La Fille du capitaine

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Alexandre Pouchkine

Alexandre
Pouchkine est un écrivain russe né en 1799 à Moscou et mort à Saint-Pétersbourg
en 1837. Son art a emprunté de nombreuses formes : la poésie lyrique et
épique, le théâtre, le roman en vers et en prose, les écrits historiques et la
critique. Outre l’immense influence qu’il eut d’abord sur les écrivains russes,
qu’il affranchit des normes étrangères – Lermontov, Gogol, Tolstoï,
Dostoïevski, Tourgueniev –, ses œuvres ont aussi inspiré des opéras à
Tchaïkovski, Rimski-Korsakov ou Moussorgski.

Alexandre
Pouchkine appartient à la noblesse de par ses deux parents. Du côté de son père
elle est très ancienne, remonte au XIIIe siècle, tandis que sa mère
descend d’un prince abyssin dont le fils a été adopté par Pierre le Grand. Cet
héritage, dont il est très fier, vaut au jeune Alexandre une passion
particulière pour l’histoire et le passé national. Ses origines africaines, qui
transparaissent dans ses traits, répugnent à sa mère – dont il les a pourtant
hérité –, une très belle femme qui marque de la froideur à son égard. Dans ce
milieu dépourvu d’affection, mais éduqué, le garçon se réfugie dans les livres
de la bibliothèque familiale – où il lit notamment les œuvres de La Fontaine,
Molière, les philosophes et poètes légers du XVIIIe, dont Voltaire
qu’il adore. Né dans une famille francophile – inclination fréquente parmi
l’aristocratie d’alors –, il est très tôt bilingue et lit les classiques
français dans le texte. En outre, il est dès son jeune âge entouré
d’intellectuels, dont le plus grand historien russe de l’époque, Nikolaï Karamzine,
et les poètes Vassili Joukovski (1783-1852) – lequel a amené la poésie russe au
romantisme – et Constantin Batiouchkov, le poète préféré de sa jeunesse, proche
de son oncle Vassili Pouchkine, lui-même poète.

Le jeune
homme de douze ans a déjà une certaine maturité intellectuelle quand il entre
au lycée de Tsarskoïe Selo, réservé aux enfants brillants de la noblesse. Même
si l’enseignement, plutôt brouillon, n’y est pas optimal, Pouchkine y trouve la
chaleur qui lui avait toujours manqué, une nouvelle famille, des amis. Sa
poésie du lycée subit des influences diverses : la veine ossianique, le
poète français Évariste de Parny, Gavrila Derjavine (1743-1816), celles des couplets
patriotiques et des romances populaires s’y croisent. La perfection de sa forme
et sa musicalité s’y révèlent déjà.

Au sortir
du lycée, à dix-sept ans, il entre au ministère des Affaires Étrangères, mais
il commence surtout à mener une vie sociale faite de plaisirs mondains, parsemée
de nombreuses intrigues amoureuses et de duels. Pouchkine est en outre membre
de la société littéraire Arzamas
dont les membres sont unis autour du rejet de la langue défendue par les
tenants du classicisme traditionnel, imprégnée de slavon d’église, d’un style
élevé qu’ils rejettent au profit d’une langue allégée, plus conforme aux us de
la bonne société – ou d’une autre libertine dite La Lampe verte. Le jeune homme séduit par sa grande spiritualité,
sa vivacité d’esprit, qui n’étouffent pas des aspects farceurs et enfantins.

Rouslan et Lioudmila constitue
un poème épique qu’il compose entre 1817 et 1820 et publié deux ans plus tard,
œuvre de jeunesse où apparaissent ses sources d’inspiration – l’Arioste et son Roland furieux, les bylines russes (des épopées). Le prince Rouslan vit des aventures –
parsemées d’épisodes tragi-comiques – assez similaires à celles de Roland, à la
poursuite de Lioudmila, son épouse qui lui a été dérobée par un magicien bossu.

Les
poésies lyriques composées à cette époque sont généralement marquées par des
considérations politiques et un libéralisme en vogue auquel adhère le jeune
poète. Elles sont ainsi dirigées contre le servage et le despotisme, et tendent
à rappeler que les puissants ne sont pas au-dessus de la loi. Ses multiples
provocations valent au poète un exil en Bessarabie dès 1820 – la protection de
Karamzine lui ayant évité la Sibérie. Là, grâce à un supérieur bienveillant, il
a le loisir de visiter le Caucase, la Crimée, autant de paysages et de peuples variés,
pittoresques, propres à élargir le champ de ses œuvres. C’est à ce moment-là
que les poètes André Chénier, mort jeune, figure de l’hellénisme en France, et Lord
Byron, se font une place parmi ses références.

En 1821
Pouchkine compose le poème sacrilège mais surtout espiègle – le poète reviendra
souvent à la parodie – La Gabriéliade,
qui exprime la frustration du poète en exil révolté contre l’idéologie
officielle, mais encore contre la bigoterie, à l’instar du Voltaire de La Pucelle d’Orléans, poème
héroï-comique, ou du Parny de La Guerre
des dieux anciens et modernes
qui l’inspirent. L’athéisme de Pouchkine
n’est pas exactement militant mais relève davantage de l’insouciance. L’œuvre
met en scène les aventures qui se nouent, lors de l’épisode biblique de
l’immaculée conception du Christ, autour de la Sainte Vierge, du Malin, de
l’archange Gabriel et de la colombe figurant le Saint-Esprit. Pouchkine
reconnut la paternité de cette œuvre en 1828 devant l’insistance de Nicolas Ier
et regretta cette œuvre de jeunesse, qu’on s’échangeait sous le manteau et
maintes fois recopiée.

Parmi de
nombreuses poésies lyriques, Pouchkine écrit en 1822 Le Prisonnier du Caucase, un de ses poèmes les plus célèbres, très
court, qui a pour contexte les guerres du début du XIXe siècle qui
opposaient l’Empire russe aux sauvages montagnards du Caucase. Prisonnier dans
un camp de Circassiens, un jeune officier russe bénéfice de l’aide d’une jeune
fille de la tribu, sorte de sylphide qui, le suivant après l’avoir fait
s’échapper, finit par se jeter dans la mer. Le poète souhaite ici exprimer le
fond de son âme, calquée sur celle de Lord Byron, tout en y mêlant
majestueusement la couleur locale du Caucase.

À la même
période, peu après ce premier exil, Pouchkine écrit La Fontaine de Bakhtchisarai, poème mettant en scène une princesse
polonaise, Maria, qui figure parmi les odalisques d’un sultan, lequel fait construire
une fontaine dite « des larmes » en sa mémoire, après que sa favorite
délaissée, Zaréma, l’eut poignardée, avant d’être elle-même noyée. Cette
période créatrice est transitoire, les ïambes de Pouchkine s’y précisent. Ici
ce sont les influences de Parny, Byron et Ossian qui sont sensibles à travers
des notes romantiques et orientales. L’influence romantique est notamment venue
remplacer chez Pouchkine son inclination vers un épicurisme de convention – affection
attrapée dans les ouvrages français de la bibliothèque familiale.

En 1823
Pouchkine est muté à Odessa. Il y poursuit sa lecture des classiques – Gœthe,
Shakespeare, la Bible – et commence à écrire un autre poème byronien, à la
saveur orientale, Les Tziganes, où
une nouvelle fois, la jeune fille d’une tribu, Zemphyra, cette fois tzigane,
s’amourache d’un étranger en la personne du jeune Russe Aleko, dont le
caractère sombre d’homme civilisé, qui contraste avec la joie de vivre des
hommes plus sauvages dont elle a l’habitude, finit par la lasser. Le jeune
homme, venu quérir un bonheur perdu, simple, proche de la nature, n’aura pas su
se débarrasser de ses anciennes dispositions et de ses passions morbides qui en
font une figure de maudit, victime du « mal du siècle ». Ce poème
marque un point de bascule où l’influence de Shakespeare commence à prendre le
pas sur celle de Byron, de par les récits épiques insérés et la qualité des
dialogues. Le poème semble annoncer la tragédie romantique de Boris Godounov. À cette époque Pouchkine
rédige aussi les deux premiers chapitres d’Eugène
Onéguine
.

Les
propos antireligieux que Pouchkine continue de tenir lui valent un nouvel exil,
cette fois dans le domaine familial de Mikhaïlovskoïé (province de Pskov).
Après l’exotisme de ses précédents séjours, il s’agit d’un retour aux sources
pour le poète, capital, car il va ici subir l’influence des récits populaires
que lui récite des soirées durant Arina Rodionovna dite « niania »,
sa nourrice, qui lui apprend à apprécier la langue fraîche et naïve des gens
simples. Les occupations de Pouchkine sont alors paisibles ; il lit toujours,
se promène, fait venir des livres de Saint-Pétersbourg, et il entame la
composition de Boris Godounov,
tragédie historique, drame psychologique qui sera publié en 1831. L’histoire démarre
à la proclamation du personnage éponyme comme tsar en 1598, se poursuit avec
l’épopée du faux Dimitri jusqu’aux événements de 1604 et la mort de Godounov.
Une attention particulière est portée à l’attitude des boyards – nobles russes
– et celle du peuple face à ces tribulations. L’histoire d’amour entre Marina
Mnichek et Dimitri permet de mettre en lumière le caractère de l’usurpateur.
Pouchkine, pour offrir un drame national propre à délivrer son pays de
l’influence du pseudo-classicisme, mêle la forme des drames de Shakespeare – l’auteur
parle de sa « peinture large et libre des caractères », de son
« extraordinaire construction des types » et de sa simplicité, à
l’opposé de la forme de Byron et des classiques français – à la matière que lui
fournit la récente Histoire de l’Empire
de Russie
par Karamzine, additionnée de celle des anciennes Chroniques russes, lesquelles lui
fournissent un bon aperçu de la couleur historique des mentalités et du langage
d’alors. La veine romantique se mélange ici à des aspects très réalistes.
L’œuvre marque l’apogée du théâtre national.

Après six
ans d’exil et des suppliques adressées au nouvel empereur Nicolas Ier,
des promesses de garder ses opinions pour lui, on escorte Pouchkine à Moscou où
il est libéré. Dès lors, une relation ambigüe, faite de dépendance et d’amitié,
se noue entre le poète et le souverain, qui devient son censeur. S’il doit
désormais faire contrôler sa littérature par le chef de la police, Pouchkine ne
devient pas pour autant un poète courtisan ; même si certaines de ses
stances s’adressent à Nicolas Ier, d’autres en parallèle rendent
hommage à ses amis décembristes déportés.

Réinséré
dans la société, très apprécié, l’écrivain collabore au Messager de Moscou, revue des adeptes de la métaphysique allemande.
Il retourne finalement, assez rapidement, au domaine familial de son propre
chef, où il fera désormais de fréquents séjours l’automne venu. Il rédige Le Maure de Pierre le Grand, son premier
récit en prose, roman inachevé qui se souvient de son grand-père, l’Abyssin que
Pierre le Grand prit pour filleul, depuis ses études en France, sa jeunesse à
la cour de Louis XV et ses amours avec une comtesse, jusqu’à sa collaboration
et son amitié avec l’empereur russe. L’œuvre est donc particulièrement réaliste
et le romancier s’attache à retranscrire la réception faite par l’élite russe
aux nouveautés occidentales introduites par leur souverain en Russie.

Pouchkine
finit par retrouver, dès 1827, les frasques de sa jeunesse à Saint-Pétersbourg,
où il joue et perd beaucoup notamment. Poltava,
un poème en trois chants publié l’année suivante, est l’occasion pour l’auteur de
faire entrer l’Ukraine dans la littérature russe, sur fond de guerre entre
Pierre le Grand et le roi de Suède Charles XII allié aux cosaques et dont les troupes
sont défaites à Poltava – victoire russe qui signe l’entrée de l’Empire sur le
devant de la scène européenne. La trame tourne autour de la trahison du hetman
cosaque Ivan Mazeppa, dont Marie est éprise. Le père de Marie, Kotchoubey, est
un fidèle du tsar. S’opposant à cette union, il veut dénoncer à Pierre le Grand
la trahison de Mazeppa, mais pour prix de son honnêteté il est livré à son
ennemi, torturé et mis à mort. La jeune fille finira par voir le vrai visage de
celui qu’elle a aimé par folie, celui d’un vieil homme sanguinaire.

À
vingt-neuf ans, le poète ressent un vide intérieur, cherche à se marier, fait
un séjour dans le Caucase auprès de l’armée en guerre contre les Turcs, et à
son retour à Moscou finit par être accepté par la famille de celle qu’il aime,
une jeune femme sublime de seize ans, Nathalie Gontcharova. Ils se fiancent en
1830 mais il connaît des démêlés avec sa belle-famille et se réfugie à Boldino,
propriété de son père où il passe, suite à une épidémie de choléra, trois mois
enfermés particulièrement créatifs. Pouchkine avance notamment dans la
rédaction d’Eugène Onéguine et rédige
Les Récits de feu Ivan Pétrovitch Belkine,
un recueil de cinq nouvelles. Un coup de
pistolet
fait le récit d’une vengeance reportée : Sylvio, humilié lors
d’un duel par l’indifférence affichée de son adversaire, le comte de B…, a
conservé son droit de tirer et en use pour effrayer la femme de celui-ci lors
de leur lune de miel. Le Chasse-neige
met en scène un couple qui se retrouve des années après avoir été mariés par
hasard dans une chapelle au milieu d’une tempête de neige. Le Marchand de cercueils, Adrien, rêve que sa maison est hanté par
les esprits des morts qu’il a enterrés. La quatrième nouvelle, Le Maître des postes, a pour thème
l’inquiétude d’un veuf dont la fille, séduite, s’est enfuie. Enfin, La Demoiselle-paysanne repose sur un
quiproquo : Alexis, à qui l’on fait miroiter un mariage avec Lise, la
fille d’un grand seigneur, souhaite rester fidèle à une jeune paysanne dont il
est tombée amoureux, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’il s’agissait de Lise
déguisée. L’influence romantique s’évanouit dans ces nouvelles au profit d’une
simplicité des personnages, d’un naturel des sentiments qui influenceront
grandement la littérature russe à venir.

De retour
à Moscou Pouchkine se marie en 1831. Il a pour projet d’écrire l’histoire de
Pierre le Grand, obtient l’accès aux archives et se met au conte populaire. Tsar Saltan, récit en vers dont la
matière lui a été fournie par sa nourrice, raconte l’histoire de trois sœurs
dont l’une d’elles se marie au tsar tandis que les autres intriguent contre
elle. La tsarine et son fils ne seront sauvés que grâce à l’intervention d’un
cygne magique.

Désormais
préférentiellement tourné vers la prose, Pouchkine écrit Doubrovsky, dans la même veine réaliste que Les Récits de Belkine, roman qui ne paraîtra que posthumément. Cette
œuvre raconte l’histoire d’un brigand à l’âme noble, Vladimir Doubrovsky, amoureux
de la fille d’un seigneur cruel, lequel s’est rendu coupable par le passé
d’avoir rendu fou le père de Vladimir, dans le contexte d’une société corrompue,
prompte à complaire aux puissants. Alors qu’il parvient à se faire aimer de la
jeune fille, elle est finalement mariée de force à un vieillard et Vladimir,
arrivé trop tard pour la sauver, part pour l’étranger. Mimant la vie réelle,
Pouchkine n’offre pas de fin réelle à son œuvre, qui demeure comme inachevée.

En 1833, son
élection à l’Académie russe, à tendance conservatrice, illustre l’inflexion de Pouchkine
vers un même conservatisme ; en effet, la monarchie ne lui déplaît pas, et
il rejoint l’écrivain et homme politique réactionnaire Alexandre Chichkov
(1754-1851), président de l’Académie, dans son utilisation des expressions
populaires et des slavonismes. Cette année-là paraît dans sa version complète Eugène Onéguine, roman en vers dont la
trame principale concerne la relation du personnage éponyme, un jeune seigneur
mondain, orphelin, blasé, avec Tatiana, jeune fille romantique et mélancolique
dont il repousse la déclaration d’amour, avant de la retrouver des années plus
tard en la personne d’une grande dame mariée à un général dont cette fois il
s’éprend ; mais Tatiana, en dépit de ses sentiments pour Onéguine, restera
fidèle à son mari. Beaucoup voient en cette œuvre le chef-d’œuvre ultime de
Pouchkine, caractéristique de son lyrisme mais en outre parfaitement
représentatif de la société et de l’esprit russes de l’époque, premier grand
roman à ouvrir la voie à une littérature nationale qui sera immense au XIXe
siècle et marquera des générations d’écrivains à travers le monde.

De retour
des provinces de l’Est où il était allé chercher le matériau historique pour
évoquer la révolte de Pougatchev dans la perspective d’un ouvrage, Pouchkine retrouve
un fort élan créateur à Boldino où il s’arrête et compose notamment Le Cavalier de bronze, poème dédié à
Saint-Pétersbourg et au fondateur de la ville, Pierre le Grand, dont la statue
équestre trône au milieu de la ville. À l’occasion d’une crue de la Neva, un
employé perd sa fiancée. Jugeant l’empereur responsable, il morigène sa statue,
suite à quoi on le retrouve mort. Le réalisme du récit et les hallucinations de
l’employé qui se pense poursuivi par la statue s’allient habilement à des
accents épiques et à des images pleines de grâce et de sensibilité. En même
temps Pouchkine produit le premier jet de La
Fille du capitaine
, une de ses œuvres les plus connues, un roman historique
qui sera publié en 1836. L’écrivain en emprunte le cadre à l’histoire de la
révolte de Pougatchev qu’il prépare : le règne de Catherine II.  Le rebelle Pougatchev sauve la vie d’un jeune
officier, Grinev, qui avait dans le passé fait preuve de charité à son égard, et
celle de la fille du commandant de la forteresse qu’il assiège, Maria, bien-aimée
de Grinev, suite à quoi l’officier est accusé de trahison puis gracié. C’est à
travers lui que l’histoire est racontée, et que les événements historiques
acquièrent des accents de chronologique familiale. Le roman eut un succès
immense et une postérité sous la forme notamment de La Guerre et la Paix, autre chronique familiale bien connue, au
cadre tout aussi historique.

Alors
qu’il est absorbé par ses travaux de recherche historique, Pouchkine écrit une
autre de ses œuvres les plus connues, La
Dame de pique
, nouvelle publiée en 1834, d’inspiration hoffmannienne, qui
tourne autour de l’obsession du héros, Hermann, à qui l’on a raconté l’anecdote
d’une comtesse ayant triché au jeu avec trois cartes, et dont l’insistance pour
connaître son secret cause la mort de celle-ci, suite à quoi il se trouve hanté
par la vieille dame.

Pendant
quelque temps, Pouchkine est confronté aux mesquineries de la société et aux
succès de son épouse qui semblent devoir primer sur son bonheur. Après une
tentative infructueuse de s’isoler pour poursuivre son œuvre, il revient à
Moscou où il est autorisé à créer une revue littéraire, Sovremennik (Le Contemporain),
à laquelle collaborent notamment Gogol et son vieil ami Joukovski. Le
comportement ambigu d’un jeune officier alsacien, le baron d’Anthès, à l’égard
de l’épouse de Pouchkine, provoque le duel de trop. Pouchkine, blessé au
ventre, meurt après plusieurs jours d’une atroce agonie pendant laquelle son
entourage le juge d’une rare élévation d’âme ; le poète pardonne notamment
à son adversaire.

Des
dizaines de milliers de Russes rendront hommage à l’écrivain le plus influent
de toute la littérature russe, qui sut atteindre la perfection dans tous les
genres, se distinguant par la concision d’un style qui ne se redit jamais, sans
emphase ni éloquence, et qui rend son œuvre difficilement traduisible. Elle
n’est par conséquent bien connue que d’un groupe de slavisants.

Nikolaï
Gogol parle de celui qui lui a donné l’idée des Âmes mortes en ces termes : « Le nom de Pouchkine est
pour nous synonyme de poète national russe. En effet, aucun des poètes russes
ne lui est supérieur et ne peut être plus justement appelé national : ce
droit sans conteste lui appartient. En lui, comme dans un dictionnaire, sont
contenues toute la richesse, la puissance et la souplesse de notre langue. Plus
que tout autre il a écarté ses limites et montré son étendue. Pouchkine est une
manifestation extraordinaire, peut-être l’unique manifestation de l’esprit
russe : c’est l’homme russe dans son développement final, tel qu’il
apparaîtra peut-être dans deux cents ans. En lui la nature russe, l’âme russe,
la langue russe, le caractère russe sont reflétés avec la pureté, la beauté
épurée avec lesquelles un paysage se reflète sur la face convexe d’un verre
optique. »

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