La cliente

par

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Pierre Assouline

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1953 : Pierre Assouline naît à
Casablanca au Maroc. Son parcours est largement autodidacte. Après être passé
par le lycée Janson-de-Sailly à Paris, puis l’université de Nanterre et l’École
de langues orientales où il apprend l’histoire
et l’arabe, il devient à vingt
ans reporter dans plusieurs agences de presse, avant d’occuper le
même poste pour le service étranger
du Quotidien de Paris à partir de
1976, puis celui de France-Soir dès
1979. Il collabore en parallèle à la revue L’Histoire.
En 1984, il est promu grand reporter
pour le magazine Lire, dont il devient directeur
de la rédaction
en 1994, pour dix ans. En 1986, il a également commencé une
carrière à la radio comme co-animateur, sur France Inter puis à partir de 1990
sur RTL. Il reviendra ensuite dans la sphère de Radio France, notamment en tant que producteur pour des séries historiques diffusées sur France
Culture à partir de 2009.

1997 : L’ouvrage Le Dernier des Camondo est centré sur la personne de Moïse de Camondo (1860-1935),
« dernier » de sa lignée donc, issu d’une famille d’argentiers de la
Sublime Porte, qui fut avec son cousin Isaac un grand passionné d’art. Moïse de Camondo a notamment légué à l’État
français en 1934, juste avant sa mort, cet hôtel
particulier
de la rue de Monceau dont il avait fait un écrin pour sa collection d’objets d’arts décoratifs propre à replonger dans le XVIIIe
siècle. Pierre Assouline retrace ses origines, parle de la vie de ces grands seigneurs
séfarades qui frayaient avec les hautes sphères, mais il raconte aussi le
destin individuel d’un homme abandonné par sa femme, violemment frappé par la
mort de son fils en 1917, survenue lors d’un combat aérien en Lorraine. Moïse
est le « dernier des Camondo » car une bonne partie de sa famille a
été déportée et a trouvé la mort à Auschwitz.

1998 : Le roman La Cliente aborde la période de la Seconde Guerre mondiale sous
le prisme de la dénonciation des Juifs
à laquelle se sont livrés bon nombre de Français. L’auteur met en scène une
sorte de double de lui-même en la personne d’un biographe qui, lors de ses
recherches sur un écrivain, a accès à des milliers de lettres de dénonciation, dont
une lui révèle l’identité de celle qui avait dénoncé des membres de sa propre
belle-famille. Et voilà qu’il se fait dénonciateur lui-même, découvrant un peu
tard que la réalité de l’époque pouvait être, souvent, plus grise que noire.

2002 : Dans Double vie Pierre Assouline aborde les thèmes de l’infidélité et de la passion amoureuse à travers l’histoire
que vivent ensemble Rémi, un enseignant-chercheur bientôt quadragénaire, féru
d’art pariétal, et Victoria, une psychanalyste, mariée comme lui, à l’esprit
peuplé de fantasmes qu’elle assouvit avec son amant. Tous deux sont en effet
les sujets d’une véritable frénésie
sexuelle
et mènent une double vie jusqu’à la mystérieuse disparition de
Victoria. Dès lors commence une période de doutes et d’angoisse pour Rémi,
d’autant que son épouse a découvert ses infidélités. Pierre Assouline parle de mensonge, d’inauthenticité, de communication
défaillante
, mais aussi de la surveillance
qui peut s’exercer entre « faux amis ».

En 2004,
Pierre Assouline devient chroniqueur hebdomadaire au Monde Magazine puis au Monde
des livres
. En 2004, il crée également un blog littéraire, La
République des livres
, destiné à devenir l’un des blogs français les plus
populaires et parmi les plus influents.

2005 : Grand biographe, Pierre Assouline se concentre dans Lutetia
sur l’histoire d’un lieu, en se focalisant sur trois périodes : avant
1939, quand les membres de l’élite cosmopolite se croisent dans le seul palace
de la rive gauche ; la guerre et l’Occupation, lorsque s’y retrouvent
officiers nazis et trafiquants du marché noir ; l’après-guerre, quand le bâtiment
devient le carrefour des déportés et de leurs familles dans l’attente du retour
de proches. La période est vue à travers les yeux d’un ancien flic des RG à
présent chargé de la sécurité du palace, qui s’interroge sur son degré de compromission alors qu’il se trouve
plongé au cœur d’évènements historiques et confronté à des choix majeurs.

2007 : Pierre Assouline parcourt cent cinquante d’ans d’histoire européenne
dans Le
Portrait
à travers l’évocation du tableau représentant la baronne Betty de Rothschild (1805-1886)
peinte par Ingres entre 1844 et 1848, et donc cette immense famille cosmopolite
au sein de laquelle on se mariait entre cousins. Betty avait ainsi épousé un
oncle, le baron James de Rothschild, qui allait demeurer à la tête de la
branche française de la famille pendant une bonne partie du XIXe
siècle et inspirer plusieurs romanciers, dont Stendhal qui en fait le père de
Lucien Leuwen, ou Balzac qui s’en servit pour son baron de Nucingen. Pierre
Assouline fait défiler les différents lieux où a séjourné le portrait, qu’il
s’agisse de propriétés familiales ou
de musées, renouvelant ainsi le
genre de la biographie.

2009 : Dans son roman Les Invités, Pierre Assouline
égratigne celle qu’on appelle la « bonne
société 
», qui se révèle intimement à l’occasion d’un dîner où l’on a
dû convier, suite à un désistement qui portait le nombre des convives à treize,
une bonne étrangère. Cette présence
incongrue fait se délier les langues, et le snobisme, la perversité,
le racisme, la vulgarité de ces gens haut placés n’en ressortent que mieux. C’est
donc un repas bien cruel qui se déroule sous la plume ironique de l’auteur, une comédie des apparences qui recèle des
surprises d’un côté de l’échiquier social comme de l’autre. En 2012, Pierre
Assouline devient membre de l’Académie
Goncourt
.

2014 : Sigmaringen ressuscite cette France fantoche réfugiée
en septembre 1944, de gré ou de force, dans le château des princes de
Hohenzollern à Sigmaringen, où elle est hébergée aux frais des Allemands. Le
gouvernement de Vichy, Pétain, Laval, l’écrivain Céline et sa femme, ainsi que
deux mille civils français se retrouvent là, s’ennuyant, complotant, macérant dans leurs rancœurs, leurs ambitions,
leurs mesquineries, leurs guerres intestines. On l’observe à
travers le regard de Julius Stein, le majordome chargé d’aider à l’organisation
de cette petite France qu’il faut veiller à correctement répartir par étage
selon les inimitiés. À travers ce point de vue, Assouline souhaite inviter à
une réflexion sur l’obéissance, le
majordome apprenant de l’intendante française que l’honneur, en temps de
guerre, peut consister à désobéir. Reflétant une promiscuité peu choisie, ce récit tragicomique est parfois tout près de basculer dans le burlesque.

 

Le biographe

 

Pierre Assouline s’est également fait une
spécialité d’écrire des biographies sur des hommes de tous horizons :
sur l’ingénieur et entrepreneur Marcel
Dassault
(1983), l’éditeur Gaston
Gallimard
(1984), le haut fonctionnaire Jean Jardin (1986), impliqué dans la collaboration, le
collectionneur et marchand d’art Daniel-Henry
Kahnweiler
(1988), le grand reporter Albert
Londres
(1989), l’écrivain Simenon (1992),
le dessinateur Hergé (1996), le
photographe Henri Cartier-Bresson (1999),
et à nouveau un marchand d’art, promoteur des impressionnistes, en la personne
de Paul Durand-Ruel (2002).

 

 

« Plus je m’enfonçais dans le maquis des archives, plus je
m’apercevais que les années noires avaient été grises. Elles n’étaient
qu’ambiguïté et compromis. Elles avaient la couleur du flou. L’engagement net
et entier, de quelque bord qu’il fût, était l’exception et non la règle. La
lecture de centaines de lettres de dénonciation m’avait ahuri. Non par la
violence de la haine ordinaire mais justement par sa sérénité, du moins
jusqu’au printemps 1942. On s’expliquait, on argumentait. Ils sont trop ceci,
ils sont trop cela, on devrait donc les mettre ailleurs, le plus loin possible
de chez nous. Ce furent des années de grand débarras. On a beaucoup jeté. Mais
je fus encore plus accablé en forant davantage dans ce gisement de rancœur.
C’était le mari trompé qui trahissait sa femme au cœur innombrable, la
maîtresse délaissée son amant trop volage, l’ami floué son associé duplice, le
père de la fiancée son futur gendre indésirable. Cela s’est passé entre
Français. Des chrétiens ont fait ça à des Juifs. Mais des Juifs se sont
également fait ça entre eux. À l’instant de sauver leur peau, certains étaient
capables de tout. »

 

Pierre Assouline, La Cliente, 1998

 

« Le fait est que
certain ont si peu le goût des autres qu’ils ne leur posent jamais de
questions. Ce qu’ils sont, ce qu’ils font, d’où ils viennent, rien. Le désert
de la curiosité. Un au-delà de muflerie. Ces gens-là n’en ont que pour
eux-mêmes. Ils croient devenir sourds lorsqu’ils n’entendent plus parler d’eux.
S’ils devaient un jour commettre un crime passionnel, ce serait certainement un
suicide. »

 

Pierre Assouline, Les Invités, 2009

 

« Il a fallu qu’on nous
envoie les plus mauvais des Français, des Français proallemands dans le pire
sens du terme, car rien n’est pire que ce qu’ils croient aimer en nous. Notre
part maudite, notre folie collective. »

 

Pierre Assouline, Sigmaringen, 2014

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