation. Ces missives meurtrières au contenu nauséabond le touchent d’autant plus qu’il est lui-même d’origine juive. Un jour, il tombe en arrêt devant une lettre qui le bouleverse : elle dénonce une famille qu’il connaît bien, des amis proches, fourreurs à Paris, les Fechner, dont les ancêtres sont venus d’Europe de l’Est il y a bien longtemps. Le narrateur est particulièrement lié à François, fils de Monsieur Henri, le patriarche souriant. Les deux hommes ont épousé, comme ils disent, la même belle-famille, et les longs repas qui rassemblent enfants et cousins sont pour eux l’occasion de mesurer la distance qui les sépare de celles et ceux qui ne vivent que par et pour leur religion, ne trouvant d’identité que dans leur judaïté. Mais il n’est plus ici question de folklore, la réalité de la persécution est sous ses yeux, sous la forme de la lettre, anonyme bien sûr, et du rapport du fonctionnaire de police qui a procédé à la perquisition : en tant que Juifs, les Fechner avaient été dépossédés de leur magasin et avaient dû poursuivre leur activité clandestinement dans un appartement. C’est là qu’un policier zélé est venu, a tout noté, tout rapporté. Se sont ensuivies la déportation et la mort. Monsieur Henri, tout jeune homme à cette époque, est le seul à avoir survécu. Ce n’est pas tout : les services de police ont remercié officiellement le délateur par une lettre que le narrateur retrouve. La lettre porte un nom : Cécile Armand-Cavelli. Après réflexion, le narrateur décide de raconter l’histoire à François, qui tombe des nues : il ignorait tout de ce drame de famille. Quand il apprend le nom de la dénonciatrice, les bras lui en tombent : c’était une cliente, commerçante du quartier ; elle tient le magasin de fleurs en face du magasin de fourrure familial. Ils la connaissent depuis toujours.

Le narrateur décide de chercher à connaître cette Cécile Armand-Cavelli, incarnation à ses yeux de la face la plus sombre des années de l’Occupation. Il ne quitte plus le quartier, devient client de la fleuriste – femme distinguée à la clientèle choisie. Il devient même un familier de la boutique, gagne la sympathie du personnel, tout en poursuivant son enquête. Il croise la route d’un autre commerçant de la rue, le miroitier Adret, exquis personnage qui aime à parler par citations et aphorismes qu’il s’attribue sans vergogne. Puis le désir de mettre Cécile Armand-Cavelli face à son crime est le plus fort, et le narrateur se mue en justicier : il envoie à la boutique un de ses amis, ancien déporté, qui exhibe son tatouage-matricule sous le nez de la fleuriste. Puis celui-ci lui jette son acte au visage, la poursuit jusque dans le bus, prend les passants à témoin, provoque un esclandre. Dans le quartier, le scandale est épouvantable, mais pas dans le sens qu’escomptait le narrateur : c’est lui qui est, maintenant, dans la peau du dénonciateur, et le rôle qu’il tient n’est pas joli. En outre son ami François prend très mal qu’un secret de famille ait ainsi été révélé au grand jour, et l’amitié qui lie les deux hommes en pâtit grandement. Quant à la réaction de Cécile Armand-Cavelli, elle stupéfie et écœure le narrateur : les Juifs n’ont pas été les seules victimes à cette époque, lui dit-elle, il est indigne qu’ils étalent leur malheur de façon aussi indécente alors que d’autres aussi ont souffert. Décidément, Cécile Armand-Cavelli semble être une femme d’une méchanceté peu commune.

Le retournement de situation – de justicier à dénonciateur – montre au narrateur toute l’ambiguïté des relations humaines quand elles touchent à des sujets aussi graves ; aussi poursuit-il son enquête. Il parvient à retrouver la trace du policier zélé que la dénonciation de Cécile Armand-Cavelli avait envoyé chez les Fechner. Il se nomme Robert Chifflet, c’est aujourd’hui un paisible retraité qui a fait toute sa carrière dans la police. Il n’exprime aucun remords, et ce que le narrateur apprend par lui bouleverse le tableau de l’affaire : si Cécile Armand-Cavelli, honorable commerçante, a envoyé cette lettre infâme, c’est qu’elle était elle-même victime d’un ignoble chantage. Son frère était prisonnier de guerre dans un lointain stalag. La police lui a mis ce marché en main : qu’elle dénonce ses voisins et son frère reviendrait. Elle s’est exécutée, presque tous les Fechner ont été assassinés, et son frère n’est jamais revenu. Pire, quand a sonné l’heure de la Libération, elle fut accusée d’avoir eu de coupables relations avec l’ennemi, c’est-à-dire d’avoir eu des soldats allemands pour amants. Des résistants de la dernière heure se sont présentés à sa boutique, l’ont traînée dans la rue et tondue en place publique. Le narrateur trouve une trace de ce drame dans un article d’un journal de l’époque illustré d’une photo. Le quartier a assisté à l’humiliation, la honte fut publique ; seul un commerçant s’était tenu visiblement à l’écart de la curée : M. Adret. La cliente des Fechner a été punie pour des actes qu’elle n’avait pas commis.

Après ces événements, Cécile Armand-Cavelli était restée cloîtrée dans sa chambre, jusqu’au jour où, n’y tenant plus, elle avait tenté de mettre fin à ses jours en se jetant sur le miroir de la penderie de sa chambre et en s’ouvrant les veines avec les débris tranchants. C’est M. Adret qui avait ôté les morceaux de verre du corps de Cécile Armand-Cavelli. Plus tard, le mari de celle-ci avait disparu à jamais. Les cicatrices se sont refermées, Henri Fechner a rouvert la boutique, les rides sont venues, la vie a repris. Quand le narrateur comprend combien il a eu tort en harcelant Cécile Armand-Cavelli, il se précipite à sa boutique, mais il est trop tard : la cliente des Fechner vient de mourir, renversée par un autocar. Elle a rendu l’âme dans les bras d’Henri Fechner, qui, le narrateur le comprend enfin, connaissait toute l’histoire.

Quant à l’écrivain Désiré Simon, il avait été dénoncé par des confrères jaloux de son succès. Il n’était pas juif, mais il était passé à deux doigts de la mort, à cause d’une lettre de dénonciation.

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